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Tchernobyl, 25 ans après

Vingt-cinq ans après, et alors que la crise au Japon ravive le débat sur l’avenir du nucléaire, Thema enquête sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl et sur ses représentat ions chez la jeune génération.

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Tchernobyl, 25 ans après

Soirée Thema « Tchernobyl 25 ans après » - 22/04/11

"Tchernobyl forever": S.T.A.L.K.E.R.

Bien au-delà du simple jeu


A la fois référence et ovni dans l'industrie déjà très formattée du jeu vidéo, S.T.A.L.K.E.R est surtout l'une des oeuvres majeures dans la timide mythologie qui s'est créee autour du drame de Tchernobyl. Les fans du jeu vous expliquent pourquoi.


//UN DRAME TRES DISCRET


Le grand écart saute aux yeux : si l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl il y a 25 ans a traumatisé des générations et crée moult fantasmes et craintes, la culture ne lui a que peu rendu hommage. Et pourtant, l'Uranium appauvri reste un terreau extrêmement fertile pour les narrateurs de tous poils : à l'origine d'un pan entier des super-héros (des 4 Fantastiques irradiés par des rayons cosmiques à Peter Parker devenu Spider-Man après qu'une araignée radioactive l'ai mordu en passant bien sûr par le Dr. Manhattan des Watchmen, physicien nucléaire devenu un être indestructible utilisé par les Etats-Unis à l'instar de la première bombe atomique - nom de code Projet Manhattan), de Godzilla et ses amis au Japon, dans le rôle du danger ultime de bien des films, séries et jeux vidéos... Mais à partir de Tchernobyl ? Rien, ou si peu.

Les explosions nucléaires et les ogives perdues dans la nature sont ainsi des muses des contes modernes, mais il semble qu'on préfère les invoquer dans un Los Angeles de fiction qu'au milieu de la campagne ukrainienne. " J'imagine que ça doit moins parler aux américains", avance Aurélien, gamer assidu et fan de S.T.A.L.K.E.R, un jeu vidéo assez singulier. Il a sans doute raison. La plupart des grands studios de production se trouvent aux Etats-Unis, lui-même le plus grand marché mondial de l'industrie vidéo-ludique. C'est donc à l'autre bout du monde que va naître l'ambitieux projet qu'est S.T.A.L.K.E.R, jeu vidéo extrapolant sur un territoire nouveau crée après les incidents de Tchernobyl.

//OUVERT ET ARIDE


Le projet n'aura cependant pas été facile. Annoncé en 2003 par le studio ukrainien CSC Game World, S.T.A.L.K.E.R mettra 4 ans (et moult reports) à sortir, mais son succès critique et commercial justifient l'attente. Il faut dire que S.T.A.L.K.E.R est un métissage gourmand, empruntant au FPS (jeu de tir à la Call of Duty), au Sandbox (jeu ouvert à la Gran Theft Auto) et au RPG (jeu de rôle à la Fallout). Un grand programme pour un territoire ouvert et mutant: "La Zone" un ancien no man's land radioactif formé autour de l'usine, qui s'est lentement repeuplé avec une nouvelle faune, des zones défiant la physique classique, des hommes en quête d'artefacts rares.

Une approche ouverte qui détonne avec les canons du genre, à sa voir un jeu vidéo linéaire et très scripté dans ses évènements. Ce qu'aime précisemment Aurélien : "c'est la structure ouverte qui m'a le plus séduit, car après tout il y a plein de jeux qui se déroulent dans un univers post-apo, alors que des FPS en milieu ouvert ça ne court pas les rues hélas."

A cette structure ouverte se greffe une absence d'assistanat, qui a immédiatement touché les joueurs aguerris comme Nobody Wolf: "J'ai adoré la façon dont le jeu commençait ; on lâche le joueur dans la zone, avec juste un couteau et sa b..., et on le laisse se démerder. Pas de tutorial, pas de chemins qui le tiennent par la main, rien. A lui d'apprendre sur le tas, de parler avec les gens, bref, de se forger sa propre expérience de S.T.A.L.K.E.R."

//TERRAIN DE TOUS LES POSSIBLES


Responsabilisant, ouvert et exigeant, S.T.A.L.K.E.R exploite parfaitement la carte du "Reboot", ou comment imaginer une civilisation repartie de zéro, avec cependant le poids de son passé. Une sensation grisante qui pèse de tout son poids dans le jeu dont la trâme tourne autour du choix de détruire Tchernobyl ou de conserver la Zone, que l'on pourrait alors considérer comme un Eden post-moderne. Les joueurs sont en tout sous le charme: "Dans le 3è opus, Call of Pripyat, on est vraiment libre d'aller où on veut et de faire ce qu'on veut. On peut très bien finir le jeu en 10h en rushant, ou y passer 50h à tout visiter et faire toutes les missions" rappelle Aurélien. "S.T.A.L.K.E.R est le jeu le plus contemplatif que je connaisse, je ne compte plus le nombre de fois ou je me suis assis quelquepart dans la zone pour manger un saucisson, siroter une vodka et apprécier le couché/levé du soleil", réncherit Nobody Wolf.

//DES MUTATIONS A PREVOIR


Un tel potentiel narratif a en tout cas poussé la communauté derrière S.T.A.L.K.E.R à faire muter le jeu d'origine avec des MODs amateurs (modifications du jeu ou des créations originales basées sur le moteur graphique et physique du jeu), créant ainsi des multitudes d'histoires, de missions, de spin offs, de délires. Si Tchernobyl s'ouvre aujourd'hui lentement au touristes téméraires, on aura jamais vu autant de vie autour de son pendant virtuel.

"Il y a beaucoup de fans de S.T.A.L.K.E.R, et beaucoup de personnes qui moddent le jeu. il existe une profusion de petits et gros mods pour les trois jeux S.T.A.L.K.E.R. La communauté est très active, mais hélas les grosses équipes de moddeurs sont surtout russes ou ukrainiens, ce qui fait que leurs mods ne sont en général pas traduits et difficiles à obtenir" regrette Aurélien, lui-même auteur de quelques MODs (cf. encart)

//GENERATION TCH


Mais revenons-en à Tchernobyl. Cadre omniprésent de S.T.A.L.K.E.R (inspiré du livre et du film "Stalker"), l'usine et ses alentours apportent une toile de fond assez unique, la réalité historique le disputant à la fiction. Il est vrai que l'accident à marqué des générations, même celles qui étaient trop jeunes à l'époque du drâme....

"Le fait que l'histoire des jeux S.T.A.L.K.E.R s'appuie sur un fait réel, donne beaucoup de crédibilité à l'univers et l'ambiance du jeu. Surtout pour nous les européens, qui avons été concernés par le nuage radioactif. Personnellement je n'étais pas spécialement intéressé par cette catastrophe, je n'avais que 5 ans à l'époque, mais c'est le fait d'accrocher énormément au premier jeu S.T.A.L.K.E.R qui m'a fait m'intéresser à la catastrophe de Tchernobyl ! Maintenant quand je vois un docu sur la catastrophe je ne peux m'empêcher de penser à S.T.A.L.K.E.R..." s'amuse Aurélien.

Nobody Wolf, 4 ans lors des faits : "A la différence de Nagasaki et Hiroshima, de la crise de Cuba, des tests ou des accidents nucléaires américains, j'ai l'impression que celle de Tchernobyl a surtout et particulièrement mis en avant les problèmes de santé publique et le thème de la « mutation radioactive ». C'est même devenu un terme propre et universel pour illustrer les malformations et les laideurs physiques (maladie ou pas)."

Elevée à la science, la science fiction, les radiations, le numérique et la narration interactive, S.T.A.L.K.E.R est une oeuvre exigeante, surprenante, autonome, ouverte et en mutation constante sous l'impulsion des développeurs ukrainiens du jeu et des fans actifs du monde entier comme Aurélien et Nobody Wolf. Un jeu vidéo protéiforme et atomique, très moderne en somme.

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ENCART : EN MODE MODs

Pour trouver de quoi alimenter sa soif d'explorations en mode compter Geiger, voici quelques adresses pour dégôter des MODs, merci Aurélien :

Filefront possède un portail S.T.A.L.K.E.R qui regroupe une quantité énorme de mods : http://S.T.A.L.K.E.R.filefront.com/

En France il existe le site http://www.stalkerfrance.com/ (pas terrible hélas), et le forum Canard PC dispose d'une bonne section S.T.A.L.K.E.R avec pas mal de fans actifs (http://forum.canardpc.com/forumdisplay.php?f=102)

J'ai moi-même créé quelques petits mods pour S.T.A.L.K.E.R Clear Sky et S.T.A.L.K.E.R Call of Pripyat, disponibles sur mon blog (http://blogs.wefrag.com/XoBaR/).


ENCART : REBOOT ?
Entre science-fiction et uchronie, le style "Reboot" a le vent en poupe. Le mal être général de nos sociétés pousse-t-elle à imaginer un grand cataclysme finalement salvateur ? Possible. En tout cas, nous avons nos oeuvres chouchoutes quand il s'agit de recommencer de (presque) zéro :

Mad Max, grand classique du genre, et une trace officielle que Mel Gibson était un magnifique chien fou à l'écran avant de le devenir dans sa vie privée.

Fallout, saga culte du jeu vidéo, un jeu de rôle complètement ouvert et libre dans un monde post-apocalyptique, référence de Nobody Wolf : "Quand je rejoue à Fallout 2, je n'ai jamais deux fois la même histoire. Ça c'est du scénario de Jeu Vidéo". A noter que New Vegas, le dernier opus, est le digne héritier de la lignée.

Walking Dead est très à la mode, surtout, malgré son adaptation télé. Mais le génie de ce comics de Robert Kirkman, ce n'était pas de parler d'une invasion globale de zombie, mais d'étudier comment les survivants allaient tenir, puis dépasser ce traumatisme, puis choisir entre retrouver une vie proche de celle "d'avant" ou embrasser le nouveau monde qu'on leur a laissé. Passionnant.

ENCART : LEXIQUE
Astuce : Le programme pléthorique de S.T.A.L.K.E.R tient dans son titre : "Scavenger, Trespasser, Adventurer, Loner, Killer, Explorer and Robber"

S.T.A.L.K.E.R. est un jeu vidéo basé sur l’événement fictif d’un deuxième accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, survenu en 2006. Le joueur prend l’identité d’un S.T.A.L.K.E.R., un pilleur d’artefacts de « la Zone », le lieu de l’explosion, devenu un no man’s land à cause des nombreuses radiations. Le jeu se déroule en 2012. S.T.A.L.K.E.R. est un avertissement à l’humanité contre l’usage irresponsable et dangereux de nouvelles technologies aux effets inconnus.
Plébiscité par les fans de jeux vidéo, S.T.A.L.K.E.R. a reçu de nombreux prix internationaux.

Le site officiel du jeu : www.stalker-game.com
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Tchernobyl forever
Documentaire d’Alain de Halleux (France, 2011, 55mn)
Coproduction : ARTE France, Simple Production, Crescendo
Films, RTBF, Wallonie Image Production

Edité le : 30-03-11
Dernière mise à jour le : 22-04-11