Avec Bill Murray, Jeffrey Wright, Sharon Stone, Frances Conroy, Jessica Lange, Tilda Swinton, Julie Delpy
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Jim Jarmusch
Réalisateur du film "Broken Flowers"
Interview réalisée par Gérard Lefort

Synopsis : Célibataire endurci, Don Johnston vient d’être quitté par sa dernière conquête Sherry. L’arrivée d’une lettre anonyme le contraint à revenir sur son passé. Une de ses anciennes amantes l’informe qu’il a un fils de dix-neuf ans, et que celui-ci est peut-être parti à sa recherche. Winston, son meilleur ami le pousse à retrouver les quatre femmes qu’il a aimées vingt ans auparavant pour avoir la clef de l’énigme. Don part donc sur les routes à la rencontre de son passé.Critique : Le style de Jarmusch, presque indéfinissable se reconnaît immédiatement dans tous ses films, pourtant tous radicalement différents les uns des autres. Du road movie au néo-western en passant par le film à sketches, le cinéaste marque de son empreinte le cinéma depuis les années 80 grâce à de longs plans séquences mélancoliques, un temps quasi-suspendu et des personnages paumés, mutiques mais touchants. « Broken Flowers » oscille entre le drame intimiste, la comédie douce et la balade sentimentale. Bill Murray apporte tout son humour existentiel au personnage de Don « Juan » Johnston, affichant toujours ce rictus désabusé qui cache mal la tendresse et le mal-être.
Don ne travaille pas, vit en suspension au fil d’histoires d’amour esquissées. Winston, son voisin éthiopien passionné de romans policiers, avec qui il n’a apparemment rien en commun, forme avec lui un drôle de tandem, efficace et solide, malgré les grognements bougons de Don. L’enquête de Don sur son passé prend bien évidemment la forme d’une quête quasi-existentielle dont le plus drôle est sans doute la rencontre avec une Lolita nouveau modèle et un chat loquace. Son apogée, plus triste, est une visite douloureuse sous la pluie au cimetière. Les fleurs brisées du titre pourraient être celles du bouquet choisi par sa dernière amante et qui pourrissent lentement dans son salon ou encore tous ces bouquets de fleurs roses qu’il offre à ses ex, estomaquées de le retrouver devant leur porte vingt après. Ces fleurs symbolisent le passé, un présent nostalgique et un futur de couple qui n’est jamais arrivé sans savoir pourquoi.
Car Jim Jarmusch montre toujours cette même obsession pour ce hasard qui décide des chemins à prendre, sans qu’aucun contrôle ni qu’aucune volonté humaine ne puisse l’enrayer. Le fatum en quelque sorte. L’accident, ici un enfant non désiré comme dans « La Vie Aquatique », le précédent film où Bill Murray apparaissait à l'écran et où il jouait une autre sorte de père indigne, peut transformer ou non une vie entière. Il suffit d’une lettre rose peut-être vraie - peut-être fausse. Comme Winston, apprenti-Sherlock ou Don devant ses anciennes amoureuses, il faut ici chercher l’indice dans l’image pour trouver une vérité bien ténue et fragile. Malgré sa lenteur presque métaphysique, « Broken Flowers » donne l’envie furieuse d’être vu et revu pour le plaisir de faire un bout de route avec Don et son passé. Comme toujours avec une grande élégance, Jarmusch y montre un talent rare pour exprimer à l’écran un sentiment volatile : la nonchalance absolue.
Delphine Valloire
Synopsis : Don reçoit une lettre anonyme sur papier rose l'informant qu'il a un fils de dix-neuf ans, et que celui-ci pourrait bien débarquer chez lui. Il doute de cette présumée paternité, mais ne peut pas non plus l'exclure complètement. Poussé par son ami et voisin, il part pour mener sa propre enquête. Ce périple à la recherche de la mère de ce fils hypothétique se mue bientôt en un retour sur son propre passé…Critique : Avec son road-movie « Broken Flowers », Jim Jarmush revient lui aussi à ses premières amours. Il y avait longtemps que le cinéaste indépendant américain n'avait plus tourné de film rappelant à ce point ses deux premières œuvres « Permanent Vacation » (1980) et « Stranger than Paradise » (1984). Jarmush s'autorise de longs plans où il ne se passe pas grand-chose de prime abord. Car le périple de ses héros est toujours aussi un voyage intérieur. Bill Murray dans la peau de Don donne du relief à son rôle jusque dans les moindres détails. C'est un vrai plaisir de le regarder. Comme dans le chef d'œuvre de Sofia Coppola « Lost in Translation » (2003), il incarne un homme peu loquace mais dont les regards en disent plus long que des discours. Cela nous vaut de nombreux moments comiques où Bill Murray reste toujours très économe de ses gestes. Un exemple : invité à un grand dîner à la française, on le voit enfiler cinq petites rondelles de carottes sur sa fourchette, histoire de dire qu'il a faim.
Lors de son enquête sur sa présumée paternité, Don rencontre quatre femmes aux caractères complètement différents. Laura (Sharon Stone) vit seule avec sa fille Lolita (Alexis Dzienna), laquelle fait honneur à son joli prénom en s'exposant volontiers dans toute sa nudité. C'est pourtant sous Laura que Don se réveillera le lendemain matin, avec un regard ahuri qui vaut son pesant d'or. Mais les choses se passent moins en douceur avec les trois autres ex-amantes auxquelles il fait une visite surprise. Dora (Frances Conroy), autrefois une vraie reine de la défonce, est une femme entièrement soumise à son petit-bourgeois de mari, agent immobilier de son état. Un autre moment délicieux du film est la rencontre avec une autre ex, Carmen (Jessica Lange), qui elle a changé de bord et s'est mise en ménage avec son austère assistante, incarnée par Chloë Sevigny (qui porte lunettes et cuissardes). Carmen a un cabinet médical où elle communique avec les animaux. Dans une scène des plus cocasses, elle montre comment fonctionne la communication avec son chat. Toute la consternation de Bill Murray s'exprime dans un regard qu'il faut absolument avoir vu.
Bien sûr, l'existentialisme a aussi son mot à dire dans ce film. Interrogé sur sa philosophie dans l'existence, Bill Murray s'étonne qu'une telle question lui soit posée, puis il finit par répondre, avec une simplicité désarmante : « Le passé, c'est terminé, l'avenir n'est pas encore là et je ne peux pas le contrôler, c'est aussi simple que çà. » Et çà, justement, c'est l'art de vivre dans l'instant. Le film de Jarmush a le mérite d'être pleinement dans l'instant présent, et Bill Murray maîtrise cet art à la perfection, tout du moins à l'écran.
Nana A.T. Rebhan------------------
Broken Flowers
De Jim Jarmusch
(USA, 2004, 105 min.)
Avec Bill Murray, Jeffrey Wright, Sharon Stone, Frances Conroy, Jessica Lange, Tilda Swinton, Julie Delpy Sortie du 7 septembre 2005






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