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Un artiste livre son regard, en un lieu de son choix. Objectif ? Étonner !

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Un artiste livre son regard, en un lieu de son choix. Objectif ? Étonner !

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Dimanche 1er avril 2012 à 11h45 - 31/03/12

Square #12 - Liao Yiwu

Dans son propre pays, Liao Yiwu est un ennemi public. Mais à l’étranger, c’est un chroniqueur respecté de la Chine d’aujourd’hui. Depuis quelques mois, ce poète dissident vit en exil à Berlin.


Avec sa boule à zéro et son sourire enfantin, Liao Yiwu ressemble un peu à un nouveau-né. Mais ne vous fiez pas aux apparences ! Ce Chinois a déjà vécu pas mal de choses et surtout survécu pas mal de choses. Entre autres, la grande famine à l’époque de Mao, une enfance comme fils d’un opposant à la révolution culturelle, la pauvreté, et aussi une incarcération dans de terribles conditions : tortures, humiliations et deux tentatives de suicide.

Liao Yiwu a passé quatre longues années dans les geôles chinoises. L’emprisonnement a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, un des principaux opposants au régime. Jusqu’en 1989, il était connu surtout comme un jeune poète d’avant-garde. Il était sur la liste noire en raison de son style occidental que les autorités qualifiaient de "souillure intellectuelle". Liao passait tout au plus pour un anarchiste. Il ne s’intéressait pas beaucoup à la politique... jusqu’au 4 juin 1989.

Quelques heures à peine avant la répression brutale de l’insurrection populaire sur la place Tian'anmen, il rédige le poème Le Grand Massacre (1). La réponse des autorités ne se fait pas attendre. Il est condamné à quatre ans d’emprisonnement et fait alors connaissance avec les méthodes violentes du régime : il est roué de coups à la matraque électrique et passe vingt-trois jours les mains attachées dans le dos, dans une cellule d’isolation. Plus tard, l’écriture l’aidera à surmonter la douleur et la peur, "à redevenir un être humain après avoir été un chien".

En prison, il a appris à se mettre à l’écoute de personnes dont les autorités chinoises tentent de nier l’existence. Ses amis et sa famille le fuient. A sa libération, il discute avec des parias – propriétaires terriens ayant été expropriés, prostituées, chrétiens persécutés – et couche ces témoignages sur papier. Son recueil d’entretiens L'Empire des bas-fonds fait de lui, du jour au lendemain, un des écrivains de la République populaire les plus connus en Occident.

Pour autant, Liao Yiwu n’a pas le droit de se rendre à l’étranger. Il tente à quatorze reprises de quitter son pays mais les services de sécurité intérieure l’en empêchent chaque fois. En juillet 2011, Liao Yiwu obtient enfin un passeport et peut sortir du territoire chinois en toute légalité.

Il s’enfuit à Berlin où il publie peu de temps après un témoignage de sa captivité, Für ein Lied und hundert Lieder. A deux reprises, il a dû réécrire de mémoire son manuscrit que les autorités lui ont confisqué encore et encore. Cet ouvrage qui dénonce les conditions brutales de détention dans les prisons chinoises est interdit dans l’Empire du milieu mais célébré à l’Ouest comme un document important sur la Chine d’aujourd’hui.

Nous accompagnons Liao Yiwu au musée Martin-Gropius Bau de Berlin, où il participe avec l’écrivaine Herta Müller à une lecture mondiale donnée en l’honneur de son ami Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010. Liao Yiwu nous explique pourquoi, en Chine, quasiment personne ne connaît ne serait-ce que le nom de cette personnalité littéraire qui est emprisonnée ; il raconte aussi comment il fait de l’écriture un moyen de lutter contre la politique chinoise de l’oubli et pourquoi il est convaincu qu’un jour, son pays parviendra à triompher de la dictature.

(1)
"Le grand massacre commence par le cœur de Pékin
Quand le Premier ministre s’enrhume, le peuple tousse
La ville vient d’être fermée, puis bloquée, enfin assiégée
La machine d’Etat de ce vieux pays malade n’a plus de dents
Pour broyer le peuple qui résiste et voudrait lui échapper."


Le reportage d'ARTE Journal, à l'ouverture du 11ème Festival international de littérature à Berlin (26 août 2011)


Square : chaque dimanche à la mi-journée, un intellectuel ou un artiste pointe l'acuité de son regard sur deux actualités, la sienne et celle du monde, avant une carte blanche.

Square
samedi, 7 avril 2012 à 06:45
Pas de rediffusion
(France, Allemagne, 2012, 43mn)
ARTE

Edité le : 28-03-12
Dernière mise à jour le : 31-03-12