Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Sorties cinema du 7 décembre 2005 > Forty Shades of Blue

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Sortie du 7 décembre 2005 - 14/12/05

Forty Shades of Blue

Une chronique américaine cathartique et glacée. Un peu inégal, mais résolument à part.

a lire aussi

d’Ira Sachs
(USA, 2005, 1h47)
Avec Rip Torn, Dina Korzun, Darren Burrows, Red West…

Synopsis : Charismatique et hâbleur, Alan (Rip Torn) est un vétéran de la scène musicale de Memphis. Avec Laura, beaucoup plus jeune que lui (Dina Korzun), il entretient une relation sur le déclin qui ne contribue qu’à augmenter la solitude de cette jeune mère d’origine russe, toujours regardée comme une étrangère ou une curiosité dans la communauté. La venue de Michael (Darren Burrows), l’autre fils d’Alan né d’un premier mariage et d’un tempérament beaucoup plus renfermé que son père, va contribuer à fissurer violement cet univers réfrigéré par une absence avérée de communication.

Critique : Natif de Memphis et auteur en 1994 d’un documentaire consacré à la musique américaine baptisé « The Delta », Ira Sachs entretient avec le cinéma une relation sporadique mais ferme, et surtout dénuée de cet aspect pittoresque ou photographique qui galvaude habituellement les films indépendants. Pourtant, le scénario de « 40 Shades of Blue » (titre de l’une des chansons désabusée que fredonne et écrit Laura) est typique de ces petites fictions américaines qui, en se réfugiant derrière les aptitudes des comédiens, associent trois thèmes particulièrement éculés : le retour dans la ville natale et l’heure douloureuse du bilan, assortis du règlement de compte en famille.

C’est effectivement Rip Torn qui porte le film sur ses épaules massives, dans un emploi qui rappelle celui qu’il tint il y a plus de 35 ans dans « Coming Apart » de Milton Mose Ginsberg, où il interprétait un séducteur névrotique filmant ses conquêtes grâce à une caméra cachée dans un appartement new-yorkais. Mais il règne autour de lui une ambiance hivernale et fantôme. Elle renvoie plus volontiers aux aspects douloureux et cathartiques du roman contemporain américain. Ira Sachs excelle d’ailleurs dans ces longues scènes de groupe (la cérémonie du début et, annonçant la conclusion, la fête d’anniversaire sise dans une forêt décharnée), qui rappellent le geste descriptif et progressif du chapitre littéraire. Il apparaît moins à l’aise dans le registre de la confrontation directe entre les personnages, qui est propre à une psychologie attendue d’ailleurs filmée sagement en champs/contrechamp. Ira Sachs devrait être plus confiant dans ce que son film revêt de trouvailles, comme la présence quasi muette et pourtant éloquente de Red West. Dans le rôle d’un tenancier de bar élégant, cet ancien garde du corps d’Elvis Presley est le témoin lunaire du passé évanoui et tenace de la ville de Memphis, l’autre sujet du film.

Julien Welter

--------------------------
Forty Shades of Blue
d’Ira Sachs
(USA, 2005, 1h47)
Avec Rip Torn, Dina Korzun, Darren Burrows, Red West…
Sortie du 7 décembre 2005

Edité le : 06-12-05
Dernière mise à jour le : 14-12-05