Les Sweet Vandals qualifient eux-mêmes leur son furieusement remuant de « dirty club sound ». Pour obtenir ce son ultra vintage et roots, le groupe de soul funk madrilène se repose entièrement sur la bonne vieille technique analogique lorsqu’ils enregistrent en studio, et sur des instruments d’origine dans la pure tradition soul et funk des années 60 et 70 : l’orgue de Hammond, chaud et opulent, des vents imposants et une section rythmique entraînante. Mais surtout, c’est la chanteuse du groupe, Mayke Edjole, qui lui imprime sa marque, grâce à sa longue expérience du gospel. Quand les Sweet Vandals passent à l’offensive, le groove est au rendez-vous, les clubs chauffent, et dans le public, ça déménage.
Quel pianiste, ce Cubain ! Roberto Fonseca n’a que quinze ans lorsqu’il se produit au Jazz Plaza Festival de La Havane, où il fait sensation. Après ses études, il obtient ses galons de musicien auprès du légendaire Buena Vista Social Club, succédant à Rubén González - excusez du peu - et s’intégre à l’orchestre d’Ibrahim Ferrer. Ce maître du piano latino a aussi joué avec des jazzmen comme Herbie Hancock, Wayne Shorter ou Michael Brecker. Pour « Akokan », Roberto Fonseca collabore avec la charismatique chanteuse capverdienne Mayra Andrade ainsi qu’avec le chanteur et guitariste Raul Midón. Fonseca est célébré avec raison comme le « talent le plus prometteur et le plus important de la musique cubaine ». Son jeu sensible et rythmé invite à danser autant qu’à rêver.
L’excellente compilation afro-beat « Legends of Benin » nous catapulte quelques dizaines d’années en arrière. Ces perles funk seraient restées pratiquement inconnues en dehors de l’Afrique sans le travail minutieux et l’acharnement du label Analog Africa. Aujourd’hui, elles font le bonheur des amateurs occidentaux. Ces chansons des années 1969-1981 sont influencées par l’afro-beat et James Brown. L’album nous ramène aux origines du funk, avec Gnonnas Pedro et Ses Dadjes, Antoine Dougbé, El Rego et Ses Commandes ainsi qu’Honoré Avolonto. Un afro-beat véritablement frénétique. Et un must absolu pour les teuffeurs funk !
Le vibraphoniste luxembourgeois Pascal Schumacher vit par et pour son instrument. C’est en pensant à Steve Reich qu’il intitule son album « Here We Gong » : celui-ci avait donné dans sa composition « Music For 18 Musicians » un rôle prépondérant au vibraphone. Fasciné par la musique minimale et expérimentale, Pascal Schumacher étudie à Strasbourg les percussions classiques avant de se tourner vers le jazz. Accompagné par Franz von Chossy au piano, Christophe Devisscher à la basse et Jens Düppe aux percussions, Schumacher allie en virtuose, et avec la légèreté du jazz improvisé, divers éléments de la musique expérimentale : intercalations complexes de motifs, superpositions de figures, ostinati et métriques impaires. Aucun autre album n’est plus novateur, ne s’aventure avec plus de verve et de swing sur les nouvelles voies du jazz.
Son jeu impulsif et ses compositions pleines d’entrain ont eu une influence considérable, aussi bien sur Little Richard et Aretha Franklin que sur des musiciens rockabilly comme Carl Perkins. C’est sous le pseudonyme de Piano Red qu’il connaît aux alentours de 1950 ses premiers succès R’n’B et, après avoir changé de maison de disque, c’est sous le nom de Dr. Feelgood qu’il enregistre en 1962 ses plus grands tubes. Avec « Rocks », le label Bear Family a compilé les plus belles perles de ce maniaque du piano, et offre, en sus des 33 titres dont cinq inédits, un livret richement illustré.
Peter Broderick s’inscrit dans une nouvelle mouvance musicale alternative. A l’instar de Hauschka, Max Richter et Nils Frahm, il utilise le piano comme instrument pivot et intègre des éléments classiques dans ses morceaux. En alliant le piano aux instruments à corde et aux sonorités électroniques, Peter Broderick crée des atmosphères d’une beauté émouvante qui transcendent le temps et l’espace, et invitent l’auditeur à s’abandonner. Membre du groupe danois Elfterklang, il s’intègre dans le concept musical orchestral de cette formation post-rock. Mais dans son album solo « Float », Peter Broderick privilégie une approche minimaliste. Sur ce CD particulièrement émouvant et intense, chaque note compte.
Lorsque Seun Kuti voit le jour au Nigeria en 1982, son père Fela est déjà une légende. Fela Kuti a marqué l’afro-beat d’une empreinte indélébile et conquis l’Occident. Le maître mêlait funk entraînant, rock psychédélique, polyrythmie d’Afrique de l’Ouest et puissants chœurs échangeant des déclarations politiques radicales. Ces ingrédients sont aujourd’hui repris par son fils. Seun Kuti porte un lourd héritage mais relève le défi avec maestria dans son album « Many Things ». Il est aussi engagé que son père. Le morceau éponyme de l’album raille la politique du président nigérian Olusegun Obasanjo, qui enchaîne les projets architecturaux ambitieux tandis que le peuple a faim.
En 2000, le producteur brésilien Maurício Pacheco découvrait la musique pop angolaise des années 1960 et 1970. Depuis lors, il voyage régulièrement en Angola. Fan de chanteurs comme Teta Lando, Artur Nunes ou Carlos Lamartine, il a eu l’idée de transposer leurs chansons dans l’univers des clubs brésiliens d’aujourd’hui. Des producteurs et DJ de ses amis, comme Mario Caldato Jr., qui a produit notamment les Beastie Boys et Beck, ainsi que Dj Dolores, Moreno Veloso et Kassin, ont planché sur l’adaptation et le remix des anciens tubes angolais. Le mélange d’ancien et de nouveau, de chants traditionnels et de rythmes dance font de « Comfusões 1 » une compilation estivale incontournable de musiques du monde et une véritable mine de musiciens et de producteurs qui gagnent à être connus.
Roy Lee Johnson est une figure emblématique de la scène deep soul. Le guitariste et compositeur culte a notamment écrit et interprété des chansons qui ont fait connaître les Beatles, Albert Collins ou Roy Buchanan. Le splendide album « When A Guitar Plays The Blues » réunit pour la première fois les plus grands singles de Johnson, qui jusqu’ici n’étaient accessibles qu’à des prix exorbitants lors de ventes aux enchères. On y trouve d’émouvantes balades mais aussi des instrumentaux au rythme endiablé ou des morceaux qui donnent envie de se déhancher. Roy Lee Johnson a fait ses armes avec Piano Red. Il compte à tort parmi les héros oubliés de la soul.
La musique d’Europe de l’Est, inspirée des Tsiganes, est un élément incontournable de la Fête de la Musique. Le duo canadien A Hawk And A Hacksaw s’engage résolument en faveur de la musique Gypsy. Jeremy Barnes et Heather Trost sillonnent l’Europe de l’Est pour s’imprégner des divers courants musicaux dont ils s’inspirent dans leurs chansons. Pour leur album « Délivrance », ils ont convié de grands musiciens hongrois comme Ferenc Kovács et Kálmán Balogh dans les studios d’enregistrement. Dans leurs morceaux majoritairement instrumentaux, A Hawk And A Hacksaw intègrent volontairement des éléments traditionnels qu’ils confrontent à leurs conceptions et influences occidentales. Les musiciens de A Hawk And A Hacksaw se sont également inspirés de la culture scénique des musiciens d’Europe centrale et affectionnent tout particulièrement les concerts de rue spontanés.
Matthias Schneider







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