Taille du texte: + -
Accueil > Culture > Tracks

Tracks

Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

> > Sloth Club

Tracks

Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

Tracks

Bio - 24/02/12

Sloth Club - All you need is slow - Tracks

Un reportage de Aldo Lee

Le club des paresseux veut faire passer le Japon à l'ère du zéro électrique : 100% unplugged.  Slow is beautiful!

Previous imageNext image

Dans les années 60, le Japon vit son boom Izanagi, le miracle industriel qui propulse l'économie nipponne au deuxième rang mondial.

À l'époque, même les hippies sont emballés au cri de "Make money, not war ! ", faites du fric, pas la guerre.

Cinquante ans plus tard, la Chine a ravi aux Japonais la deuxième place sur le podium des pays riches et l'archipel est en proie au doute. Les hippies nippons se réveillent avec la gueule de bois et se rallient autour d'un nouveau slogan : "Ralentissez !"

Le Sloth Club

Tous les ans, les disciples de la décroissance se la coulent douce ici à Tokyo au Earth and Peace Festival les yeux rivés sur leur modèle : le paresseux. Le Sloth Club, le club des paresseux n'a pas pour mission de sauver les mammifères les plus lents de la planète de leur inéluctable extinction, mais de devenir comme eux.

Ami Fujioka est co-fondatrice de ce club qui voit la vie au ralenti.
La société japonaise donne beaucoup trop d’importance à la vitesse et au rendement. Le lien entre les hommes et la nature ou même entre les hommes eux-mêmes est aujourd’hui rompu et il faut le renouer. J’habitais à Tokyo avant mais je suis partie pour la région la plus au sud de Kyushu à cause de l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima. Même à Tokyo mon objectif premier a d’abord été de mener en ville une vie de "paresseux". Et aujourd’hui, je veux vivre en harmonie avec la terre.

Le 11 mars 2011, un séisme magnitude 9, au large des côtes nord-est du Japon déclenche un tsunami avec des vagues atteignant jusqu'à trente mètres de haut.

Comme dans les pires films catastrophe, c'est l'effet domino. Située à moins de trois heures de route de Tokyo, la centrale nucléaire de Fukushima devient incontrôlable, les fuites radioactives contaminent la région et sèment la psychose.
 
Depuis plus de 20 ans, Keibo Oiwa tire la sonnette d'alarme sur l'enfer du nucléaire. Anthropologue de formation et auteur d’une dizaine de livres sur le "slow life", Keibo est le fondateur du "club des paresseux".  C’est lors d'un de ses voyages dans les forêts tropicales équatoriales qu'il a la révélation en tombant nez à nez avec un paresseux.


Keibo Oiwa

Pourquoi les paresseux sont-ils lents? D’abord, ils ont très peu de muscles et donc un mode de vie avec des efforts réduits. Ça a pour conséquence qu'ils n’ont pas besoin de nourriture à forte teneur en protéine ou énergétique. Ils n’ont pas besoin d’être compétitifs. Comme les paresseux, il faut re-designer notre façon de vivre dans ce monde. Afin d'être plus en phase avec l’état de nature. C’est le but que s’est fixé le "mouvement du paresseux", faire le choix de la lenteur.

Pour son coup d'essai, il a choisi Yokohama, la deuxième ville du Japon. Le "club des paresseux" est contraint de retrousser ses manches pour construire un temple bouddhiste uniquement avec des produits naturels.
 
Pas question de tronçonner le moindre cerisier, tout le bois utilisé provient d'arbres déracinés par le tsunami. Ici, la paille remplace l’amiante comme isolant, la corde et la bouse de vache font office de mortier.
 
Cerise sur le gâteau, le temple n’a rien coûté puisque les paresseux ont travaillé à l'œil. Donc en plus d’être écolo, ce projet ne fait pas avancer l’économie nippone. C'est le deuxième objectif de Keibo Oiwa.

Petit plus sur le Sloth Club...


L’homme le plus "slow" du monde


À seulement 60 kilomètres de Fukushima, près de la ville de Nasu, l’inventeur Yasuyuki Fujimura a construit son atelier 100% non-électrique. Là, on peut voir quelques-unes des inventions du professeur Tournesol du Sloth Club, comme ce frigo qui consomme zéro kilowatt.

Au-dessus de ce frigo zéro carbone, une plaque de métal renvoie la nuit vers le ciel les rayons infrarouges absorbés durant la journée, abaissant ainsi la température de l’eau entourant l’appareil : un système déjà utilisé par les peuples du désert au Moyen Âge.
 
Contraint de fermer la plupart des réacteurs nucléaires, le gouvernement a imposé des restrictions sur la consommation d’énergie. Du coup, depuis un an, les inventions de Fujimura-san attirent trois fois plus de curieux.
 
Humidificateur, garde-manger isotherme, cuisinière solaire et même aspirateur, ici, tout est unplugged !

L’invention la plus populaire de Fujimura-san au pays du thé vert c'est un mini-engin pour torréfier soi-même son café. Il en a vendu plus de 10 000 exemplaires !

Yasuyuki Fujimura
Pour réaliser ça, ça m’a pris presque six mois. La raison pour laquelle j’ai pris tant de temps pour fabriquer quelque chose d’aussi simple, c'est que je voulais avoir un beau bruit, qu’une bonne odeur s’en dégage et qu’on puisse voir la couleur des grains, et surtout qu’il n’y ait pas de fatigue générée par son utilisation. En un mot : que ce soit agréable de faire du café. Si j’avais mis sur le marché un produit comme ça dans les années 80, j’en aurai même pas vendu un. Parce qu’à cette époque les Japonais se donnaient chaque minute et chaque seconde à leur travail. Si vous leur aviez dit qu’une tasse de café prendrait vingt-cinq minutes à se faire, ils seraient tombés dans les pommes.


Le quartier de Kokubunji

À Tokyo, le Club des Paresseux a établi son quartier général dans le quartier de Kokubunji. Autour du café slow, on trouve de tout pour vivre au ralenti, des légumes bios à toute une ribambelle de produits équitables.
 
C’est aussi ici que les membres du Sloth Club troquent des objets, et mettent au point leur stratégie de décroissance.

Chaque année, pendant le solstice d’hiver, la "candle night" ou "nuit des bougies", appelle à réfléchir à sa consommation énergétique.
 
Son principe : ne pas utiliser d’électricité pendant deux heures. Un an après Fukushima, cet événement mondial prend un sens tout particulier au Japon.


Liens


Tracks
vendredi, 2 mars 2012 à 03:35
Pas de rediffusion
(France, 2012, 52mn)
ARTE F

Edité le : 23-02-12
Dernière mise à jour le : 24-02-12