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ARTE Journal - 28/06/12

Syrie : l'urgence sanitaire

Pour la première fois, des symboles du régime sont visés. Hier, un groupe armé a fait sauter les locaux de la télévision d'état Al-Ikhbariya. Sept journalistes et employés ont été tués. Aujourd'hui, un attentat à la bombe a été perpétré en plein coeur de Damas, toutefois sans faire de victimes. Ces attaques sont peut-être une réaction aux déclarations de Bachar al-Assad.

Avant-hier, devant son nouveau gouvernement, après 15 mois de violences, le président syrien a une nouvelle fois choisi la fuite en avant. " Comme je l'ai affirmé devant le parlement, nous vivons une situation de guerre. Dans une telle situation, toutes nos politiques, toutes nos ressources doivent être employées pour gagner cette guerre." a déclaré Bachar al-Assad. La Syrie est bel et bien en état de guerre : des villes en ruine, pilonnées, 15 000 morts en 15 mois, en moyenne une centaine chaque jour. Et ce que l'on craignait depuis longtemps est devenu est devenu réalité. Une partie de du front anti-Assad s'est radicalisée et a basculé dans la lutte armée.
La confusion règne partout, même au sein de cette opposition qu'on a du mal aujourd'hui à clairement identifier. Des salafistes on le sait ont rejoint, nombreux, le terrain des sunnites, qui haïssent les alaouites du régime syrien, mais aussi les chiites et les chrétiens plus encore. C'est d'ailleurs le constat établi par la commission d'enquête des Nations-Unies. Les victimes ne sont plus simplement tuées parce qu'elles soutiennent ou pas le régime. Elles sont aussi tuées en raison de leur appartenance religieuse. Dans ce chaos, ce sont comme d'habitude les civils qui souffrent le plus.

Entretien avec Patrick Villedieu, responsable de la cellule d'urgence de "Médecins du monde", de retour des camps de réfugiés syriens à la frontière jordanienne. Il revient pour ARTE Journal sur les déplacements de population à l'intérieur de la Syrie et sur la situation sanitaires des réfugiés.


On parle beaucoup de la situation à Homs, bastion de la révolte anti-Assad, ou à Deera où les combats entre l'armée loyaliste et les rebelles font rage. Mais les violences touchent aujourd'hui l'ensemble du territoire syrien obligeant la population à abandonner immeuble, maison et fuir de véritables zones de guerre où elle est la cible de bombardements et d'exactions dont il est parfois difficile d'identifier les auteurs. Peut-on aujourd'hui estimer le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays ?



Pour des dizaines de milliers de syriens, fuir le pays est devenu une priorité. Pour fuir les combats évidemment mais aussi par manque de tout, eau, électricité, nourriture. Se pose un autre problème vital, celui de l'accès aux soins. Le personnel médical est devenu la cible du régime. Un médecin qui aide un blessé risque la mort.

Le dernier communiqué de presse de Médecins du monde concernant les violences subies par le personnel médical en Syrie.

Manifestants et civils blessés n'osent plus se rendre dans les hôpitaux, de peur d'être arrêtés, torturés ou exécutés. Les hôpitaux sont d'ailleurs devenus le théâtre d'affrontements. Ainsi, dans la ville de Qousseir, province de Homs, les combats se concentrent autour du centre hospitalier. Dans d'autres cas, l'armée syrienne occupe les hôpitaux, empêchant de fait l'accès aux soins à la population.

Vidéo postée le 19 juin par le site d'opposition syrien Ugarit News sur You Tube, supposée montrer les chars de l'armée syrienne occuper l'hôpital de Homs.



Les ONG présentes dans les camps de réfugiés aux frontières jordanienne, turque et libanaise, tentent tant bien que mal de gérer l'afflux massif de ceux qui ont choisi l'exil. Premier constat, les besoins sont très importants.



Ces malades, les ONG ne peuvent les prendre en charge que sur place, dans les camps de réfugiés. Il n'existent pas aujourd'hui de corridor sanitaire en Syrie. Les médecins étrangers présents dans le pays y sont entrés clandestinement. Dans les hôpitaux de fortune, le personnel médical syrien manque de tout, même si dans certains cas, une aide minimale parvient jusqu'à lui.


Vidéo postée le 22 juin par le site d'opposition syrien Ugarit News sur You Tube montrant un hôpital de fortune à Homs, en partie financé par l'ONG "Islamic Relief".



Une centaine de morts par jour, une partie de l'opposition qui se radicalise, un Bachar al-Assad jusqu'au boutiste, rien ne semble devoir tarir le flot de réfugiés qui s'amasse sur les frontières. La situation sanitaire déjà préoccupante risque encore de s'aggraver. Les capacités d'accueil du Liban, de la Jordanie et de la Turquie sont limitées. Se posent d'ores et déjà deux problèmes cruciaux : la prise en charge du coût des réfugiés et la saturation des camps qui les accueillent.



Yannick Cador pour ARTE Journal/Propos recueillis par Annette Gerlach











Edité le : 28-06-12
Dernière mise à jour le : 28-06-12