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Chine: Société

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Chine: Société

02/09/09

Souffrir pour réussir

La police de Pékin fait des heures sup ! Dans le collimateur des agents : les nuisances sonores sur les chantiers. Par décret spécial, le gouvernement chinois a décidé que cette nuit-là, le silence doit régner dans tout le pays. La raison : le lendemain, dans tout l’Empire du milieu, commencent les épreuves du baccalauréat. Les lycéens chinois doivent dormir. Les millions de travailleurs migrants qui affluent dans les métropoles chinoises sont donc contraints et forcés de respecter la trêve.

En dépit du silence qui n’a rien d’habituel, Shuo n’arrive pas à fermer l’œil. Depuis des mois, il bosse jour et nuit pour la « Gaokau », le bac chinois. Le taux de réussite n’est que de 50 %. Pour 3 millions de jeunes, c’est le jour le plus important de leur vie, car pour pouvoir prétendre aux études supérieures si convoitées, il faut être en possession du précieux diplôme. Une journée d’angoisse et d’espoir que la plupart des parents préparent depuis 18 ans. Rien n’est laissé au hasard.

Dès que l’académie de Pékin a annoncé le lieu d’examen – une semaine seulement avant le jour fatidique - les parents de Shuo sont venus voir la salle de classe dans laquelle leur fils va passer l’examen sésame. Comme des milliers d’autres parents, ils réservent une chambre d’hôtel pour que leur rejeton puisse profiter de quelque minutes de repos pendant la pause de midi. Les Tian ont mis toutes leurs économies dans l’éducation de leur fils.

Ensemble, ils gagnent un peu moins de 500 euros par mois. Le salaire de la mère passe tout entier dans les cours du soir. L’enjeu ? Il est énorme, car si le fils est recalé, ils perdent la face vis-à-vis de leur famille, des voisins, des amis. Un cauchemar pour les Chinois !

« Aussi rapides et efficaces qu’un ordinateur »
© NDR
Nulle part ailleurs, les parents n’investissent autant de temps, d’efforts et d’argent dans l’éducation de leurs enfants. La concurrence est impitoyable en Chine. La chasse à la meilleure note commence dès la maternelle. A trois ans, Tong Tong ne se doute pas encore de ce qui l’attend. A peine réveillée, elle apprend rapidement quelques mots d’anglais pendant sa toilette. Obsédée par l’apprentissage de sa fille, la mère de Tong Tong ne lui laisse pas une minute de répit.

Faisant partie des nantis pékinois, le ménage dépense 2000 euros par mois pour l’éducation de leur fille. A l’école maternelle « Berceau doré » réservée aux plus nantis, les bambins de trois ans bûchent déjà sur les leçons de CP. En plus des idéogrammes, ils apprennent l’anglais et les mathématiques. Pas de place pour le jeu dans cette fabrique de têtes bien pleines ! Aux yeux de nombre de parents chinois obnubilés par les performances de leur progéniture, une enfance passée dans l’insouciance est une perte de temps.

« Aussi rapides et efficaces qu’un ordinateur », c’est ainsi que les souhaite le fondateur de la chaîne de jardins d’enfants : « Nous ne voulons plus d’enfants qui fonctionnent à la vitesse d’un vieux PC 286. Trop lents, trop de plantages. Les enfants, nous voulons qu’ils fonctionnent comme un processeur Pentium ».

Les espoirs de médaille de demain
© NDR
Des attentes similaires pèsent aussi sur les épaules des enfants qui triment dans les internats sportifs du pays. A Xiantao, à 500 kilomètres à l’Ouest de Pékin, Jin, un garçonnet de huit ans, commence son entraînement avant le petit déjeuner. Du sport de haut niveau le ventre vide. Au programme de la journée : 3 heures d’entraînement intensif et 6 heures de cours.

Grâce à une discipline de fer, les résultats sont au rendez-vous, en classe comme en salle de sport. Jin et ses camarades de classe s’accommodent de la rudesse du régime. Pour eux, c’est un honneur de faire partie des 400.000 jeunes sélectionnés pour cette forge à talents. Ils représentent les espoirs de médaille de la Chine de demain et s’ils souffrent, c’est pour la gloire et l’honneur de la patrie ! Dans cette course aux performances, les familles engagent là aussi tous leurs espoirs et toutes leurs économies.

Les gagnants et les perdants
La modernisation de la Chine et son fulgurant essor économique ont pour effet de partager le gros milliard de Chinois en deux : d’un côté les gagnants, les perdants de l’autre. Ceux qui ne tiennent pas le rythme scolaire et la compétition acharnée n’ont aucune chance. La fuite dans les univers virtuels est l’un des moyens d’échapper à la pression du quotidien. D’ores et déjà, un Chinois sur huit serait accroc à l’Internet, avec une majorité de jeunes hommes.

C’est le cas de Xing : dans une consultation, ce timide adolescent avoue à son médecin qu’Internet est son seul refuge, le seul lieu où personne n’attend rien de lui. Sans son ordinateur, il est perdu. Dans son cas comme dans d’autres, l’Etat chinois n’est pas à court de solutions : les victimes peuvent par exemple se faire soigner dans des centres de désaccoutumance. L’hôpital militaire n°7 de Péking - il n’est pas le seul - a une double réponse : traitement médicamenteux et mise au pas militaire !

Une formation scolaire de qualité - un luxe réservé à une élite
© NDR
Xiao Yan fait elle aussi partie des perdants du système. Comme beaucoup de filles nées à la campagne, elle est entrée tôt dans l’âge adulte. Sa mère est ouvrière itinérante et c’est Xiao qui s’occupe seule du ménage. Une charge difficile pour cette fille de 11 ans car dans son village isolé dans le Sud de la Chine, il n’y a ni eau ni électricité. Avant de partir à l’école, elle arrache des mauvaises herbes dans le potager et prépare le petit déjeuner composé de cornichons en conserve et de riz pour toute la famille.

La jeune fille a soif d’apprendre et rêve d’une vraie formation scolaire. Mais les conditions de vie à la campagne sont quasi moyenâgeuses et dans un village comme le sien, la vie d’une fille ne vaut pas grand-chose. Les moyens financiers de sa famille suffisent à peine à payer les études d’un des enfants et l’heureux élu sera plus probablement son petit frère Xiao Yun qui fait toute la fierté de son père.

Pour l’instant, Xiao Yan attend avec impatience l’heure des cours. C’est le seul moment de la journée où elle échappe à ses tâches ménagères. L’école du village se trouve à plusieurs kilomètres de marche de sa maison et compte 4 classes pour quelque 200 élèves de tous âges. C’est avec bonheur que les enfants suivent les cours, même si ces derniers ne peuvent rivaliser avec le niveau d’enseignement dans les villes.

En Chine communiste, suivre une formation scolaire de qualité reste un luxe réservé à une élite. Le pays compte environ 120 millions de personnes illettrées et leur nombre va croissant. Beaucoup de parents enlèvent en effet leurs enfants très tôt de l’école parce qu’ils ont besoin de main-d’œuvre à la maison. C’est le destin qui attend sans doute Xiao Yan, malgré sa soif de connaissances.


Edité le : 27-06-08
Dernière mise à jour le : 02-09-09