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Cinéma Trash - 31/03/12

Rencontre avec Virginie Despentes

Rencontre avec Virginie Despentes à l’occasion de l’avant-première strasbourgeoise de son nouveau long métrage, « Bye Bye Blondie », adapté de son roman éponyme (sortie nationale française : le 21 mars 2012).

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Virginie Despentes, dans bien des esprits, c’est Madame « Baise-moi ». Elle a fait sensation avec ce roman sorti en 1993 aux éditions Florent Massot, suivit trois ans plus tard par « Les chiennes savantes », chez le même éditeur (depuis 1998, elle poursuit sa carrière littéraire chez Grasset). Puis, surtout, elle est passée derrière la caméra avec Coralie Trinh Thi et a réalisé le film « Baise-moi », provocant en 2000 un scandale d’envergure. Taxé de pornographique, « Baise-moi », initialement interdit aux moins de 16 ans, écope d’un X lui interdisant l’accès aux salles françaises. L’opinion s’émeut, les pour affrontant les contre, jusqu’à ce que la Ministre de la culture d’alors tranche : interdiction aux moins de 18 ans, mais sans X, le film peut sortir.

Virginie Despentes a survécu à la tempête et elle continue à avancer plus ou moins sagement dans les domaines qui l’intéressent : littérature, musique, cinéma. Elle a notamment écrit un remuant essai autobiographique en 2006, « King Kong Théorie » (éditions Grasset), et réalisé, en complément, un documentaire essentiel, « Mutantes – Féminisme Porno Punk » (édité en DVD par Blaq Out). La sortie de « Bye Bye Blondie », une histoire d’amour entre deux femmes incarnées par Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart, ne devrait normalement cette fois pas provoquer un tollé général, mais sait-on jamais…


Avant de passer à l’interview « Trash », vous pouvez, si vous le souhaitez, écouter Virginie Despentes réagir aux 7’, 42’, 70’ et 91’ minutes de « Bye Bye Blondie » :


Donc, pour la case Trash… Hum, en fait ça tombe mal, « Bye Bye Blondie » n’est pas un film trash ! Vous le décrivez comme une comédie romantique ?
Il joue beaucoup avec les codes de la comédie romantique : le type de lumières, le type de couleurs, le type de cadres et le type de montage aussi. Et la narration. Et le dialogue. Enfin oui, il joue beaucoup avec ces codes. Après, il y a des petits moments et des petites choses qui font que c’est légèrement décalé à droite, à gauche, pour que –l’idée que je m’en fais, moi : pour qu’on ne se méfie pas et qu’on se laisse prendre comme par n’importe quel film, mais qu’il y ait quand même trois ou quatre trucs au passage qui soient un tout petit peu déverrouillés, ouverts ou déformés. Ça me semble être une bonne entreprise. Après, il n’est pas trash. Mais je ne pense pas non plus que « Baise-moi » était trash. Je pense que « Baise-moi » était un film romantique d’un autre ordre.

Vous avez quand même écopé d’une étiquette « trash »…
Oui. Ça, c’est vrai. Mais je l’aime bien, moi, l’étiquette « trash ». Mais je n’ai pas fait l’effort de la garder à tout prix, je ne peux pas non plus donner toute ma vie au trash, je ne suis pas prête à ce sacrifice. J’avais envie d’expérimenter d’autres choses. Et pourtant là, même sans être trash, on réussit à avoir un avertissement au jeune public. Donc j’en déduis qu’on n’a pas complètement perdu la main.

Vous avez un avertissement pour « Bye Bye Blondie » ? À cause du sujet ?
À cause des filles, oui. Et donc, voilà, je me dis que mon cas n’est pas tout à fait perdu !

Oui, enfin le cas de la société n’est pas tout à fait gagné du coup !
C’est exactement comme pour « Baise-moi », c’est une question de réception. Quelle réception est faite à quoi ? Le sujet dans ces scandales-là ce n’est pas l’œuvre, c’est cette réception. « Baise-moi », je pense que ce qui était vraiment trash, c’était la réception : et des critiques et d’un certain public et de certains professionnels. Ce n’était pas le film en lui-même. Franchement, c’était un film de genre au milieu de cinquante autres films dans le même genre. C’était vraiment la réception qui était trash. Et pour « Bye Bye Blondie », ça peut être la même chose, ça va dépendre des pays. Parce que oui, l’homosexualité féminine, il y a des endroits où ça passe toujours mal. Je pense que le Qatar ne va pas l’acheter tout de suite, par exemple !

En tout cas, « Baise-moi » et « Bye Bye Blondie » ont eu un accès aux salles, ce qui n’a pas été le cas de « Mutantes » -ce n’était peut-être pas fait pour, remarquez…
« Mutantes », si, moi j’aurais aimé qu’il passe en salles, mais il n’a pas trouvé… Enfin, on n’a pas tellement cherché non plus il faut dire… Maintenant je me rends compte de ce que c’est, je me rends compte qu’on n’a pas cherché de distributeur. Et puis c’est vrai que « Mutantes » était très bien en DVD.

Vous savez si Emilie Jouvet a un peu réussie sa sortie avec « Too much Pussy » ?
En tout cas, elle était au MK2 Beaubourg, pour « Too much Pussy », pendant plusieurs semaines. Après, je ne sais pas en province si elle a fait une tournée. Je sais qu’elle a fait la tournée des festivals dans tous les sens ; ça avec « Mutantes » on l’a fait aussi. « Mutantes » n’était pas trash non plus, mais c’est vrai qu’il y a un peu plus de sexe.

Ça s’intéresse à des choses qu’on n’a pas l’habitude de voir. Le sous-titre c’est « Féminisme Porno Punk », et on y rencontre vraiment des gens passionnants auxquels on a rarement accès.
Surtout en France. En fait, le point de départ du projet, c’était d’aller rencontrer les féministes qui m’avaient inspirées au moment où j’écrivais « King Kong Théorie ». Parce qu’un des trucs qui est particulier en France, c’est qu’elles ne sont pas traduites en général. On ne traduit pas les livres d’Annie Sprinkle, même les classiques, on a traduit Butler extrêmement tard, on n’a pas traduit Michelle Tea, Lynn Breedlove : il y a beaucoup de littérature américaine, sur la culture lesbienne, ou sur le porno, ou le post-porno, qu’on ne traduit pas ou qu’on traduit très-très tard. Donc ça me semblait intéressant d’aller les voir toutes. Et après, je suis revenue en France, là j’ai vu quelques françaises. Pas Emilie Jouvet, ni Wendy Delorme, mais c’était vraiment une question de planning. Ça c’est fait sur beaucoup de temps, « Mutantes » : Emilie a sorti son premier film, Wendy a sorti son premier livre, quelques temps après que moi j’ai fait les interviews. Du coup, je suis allée à Barcelone directement, voir les filles qui font vraiment du post-porno et qui sont les héritières très directes des Américaines qu’on avait vues au tout début du documentaire.

Du coup oui, « Mutantes » et « King Kong Théorie » collent bien ensemble : l’un découle de l’autre…
Au départ, je voulais que les deux sortent ensemble. Et puis ça s’est passé différemment pour des histoires complètement annexes, et finalement, je trouvais ça bien que « Mutantes » revienne quatre, cinq ans après. Parce que « King Kong Théorie » existait déjà, donc on savait un peu de quoi j’allais parler. Alors que, je pense que si « Mutantes » était sorti out of the blue, il y aurait plus eu un rejet, genre : de quoi est-ce qu’on nous parle, c’est une folie. Là, non seulement « King Kong Théorie » avait eu le temps de sortir et de faire un peu son chemin, mais aussi, il s’était passé vachement de choses dans le post-porno en Europe entre-temps. Ce qui fait qu’on savait que je n’étais pas une pauvre folle qui était allée inventer des féministes qui n’existaient pas. On savait que ça existait vraiment et qu’il y avait beaucoup de gens qui se mettaient à vouloir travailler là-dessus. Moi, ça m’intéresse vachement le post-porno. Ça me semble difficile à faire, difficile économiquement, difficile humainement, difficile même artistiquement, mais je trouve que c’est super intéressant. Parce que je trouve que le porno, on vit vachement avec, et on vit toujours avec le même porno qui n’est pas un porno très… On ne peut pas en faire grand-chose, c’est un outil masturbatoire vachement bien pour les mecs, mais on ne peut pas en faire grand-chose d’autre.

Vous parliez d’Annie Sprinkle, c’est vrai qu’elle a une approche qui est super, parce que déjà elle n’a pas un corps formaté, et elle est très joyeuse et elle est « pédagogique ». J’avais eu l’occasion de la voir à L’Etrange Festival, à Paris, elle faisait « visiter son vagin » et en même temps, elle ne laissait pas les gens la traiter comme une chose : elle disait bonjour à chaque personne, etc.
Annie elle est vraiment « performer ». Quand elle est sur scène et qu’elle écarte les cuisses pour montrer son vagin à tout le monde, et qu’on fait la queue pour regarder à l’intérieur du vagin d’Annie Sprinkle : elle est performeuse, c’est sa scène. Effectivement, elle est super pimpante Annie, à ce stade c’est presque une sainte tellement elle dégage un truc extraordinaire. Et avant ça, elle a fait des trucs vachement intéressants. La première fois qu’elle a déconstruit une pin-up, c’est-à-dire qu’elle a pris une photo d’elle-même en Annie Sprinkle star du X, et qu’elle l’a déconstruite point par point : où sont mes faux cils, mes faux ongles, mes bas résilles, comment est-ce que là j’ai réussi à avoir l’air plus mince d’ici et plus voluptueuse de là… C’est la première fois qu’on déconstruisait cette féminité divine de l’ultra-pute. Elle a vachement travaillé à propos de ça et c’est vrai qu’un des trucs qui caractérisent Annie Sprinkle, c’est qu’elle a beaucoup d’humour. Qu’elle a une grande culture politique et féministe, et qu’elle a un rapport au sexe complètement hippy. C’est-à-dire comme quelque chose de positif, partageons des trucs : et ça change tout. Parce que peu de gens prennent le sexe en charge de cette façon-là aujourd’hui.

Est-ce qu’il y a une différence, dans votre façon de travailler, entre les choses plus documentaires et théoriques et le reste de l’œuvre qui va plus vers la nostalgie j’ai l’impression, du moins dans les derniers de vos livres que j’ai lus –et même dans le film « Bye Bye Blondie »–, que dans un truc frontal et de revendication ?
Alors ça dépend, parce que « Apocalypse bébé », le tout dernier roman que j’ai fait, n’est pas trop nostalgique quand même. Je crois qu’il y a des phases où je suis plus ou moins nostalgique. Et là, je suis un peu sortie de ma phase ultra-nostalgique au niveau de l’écriture. Mais ce n’est pas pareil : quand on fait le documentaire « Mutantes » par exemple, on est une équipe maximum de quatre dans une voiture, donc la façon d’écrire le film elle est super différente. Et exactement comme pour « Bye Bye Blondie », faire « Mutantes » m’a donné envie de faire un autre documentaire. Parce qu’une fois que j’ai bien compris comment ça se faisait, je me dis : oui ! C’est vrai qu’on a envie d’en profiter, de cerner encore plus des particularités. Et là, cette histoire d’être quatre dans une voiture, du coup c’est beaucoup moins cher, donc on a le temps d’aller chercher, d’aller enquêter. Ça, ça m’intéresse énormément, oui.

Vous disiez que ce film avait été présenté dans plusieurs festivals : comment a-t-il été reçu ?
Le film va en festival, moi je n’y vais pas, parce que je ne voyage pas. À ma décharge, ces temps-ci j’étais pas mal occupée ! Mais la réception est bonne, parce qu’il y a peu de boulots sur le sujet, en fait. Et c’est vrai que là sont représentées, quand même, quelques personnes importantes de tout ce qu’a pu être le féminisme pro- sexe. Tout le monde n’est pas là, évidemment, et tout le monde n’a pas le temps de dire tout ce qu’il a à dire, donc ce n’est pas exhaustif du tout, mais c’est quand même une photographie, à un moment donné, de groupe. Là, je bénéficie à fond de ce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre sur le sujet en France. Je pense qu’il pourrait y avoir des choses beaucoup mieux, mais… C’est pas pour pourrir mon travail qui est vachement bien, qui pourrait être mieux, mais en tout cas en l’espèce, il y a ça, il n’y a pas cinquante autres trucs. Donc la réception : là où il passe, il faut voir que c’est des festivals gays et lesbiens, ou des festivals queer, ou des festivals féministes pro-sexe où ils ont envie de voir ça. Je pense que si on montre le même film à « Osez le féminisme », ça se passera beaucoup moins bien. Parce que ce n’est pas du tout ce qu’elles ont envie d’entendre dire toutes les abolitionnistes et les anti-porno et les « contraception-contraception » : ça, ça ne les intéresse pas du tout comme féminisme. Sinon, elles n’auraient pas fait un barrage aussi efficace –et qu’elles continuent à faire.

Elles vous prennent à partie ?
Je ne leur en donne pas l’occasion parce que je ne vais pas chez elles, mais si j’y allais, oui elles me prendraient à partie, c’est clair. Parce qu’en plus elles ont, je crois, un côté territorial vachement développé, alors que le territoire qu’elles défendent, à ma connaissance, on s’en fout il n’y a rien de construit dessus. Il n’y a pas d’argent dans le féminisme, il n’y a pas de pouvoir dans le féminisme, je ne vois pas pourquoi elles sont à ce point remontées et agressives. Je ne vais pas leur prendre des subventions, elles n’en ont pas ! On ne va pas se voler de trucs, on n’a rien. Mais bon. Le premier truc qui s’est passé dans le féminisme en France après l’affaire Strauss-Kahn, ça a été qu’elles ont réussi à faire pénaliser les clients des putes : si elles, elles sont contentes avec ça, moi je ne le suis pas et à un moment donné, je pense qu’on se prendra à partie quand même, un jour ou l’autre.

Vous disiez que vous ne vous déplaciez pas, quittons le féminisme pour le cinéma : en tant que spectatrice où découvrez-vous de nouveaux films ? Vous en voyez beaucoup ?
Je regarde énormément de films, oui. J’en regarde beaucoup en VoD, beaucoup en DVD, beaucoup parce que j’ai la chance qu’on me les prête ou qu’ils passent par chez moi, et je vais au cinéma, mais j’ai un peu une pratique du cinéma… qui est mal ! Parce que je vais toujours au même cinéma. J’y vais parce que je peux y aller à pied, c’est mon cinéma, et du coup je vais voir un peu ce qu’il y a là-bas et je sais que quand on habite Paris, c’est un truc d’imbécile. Je le sais, je lutte contre ça, mais pour l’instant je vais quand même toujours au même cinéma à côté de chez moi.

Vous aimiez le cinéma fantastique et d’horreur, mais plus tellement maintenant, non ?
Le cinéma d’horreur, je n’ai plus l’âge. Et aussi, je trouve qu’il a beaucoup changé. Là, je me sens vraiment quadra, c’est à dire que j’ai l’impression que les films se servent beaucoup de ce qui a été fait dans les années 70 et qu’ils le font moins bien, mais je sais que c’est typiquement un discours de quadragénaire. Du coup, oui, ça ne me fait pas peur et ça ne m’intéresse pas. Je ne peux pas regarder « Saw » : je m’en fous totalement, j’ai l’impression de voir un clip, un truc un peu clownesque… Enfin, ça ne peut pas m’intéresser, il n’y a pas la charge qu’avait Wes Craven, ou qu’avait « Massacre à la tronçonneuse » d’Hooper. Mais c’est peut-être aussi parce que maintenant c’est un cinéma sérieux, dans le sens où il fait beaucoup d’argent, et du coup, c’est un cinéma qui se prend moins au sérieux dans sa volonté de terroriser. Mais plus au sérieux parce que j’imagine que ça génère beaucoup, beaucoup plus d’argent maintenant que toute l’industrie du cinéma est dirigée vers les adolescents et que c’est le genre de films qu’ils veulent voir. J’imagine que « Saw » ça rapporte plus que « La dernière maison sur la gauche ». N’empêche que le film, moi, ne me met pas du tout mal à l’aise et ne m’intéresse pas. Dans le cinéma fantastique, ça m’intéresserait plus, mais là je ne vois pas de trucs que j’ai vus qui m’aient beaucoup plu ces derniers temps. À part « Enter the Void » qu’on peut quasiment voir comme un film fantastique, qui est la dernière fois que j’ai été vraiment subjuguée par un film.


Et le cinéma des « marges » ? Bruce LaBruce par exemple, a fait pour "Au coeur de la Nuit" sur ARTE, un documentaire sur vous et Béatrice Dalle : est que vous suivez son travail ?
Oui, j’aime beaucoup Bruce LaBruce. Et du coup en plus, je n’avais pas suivi son travail depuis un bout de temps, mais le dernier DVD qu’il m’a donné, avec François Sagat, son boulot je trouvais ça vachement intéressant. Parce qu’il joue avec des codes, parce qu’il fait vraiment quelque chose de complètement queer, parce qu’il dérape. Enfin, pas dans le mauvais sens, dans le sens : c’est radical, c’est une nouvelle économie, c’est une autre façon de faire du cinéma qui est vraiment underground. Et je trouve, oui, que c’est un défricheur et que c’est un vrai cinéaste dans le sens où il a vraiment une idée de ce qu’il veut filmer, de ce qu’il veut mettre en place. Et ça lui est propre. Il n’y a que Bruce LaBruce qui fait du Bruce LaBruce. Et ça fait un bout de temps maintenant. Moi ce que j’aime vraiment chez LaBruce c’est cette histoire avec les codes, de jouer avec les codes. Et sans se prendre au sérieux en plus, parce que c’est très souple et très rapide ce qu’il fait.
Hustler White

Hustler White

vendredi, 29 mai à 03h00

Un porno comico-horrifique dans le milieu des prostitués gay de l'underground hollywoodien.



Mais c’est l’éternel problème : difficile de le découvrir pour qui ne le connaît pas déjà, puisqu’on n’y a pas accès en salles.
C’est vrai que ça mériterait des rétrospectives, mais je crois que quand il en fait, il a des problèmes. Il en a eu récemment, il a exposé ses photos et il a été vraiment attaqué et il expliquait que ce n’était pas du tout la première fois. Physiquement attaqué. Mais Bruce LaBruce, quand même, à force, entre les réseaux, les bouches-à-oreilles, les festivals et internet, on connaît son nom. Ce qu’il y a, c’est que maintenant on n’est moins satisfait qu’il y a vingt ans quand quelqu’un a une vraie gloire, mais une gloire underground. Ce qui est à mon avis pourtant une bonne chose. Ce n’est pas pratique économiquement, pour rassembler de l’argent, mais par contre comme type de notoriété, je pense que c’est génial parce que ne s’intéressent à ce qu’il fait que les gens qui peuvent vraiment comprendre ce qu’il fait. Ce qui serait horrible, ce serait Bruce LaBruce sur Canal+ parce que les gens s’arracheraient les cheveux en hurlant, les catholiques se mettraient à prier à genoux. Parce qu’effectivement, ce n’est pas pour eux, ce n’est pas la peine. Après, ce qui est chiant, c’est qu’on ne peut pas financer ses projets aussi bien en étant underground que mainstream. Mais sinon, je trouve que le type de notoriété qu’il a est parfait.

Il est cohérent votre univers, entre les gens que vous côtoyez depuis longtemps et qui travaillent avec vous et que vous continuez à suivre. Par exemple, là, dans « Bye Bye Blondie », Coralie Trinh Thi fait une apparition, Lydia Lunch est là, Marie Meier qui fait les couvertures de vos livres y réalise une fresque, on y passe un peu de temps à Nancy…
Oui et puis même après, quand on tire tous les fils, on en trouve encore plus. Plus ce qui n’est pas dedans. Il y a Raphaëla qui est venue : le moment où elle fait de la figuration je n’ai vraiment pas pu le monter, mais… Enfin oui, ça c’est aussi le fait de faire un film et de ne pas faire des films très souvent : on a envie de photographier à ce moment-là qui est là avec qui. Où en est-on de l’état des lieux ? Il y a un truc festif là-dedans. C’est un peu LA fête de l’année.

Lydia Lunch

mardi, 02 février à 05h00

De Teenage Jesus au Spoken Word : portrait de Lydia Lunch, amazone de la no wave, poétesse, musicienne et actrice, l'ancienne égérie des années 70.



Il y a une scène de "Bye Bye Blondie" où je n’ai pas pu louper l’affiche de « Out of the Blue » de Dennis Hopper, du coup j’ai envie de vous faire réagir sur ce film –d’autant qu’il sera rediffusé cet été sur ARTE…
« Out of the Blue », il est dans le film parce que quand j’avais 13 ans, la fille au bout de la rue elle avait dix ans de plus que moi et elle m’a emmenée voir « Out of the Blue ». Elle s’appelait Marie-France. J’avais 13 ans. Je me rappelle de tout : je me souviens qu’elle fumait des bastos après le film, que tout me semblait super, aller au cinéma seule avec elle, au Caméo d’ailleurs, dont on revient là, à Nancy. « Out of the Blue », qui m’avait semblé super improbable et super violent, c’est drôle quand on le revoit aujourd’hui : ça m’avait paru d’une violence super soutenue, c’est une petite fille qui marche en ville, quand même en gros, quand on le revoit aujourd’hui. Super rock et radical. Enfin bref. Du coup, c’est pour ça qu’il y a l’affiche, mais c’est vrai aussi que par rapport au film ça tombe bien, parce que c’est vraiment une garçonne, « Out of the Blue ». Et c’est une des plus jolies garçonnes du cinéma, je crois. Parce que ce n’est pas comme si on en avait beaucoup des petites garçonnes, et là, oui, Dennis Hopper nous a fait le cadeau d’un des plus jolis personnages féminins du cinéma. Vraiment une Lolita, mais couillue. C’est pas mal.


Et pour terminer, vaste question, qu’est-ce que vous passeriez dans la case Trash d’ARTE ?
(Après un temps de réflexion :) Pour m’en sortir, je dirais, d’Almodovar : « Dans les ténèbres » ? Celui qui se passe au couvent. En tout cas, ce serait un John Waters ou un des premiers Almodovar.

Un très grand merci à Virginie Despentes, ainsi qu’aux Cinémas Star.

Propos recueillis par le 9 mars 2012 à Strasbourg.


Edité le : 18-03-12
Dernière mise à jour le : 31-03-12