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15/11/12

Rencontre : Gustave Kervern - Blow up



A l'occasion du 2ème festival Cinéma sur l'antenne d'Arte, avec notamment la diffusion de Mammuth, Gustave Kervern répond à notre questionnaire Blow up.

Alors, Gustave Kervern, si vous deviez choisir…


Une scène d’ouverture…

En préambule, je dois signaler que je n’ai aucune mémoire ! C’est donc un exercice de haute volée que vous me demandez. Bon, pour la scène d’ouverture, ça tombe bien, je vais citer un film que j’ai vu hier donc je m’en souviens encore un tout petit peu ! Il s’agit de Melancholia de Lars von Trier. C’est magnifique. Peut être d’ailleurs le plus beau moment du film. Surréaliste, au sens propre du terme, au sens « salvadordalien » du terme. La musique de Wagner en fond. Chacune des images de cette ouverture restent en tête. Pour moi un film c’est avant tout du mystère, là on est servi et ça fait du bien. C’était audacieux, c’est sublime.





Une performance d’acteur…

Depardieu dans la plupart de ses films, et notamment dans Les Valseuses. Dans mon souvenir, mon acteur chéri Patrick Dewaere était à égalité avec Gérard. Mais en revoyant le film à Lyon, dernièrement, au festival Lumière, il convient d’admettre que c’est Depardieu qui emporte tout sur son passage. Une force de jeu qui me donne la chair de poule. Sinon, j’aimerais citer Jacques Villeret et Jean-François Stévenin dans Passe-montagne, une bizarrerie alpestre, un dahu du cinéma, un film lyrique et mutique, étrange et poignant. J’aime aussi à la folie Patrick Dewaere dans Série noire et Ben Gazzara dans Meurtre d’un bookmaker chinois.





Une voix…

Celle du héros involontaire de Grizzly man de Werner Herzog : Timothy Treadwell. Un dingue aux allures de Brice de Nice, avec une voix de canard qui se fait douce quand il parle aux grizzlys et parfois rude quand elle s’adresse aux hommes. Ses amis les grizzlys finiront par le bouffer, sous sa tente, lors d’une énième expédition suicidaire. Et aussi la voix de Michel Simon, irremplaçable, notamment dans L’Atalante de Jean Vigo.





Une bande originale…

C’est un peu basique, mais je suis dans l’obligation de citer Pulp fiction de Tarantino, vu le nombre de fois où, au son de cette BO, j’ai dansé sur le comptoir d’un bar de Bastille nommé « Dame pipi ». Un établissement où, à l’époque, je passais le plus obscur de mon temps. Autre choix : Le Lauréat avec la chanson Mrs Robinson de Simon and Garfunkel. Une époque, Dustin Hoffman, des plans inventifs. Le bonheur perdu. A noter aussi la BO fantastique de 24 hours party people de Michael Winterbottom avec Happy Mondays et Joy Division, comme si on y était, comme si on était avec eux, à Manchester, juste avant que ne déboule cette s…. de Margaret Thatcher (Le « s… » ne veut pas dire « salope » mais « saucisse »).





Une danse…

Un singe en hiver, Jean-Paul Belmondo dansant « à l’espagnol » sur le comptoir du bar du village. Sur le plan, on sent bien que ce ne sont pas ses vrais pieds mais ça marche quand même.





Une réplique…

Toutes les répliques du Chien andalou et de L’Age d’or de Luis Bunuel.



Un générique de film…

Sans hésiter, le générique de Viva la muerte de Fernando Arrabal. Un générique qui suit des dessins de Topor, avec en fond sonore une comptine enfantine danoise il me semble. Un choc visuel qui continuera dans toutes les autres images du film, jusqu’à la fin.





Une affiche…

Toutes les affiches des films de Pierre Richard notamment Le Jouet, un des meilleurs. Et toutes les affiches des films de Belmondo de l’époque dont Le Magnifique, le meilleur. Quand j’étais jeune, on allait systématiquement voir les films de ces deux acteurs. C’était au temps où l’on pouvait voir des photos des films, accrochées dans les halls des cinémas. J’aime aussi toutes les affiches des films de Kaurismaki notamment Au loin s’en vont les nuages.





Un premier émoi érotique…

J’ai eu beaucoup de retard dans ma libido. Je me souviens d’être aller voir Supervixens de Russ Meyer. Aucune réaction. Je me souviens avoir été attiré par Marlène Jobert à un moment mais c’était purement émotionnel, platonique. J’avais un faible aussi pour Clio Goldsmith, sa chevelure, ses lèvres ourlées mais, là aussi, sans aucune répercussion physique. Par contre, à la télé, j’étais fasciné par les filles qui entouraient Benny Hill. Je regardais ça en cachette, changeant de chaîne à l’arrivée de mes parents. Le problème c’est qu’à l’époque, nous n’avions pas de télécommande. Pour changer de chaîne il fallait donc se mettre devant la télé et appuyer sur les boutons. Cette position frontale et rapprochée intriguait mon papa et ma maman.





Un fou rire…

Mes premiers fous rires datent de Tex Avery. A la télé, le jour de l’an, tard, il y avait une heure de Tex Avery je me rappelle. J’étais mort de rire. A ce jour, ce sont mes meilleurs jours de l’an, c’est pour vous dire ! A part ça, je me suis gondolé en visionnant The Party avec Peter Sellers. J’avais beaucoup ri aussi au film de Polanski Le Bal des vampires. Sinon bien sûr je riais de bon cœur aux films de Robert Lamoureux (La 7ème compagnie), que j’ai vu au cinéma ! J’avais également été enchanté en allant voir au cinéma La Grande vadrouille… juste avant qu’il ne passe, la semaine d’après, à la télévision !





Une frayeur…

Bette Davis et Erich Von Stroheim dans Boulevard du crépuscule. Les yeux de Bette Davis me filaient les jetons. Je me souviens avoir eu très peur aussi en voyant Rebecca d’Alfred Hitchcock. Et pour que je me rappelle du titre encore aujourd’hui c’est que ça m’a définitivement marqué. Il était fort le gros ! Je passerai sur Les Dents de la mer, qui m’a littéralement cloué à mon fauteuil à l’époque. Autre frayeur récente : le film We need to talk about Kevin. A déconseiller aux parents sensibles.




Une larme…

Je suis un grand sentimental, je pleure à tous les films prévus pour ça normalement. La dernière fois, c’était pour le film Polisse, dans une scène rendue forte par la comédienne Nadira Ayadi (que je ne connaissais pas), scène où elle dit ses quatre vérités en arabe à un père de famille abusif. Avec ma femme, on en a été tout retourné.


Un détail…

Je ne remarque jamais les détails dans les films. Il peut y avoir des centaines de faux raccords, je ne les verrai pas, je suis trop dans la lune et j’ai déjà du mal à me concentrer sur l’histoire principale. Sinon un détail dans un film mais qui m’a marqué, c’est le trou béant et caverneux dans lequel est jetée une voiture dans Les Nains aussi ont commencé petits, film invraisemblable et culte de Werner Herzog.


Un travelling…

Dans le rêve que fait The Dude dans The Big Lebowski des frères Coen. Il vole au dessus d’une piste de bowling je crois, passant sous des jambes de filles. C’est un des rares films que je peux revoir sans cesse sans jamais me lasser.





Un gros plan…

Un gros plan sur la poitrine de Susan George dans le générique du film Les Chiens de paille de Sam Peckinpah. Je ne m’en serais pas souvenu si je n’avais relu dernièrement un petit fascicule offert par Les Inrockuptibles avec le DVD, où ce détail est mentionné. Film terrifiant et puissant de Peckinpah (dont j’adore aussi Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia). Susan George est donc l’actrice principale. Visiblement, elle a dû en baver entre un Dustin Hoffman qui la snobait sur le tournage et un Peckinpah sous alcool et médicaments ! On apprend aussi dans ce fascicule fort instructif que l’actrice Susan George est sortie avec Andy Gibb des Bee Gees mais aussi avec le Prince Charles !! Curieux destin.





Un classique du cinéma qui vous ennuie…

La Strada de Fellini, je me suis arrêté avant la fin. Mais je promets de réessayer. Jacques Tati, Playtime, faut être en forme pour tenir jusqu’au bout. Mais je promets de réessayer. Ceci dit, je tiens à dire qu’il n’y a quasiment aucun film que je n’aime vraiment pas. Ce n’est pas une « druckérite » de ma part mais c’est juste que tout m’intéresse, qu’il y a toujours quelque chose à retirer d’un film et que je respecte énormément le travail de mes confrères, connaissant la difficulté qu’il y a à mener un film jusqu’au bout.



Une scène que vous adorez dans un film que vous n’aimez pas…

Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, j’avoue ne pas avoir accroché. Il y a pourtant une scène avec Mathieu Amalric et Catherine Deneuve qui surnage. Ils sont assis dans le jardin de leur maison de famille et si mes souvenirs sont bons Deneuve avoue à son fils, Amalric, qu’elle ne l’a jamais aimé. Amalric lui annonce que lui non plus. Bonne scène avec Amalric que je trouve toujours bon. Il fait partie des acteurs qui font envie. Il a une folie dans le regard et dans le jeu. Une nervosité angoissée et joyeuse.



Une scène que vous n’aimez pas dans un film que vous adorez…

Dans Buffalo 66, quand Vincent Gallo est sur un lit. C’est filmé en plongée, déjà j’aime pas car trop vu. Série de plans où il change de position sur le lit. Bof. D’un autre côté, si je m’en souviens, c’est que ça marque et que donc c’est réussi ! Sinon, dans Les Tontons flingueurs, tout est bon sauf les moments où Claude Rich apparaît. Ce n’est pas de sa faute, le pauvre, mais on sent que son personnage de jeune bourgeois n’inspirait pas du tout Audiard ! Pareil pour Mireille Darc dans les films d’Audiard, insipide et inexistante. Remarquez, y’a pas que dans les films d’Audiard.



Une scène de fin…

C’est marrant mais je m’aperçois que même pour les films que j’adore, j’ai complètement oublié la fin. Bizarre. Par contre, il y a une fin dont je me rappelle parce que je l’ai trouvé belle, c’est celle du film Les Apprentis de Pierre Salvadori. Dedans, il y a notre copain à jamais, Guillaume Depardieu. Et la fin du film, c’est Cluzet en dépression qui reprend goût à la vie en jouant au foot avec des enfants. Idée simple mais bouleversante.





Et enfin le plus dur : un plan, un seul…


Non deux au moins. La roulette russe dans Voyage au bout de l’enfer de Cimino. Et le plan de Benoît Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous quand il explique ses théories sur l’architecture moderne en marchant dans une rue de Bruxelles. Ceci dit, tous les plans de ce film sont bons.




Gustave Kervern





Et pour en savoir plus, plongez-vous dans De Groland au Grand soir, le livre d’entretiens avec Gustave Kervern et Benoît Delépine, mené tambour battant par Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau aux Editions Capricci.
Et toujours disponible : Petits moments d’ivresse, le livre de Gustave Kervern et Stéphanie Pillonca, savoureux livre d’entretiens avec Depardieu, Jean-Michel Ribes et beaucoup d’autres autour de l’ivresse.




























Edité le : 17-11-10
Dernière mise à jour le : 15-11-12