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Court-circuit

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> Emission du mardi 10 décembre 2002 > Surveillance Camera Players

10/12/02

Surveillance Camera Players

Quel est le rapport entre la surveillance et le court métrage ? Le groupe new-yorkais « Surveillance Camera Players » évolue pendant 1 ou 2 minutes devant des caméras qui contrôlent l’espace public, mais qui, de plus en plus, rognent la vie privée. Ces courts métrages sont même programmés à des festivals et archivés dans des musées.

Voir et être vu
Les « Surveillance Camera Players » pointent l’érosion rampante de la vie privée dans l’espace public.
Par Friedrich Tietjen.

Times Square, New York : cinémas et fast food, électronique et musique, néons publicitaires couvrant des façades entières et studios de télévision, des habitants et des touristes se faufilant entre des automobiles et recherchant du travail et des attractions : s’il est un endroit où le capitalisme de la culture se montre dans son essence même, c’est bien ici. Il n’y a donc pas de quoi s’étonner si la présence humaine du Times Square est non seulement un sujet, mais aussi un objet de la consommation.

Un espace public sous surveillance
Ici, les dernières avancées de l’électronique grand public côtoient les techniques de surveillance en cours d’expérimentation. En novembre dernier, les « Surveillance Camera Players » (SCP) y ont dénombré 156 caméras, auxquelles d’autres encore sont venues s’ajouter depuis lors.

Visites guidées
Cet hiver, la troupe théâtrale organise des visites guidées sur le Times Square afin de mettre le doigt sur l’érosion rampante de la vie privée dans l’espace public. Si les caméras de surveillance sortent de partout ici, c’est que leur installation ne requiert aucune autorisation et qu’aucun de leurs opérateurs n’a à rendre de comptes sur l’utilisation des images.

Théâtre pour les vidéosurveillants
Pour lutter contre les caméras, les SCP n’usent pas de violence, pas plus qu’ils ne recourent aux moyens traditionnels des mouvements citoyens américains, qu’il s’agisse de plaintes, de pétitions ou de manifestations. Ils utilisent le trottoir comme une scène. Ils écrivent eux-mêmes leurs pièces, quand ils n’adaptent pas des textes de Jarry ou de Poe. Leur public se recrute fortuitement parmi les passants — et surtout parmi les anonymes qui suivent les écrans de surveillance.

Cliquer pour zoomer
Mêlant pitié et ironie, les SCP écrivent : « Les vidéovigiles n’ont plaisir à travailler qu’en cas d’infraction à la loi. Mais comme la délinquance a fortement baissé et que la sécurité dans le métro est remontée au niveau d’il y a 30 ans, ils ont de moins en moins à mater. Ainsi, nous avons en même temps une bonne occasion et un problème. L’occasion est de pouvoir montrer aux vidéovigiles autre chose que du sexe et de la violence.

Le problème tient au fait qu’un vigile pris d’ennui est un surveillant déconcentré. Or un vigile inattentif est une source de gaspillage d’espace, de temps et d’argent. »

Caméras et surveillance
Pour les SCP, les caméras de surveillance sont dangereuses en ce sens qu’elles ne remplissent guère le rôle qu’elles sont censées jouer. Ils estiment qu’elles ne sont pas tant des outils de lutte contre la délinquance que des instruments de contrôle social.

Bill Brown, membre des SCP, déclare : « Peu importe généralement qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de caméra en un endroit précis, pourvu que les gens croient qu’il y en a une. Il peut en fait ne s’agir que d’un leurre, et pourtant les comportements vont changer dès lors que les gens pensent être filmés.

En d’autres termes, il s’agit manifestement d’installer un système contrôlant non pas les comportements, mais les consciences. Dans l’univers que dépeint George Orwell dans son roman « 1984 », les crimes sont impossibles parce que l’idée même à la base du crime est interdite — et il semble bien que ce soit là le modèle suivi.

Il y a des lois pénales qui répriment la criminalité, mais heureusement il n’en existe pas encore contre les pensées et les intentions. Or les caméras de surveillance déplacent cette frontière — certains modes de pensée jugés déviants viennent allonger la liste des comportements jugés illégaux. »

Critique des médias et surveillance
Les SCP définissent leur approche théâtrale comme une reprogrammation des caméras de surveillance. L’attention soutenue et le scepticisme professionnel des observateurs constituent à leurs yeux un motif suffisant pour mener une critique concrète et pratique des médias. Méthodiquement, ils s’efforcent de refaire des caméras un instrument productif en les utilisant comme porteurs d’un message.

Subversion
Bill Brown : « Nous essayons de saper le système dans son entier et de l’utiliser à nos fins pour diffuser un message qui le contredit. Une caméra de surveillance émet le signal suivant : Conduis-toi correctement ! Or nous utilisons les caméras pour un comportement incorrect. »

Edité le : 05-05-04
Dernière mise à jour le : 10-12-02