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ARTE Journal - 17 au 21 janvier - 24/01/11

Série : Alfred Hitchcock, petits détails secrets

Qu'est-ce qui fait d'Hitchcock un cinéaste encore inégalé à ce jour, dans l'art de réaliser des films contrôlés aux mille et un aspects divertissants ? Du 17 au 21 janvier, ARTE Journal ausculte les secrets de l'oeuvre du cinéaste.

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Alfred Hitchcock fait régulièrement l'objet de rétrospectives. Et pour cause : plus de trente années après la mort du réalisateur britanno-américain, son oeuvre fascine toujours autant et nombreux sont les détails secrets qui restent encore à percer.

Depuis le 5 janvier, la Cinémathèque française projette l'intégrale de ses longs-métrages ; l'ouvrage Alfred Hitchcock, une vie d'ombres et de lumières, de Patrick McGilligan, vient de paraître chez Actes Sud ; jusqu'en mars, l'Institut Lumière de Lyon organise aussi une rétrospective.

Que reste-t-il donc à comprendre de l'oeuvre d'Hitchcock, qui fait la nécessité de la revoir ou de tout simplement la découvrir ? Un secret toujours bien gardé, une façon unique d'aborder des thèmes universels - politiques, sociaux, amoureux -, dans le divertissement le plus total...

Episode 5 : l'amour


Chez Hitchcock, l'amour, bien plus que la sexualité, est un élément clé pour semer le trouble dans une intrigue. Il se traduit en un moment très défini : la prise de conscience de l'amour, comme ce regard à peine décelable de Cary Grant sur Ingrid Bergman dans Les Enchaînés.

L'amour chez Hitchcock est bien souvent une apparition, celle d'un profil féminin devant un héros qui n'attendait que ça pour s'enflammer. Le plus stupéfiant étant celui de Kim Novak dans Sueurs froides. L'amour est donc immédiat. Dans La Maison du Dr Edwardes, il est, entre Ingrid Bergman et Gregory Peck, si direct et éclatant, qu'Hitchcock le montre dès le début du film, donnant ainsi l'énergie nécessaire à ses deux héros pour lutter contre le crime.

« On s'aime donc on ne se quitte pas », disait Hitchcock, parce qu'il a vu un jour une fille qui ne lâchait pas la main de son amoureux qui faisait pipi dans la rue. Hitchcock filme ainsi la tension de l'amour par des scènes amoureuses fulgurantes. Des baisers effleurés multipliés entre Julie Andrews et Paul Newman, à celui plus secret entre Tippi Hedren et Sean Connery dans Pas de printemps pour Marnie. Car finalement, l'aboutissement de ce cinéma-là, c'est mettre en scène l'amour dans ce qu'il a de plus beau et inexplicable.



Episode 4 : le scandale


Le divertissement est un des buts du cinéma de suspense hitchcockien. Divertir donc surprendre en insufflant de la tension. Régulièrement ainsi retrouve-t-on des longues séquences haletantes comme dans celle de La Mort aux trousses, toujours sur le même schéma : le héros du film, Cary Grant, est en danger dans un lieu public. L'ennemi garde toutes les issues. Tout échappatoire paraît impossible. Reste au héros une solution : provoquer un scandale en prenant la parole, haut et fort, et n'importe comment.

Ce processus cinématographique n'est pas anecdotique, le scandale est pour Hitchcock une façon sociale et politique de parler du monde. Le cinéaste situe ainsi l'homme dans la société. L'être humain au sens individuel du terme comme Paul Newman héros d'un monde libre dans Le Rideau déchiré. Le héros hitchcockien, toujours seul au milieu d'une foule indifférente, est obligé de se transcender, de se montrer intelligent s'il veut s'en sortir, s'il veut que la foule bascule en sa faveur et le protège la plupart du temps sans le savoir.

Semer le désordre pour mieux rétablir l'ordre et proclamer la vérité sur le monde par des héros en danger est une des qualités paradoxales de l'oeuvre de Hitchcock.



Episode 3 : suspendre


Le cinéma d'Alfred Hitchcock est une oeuvre qui emprisonne ses héros par les poignets et ce, dès ses tout premiers films, dont Les Cheveux d'or, permettant ainsi au spectateur de frissonner de peur. L'une des solutions fétiches du cinéaste anglais est donc de suspendre ses personnages dans le vide avec pour seul recours la main. Qui sauve. Comme Hitchcock fait du cinéma populaire, pas question de sacrifier son héros, ceux qui tombent sont anonymes ou méchants comme dans Cinquième colonne. La chute provoquant stupéfaction ou relâchement.

Malgré tout Hitchcock préférait suspendre ses héros, comme James Stewart dans Fenêtre sur cour, persuadé que le public tremblerait beaucoup plus à l'idée que ce dernier puisse tomber et mourir. Persuadé par ailleurs que le romanesque absolu ne pouvait mieux s'exprimer que par l'occasion donnée à Cary Grant héros de La Mort aux trousses, de sauver Eva Marie Saint, la fille qu'il aime.

Mais ce que vise Hitchcock, bien plus que la tension divertissante comme celle de La Main au collet, c'est la peur intérieure de chacun d'entre nous de tomber, de ne pas réussir son existence. De dépendre de la main de l'autre, de ne pas choisir sa vie. Rester suspendu. Passer par de grandes peurs extrêmes comme James Stewart dans Sueurs froides pour savourer le bonheur est une des idées classiques et efficaces de l'oeuvre d'Hitchcock.



Episode 2 : le voyage


Si les personnages des films hitchcockiens se déplacent autant, comme Kim Novak dans Sueurs froides, ce n'est pas seulement par souci de montrer des paysages emblématiques et de divertir, c'est aussi la possibilité pour le cinéaste de glisser quelques idées toujours modernes sur le monde qui l'entoure. Illustration avec Ingrid Bergman, l'héroïne alcoolisée des Enchaînés.

Les voyages permettent à Hitchcock d'être un cinéaste féministe. La plupart du temps, comme Tippi Hedren dans Les Oiseaux, ce sont les femmes qui conduisent la voiture ou le bateau. Les héroïnes hitchcockiennes se montrent affranchies, débrouillardes avec tous les types de véhicules, même quand elles sont jeunes et innocentes.

Surtout, le déplacement en train, en voiture ou en bateau, est un prétexte pour inverser les codes sociaux habituels du film à suspense, provoquant ainsi surprise et amusement. Ce n'est en effet pas le garçon qui protège la fille qui tremble, mais Eva Marie Saint qui cache un Cary Grant menacé de La Mort aux trousses, en l'écrasant au passage. Montrer par le voyage en apparence anodin, que les femmes peuvent aussi diriger l'action et ont donc un rôle social : c'est l'une des subtilités de l'oeuvre hitchcockienne.



Episode 1 : l'escalier


Alfred Hitchcock se sert de tout pour faire du cinéma, rendant ainsi chaque élément matériel incroyablement signifiant. Les escaliers de ses films sont l'objet d'un parcours totalement stressant et révèlent névroses, chutes et tentatives de meurtre, comme dans L'Ombre d'un doute. « La mise en scène de cinéma existe pour contracter ou dilater le temps selon nos besoins ou nos volontés », disait Hitchcock à François Truffaut.

Chez Hitchcock, l'escalier fonctionne surtout comme un marqueur de temps scandé par les marches, ressemble à une marche pervertie, froide et tranquille. Celle d'une prise de conscience de la mort. Sa montée et sa descente peuvent être magiques ou interminables. La plus emblématique est celle de Cary Grant dans Soupçons. L'acteur monte des marches presque invisibles, sans qu'on puisse savoir s'il va tuer ou s'il s'est décidé à devenir responsable.





Edité le : 17-01-11
Dernière mise à jour le : 24-01-11