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12/04/09

Rencontre avec Uwe Boll

Rencontre avec le réalisateur Uwe Boll, lors de la 27ème édition du Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, le BIFFF, où l’un de ses derniers films, « Stoic », était en compétition pour le tout nouveau prix du meilleur Thriller. (Propos traduits de l’anglais).




Uwe Boll, après un début de carrière confidentiel en Allemagne dans les années 90, décide en 2000 de partir pour le continent Américain (USA, Canada) et d’y faire des films destinés au marché international. De fait, trois ans plus tard il réussit à se faire une – douteuse - réputation avec l’adaptation d’un jeu vidéo : « House of the dead ». Uwe Boll, qui provoque la fureur des fans en déclarant ne rien connaître aux jeux vidéos et ne pas s’y intéresser, persiste néanmoins et signe, dans la foulée, plusieurs autres adaptations, toutes également décriées. Depuis, Uwe Boll est tellement cité sur Internet qu’il n’a pas besoin de se créer un site personnel. Depuis aussi, il a hérité de quelques épithètes handicapantes –« Le plus mauvais réalisateur du monde », « The master of Error ». Il vient d’ailleurs de recevoir le Razzie Award du pire réalisateur de l’année 2008 pour un film raté, « In the name of the king », mais aussi pour le très correct « Tunnel rats » et enfin pour le vraiment réussi « Postal ». Uwe Boll, bien sûr, a immédiatement réagi à cette « récompense ». Avec lui, on ne sait jamais bien à quoi s’en tenir : il donne souvent l’impression de bâcler ses films (même s’il s’en défend), tout en soignant tout de même toujours leur aspect visuel, et puis il multiplie les déclarations provocantes et parfois contradictoires. Bref il est intriguant et un peu frustrant. On espère pour lui et de lui une évolution cinématographique plus régulièrement convaincante, suivie de sorties en salle (en France, les films de Uwe Boll ne sont pour l’instant visibles qu’en DVD).


Entretien avec Uwe Boll


Il y a sur Internet une communauté d’ « anti-Boll » qui vous attaque constamment et vous, vous ripostez systématiquement. Pourquoi est-ce que vous faites ça ?
Parce que je veux dire ce que je pense ! J’y ai réfléchi… Je crois que l’attitude consistant à ne pas communiquer avec les communautés cinéphiles ou les geeks, est fausse. Je pense qu’il faut répondre si quelqu’un vous écrit. Mais dans mon cas, c’était peut-être une erreur : je n’aurais pas autant d’ennemis si je n’avais jamais communiqué avec les fans.

Vu de l’extérieur, ça ressemble à un jeu entre vous et les « anti-Boll » : le jeu du « aimer détester »…
Oui, certaines personnes disent ça, qu’on adore me détester. Je ne suis pas sûr que ce soit positif pour moi, que ça encourage la vente de mes DVD… Les gens croient ça, mais je n’en suis pas trop sûr parce que ça m’abîme, et ça rend plus difficile pour les gens… Si vous faites par exemple un film comme « Stoic », un film très sérieux sur un fait divers qui est arrivé en prison : il n’y a rien de ringard dans « Stoic », pas de jeu vidéo, ni rien de ce genre. C’est une sorte de documentaire. Mais c’est compliqué d’échapper à mon image, les gens se disent, c’est le gars qui a fait « Alone in the Dark », « House of the Dead » et face à un film comme ça, le maximum que j’obtiens c’est, « hum, c’est différent ». Mais pas « c’est le meilleur film de l’année » : ils ne pourront jamais dire ça au sujet du gars qui, dans leur esprit, est le pire des réalisateurs. Alors que si ce film était signé Danny Boyle… « Postal » par exemple, si ça avait été un film signé Danny Boyle, il aurait peut-être reçu la Palme d’Or… L’accueil aurait été totalement différent, on l’aurait, je pense, considéré comme la plus importante satire de ces dix dernières années.

Est-ce qu’on peut dire que ces anti-fans et vous-même, à travers ces échanges sur Internet, vous avez crée une sorte de monstre ? Un avatar/aller ego : le Docteur Boll ?
Le nazi Allemand ou je ne sais quoi ! Oui, bien sûr… Mais je crois aussi que dans ces communautés, il y a plein de gens qui veulent devenir réalisateurs, qui attendent leur chance de tourner et qui ne supportent pas, d’une certaine manière, de pouvoir m’atteindre. Parce que s’ils discutent de Steven Spielberg, c’est tout à fait différent : ils ne lui parleront jamais, il ne leur répondra jamais, les gars comme lui sont inabordables. Et maintenant ils ont ce type qui vient d’un petit coin d’Allemagne, qui fait des films « hollywoodiens » ET qui répond aux mails, et qui répond aux attaques ! Ça me rend très abordable et je deviens une bonne cible… Ils se disent que s’ils continuent à frapper je vais les détester, c’est comme une traque. Ça leur fait peut-être du bien que je sois blessé, c’est aussi une sorte de jeu de pouvoir. Mais d’un autre côté, il y a aussi beaucoup de gens qui me soutiennent, qui interviennent dans les échanges, qui disent que ce n’est pas vrai… C’est dur pour moi. Dans vingt ans je pourrai vous dire si c’était une bonne ou une mauvaise chose.

Il vous arrive tout de même de vous inventer un personnage pour leur répondre, non ?

Oui, absolument. Ça m’amuse aussi de me moquer de moi, comme dans « Postal » par exemple… Je pense que c’est important de jouer un rôle, de ne pas toujours être tout à fait soi-même. De faire des trucs bizarres et que les gens se demandent « mais qu’est-ce qu’il fout ?! ». Quand dans « Postal » je dis que j’ai financé mes films avec l’or des nazis, il y a plein de gens qui y ont cru ! Qui ont commencé à dire « on l’a toujours su, il l’avoue enfin » : c’est tellement absurde ! Comment peut-on être aussi stupide ?

Est-ce que « Postal » est un tournant dans votre carrière ?
Absolument. Parce que j’ai ressenti le besoin de me poser et de recommencer à écrire un script, comme du temps de mes premiers films, ceux en allemand. Avec « House of the Dead » j’avais perdu ça, je n’ai plus fait que des films de genre, sans contenu politique… C’est tout à fait à l’opposé de ce que je suis. Je ne suis pas comme Tarantino par exemple, qui adore faire des hommages aux films de Roger Corman ou autres. Je lis des livres d’économie, je suis conscient de la récession… Je suis totalement politique, je suis tout à fait, disons, dans le vrai monde. Je ne suis pas un grand fan des films trashy des 50’, je n’en n’ai rien à foutre. J’aime « Slumdog Millionnaire » par exemple, je regarde « Resident Evil » ou « Alien ». J’aime les films de genre. Mais je passe pour un décérébré, un idiot, qui n’a aucune idée de ce qu’il fait… J’ai étudié la littérature, j’ai un doctorat sur Arthur Schnitzler : j’aurais fait un film différent de celui de Stanley Kubrick, je pense que j’aurais été plus proche de Schnitzler que Kubrick. Mais pour le monde extérieur je ne suis qu’un être primaire, un imbécile de réalisateur de films de zombies qui est en compétition avec Elie Roth dont je n’ai rien à foutre… C’est le moment où je me suis assis et où je me suis dit, maintenant j’en ai ras-le-bol, je vais écrire « Postal » qui sera peut-être sale et violent, mais qui sera peut-être aussi le seul miroir de la sale politique qui nous environne depuis huit ans. Ce ne sera pas un projet arty, l’élite ne pourra pas s’asseoir devant et passer une bonne soirée. Non, ça vous frappera en plein dans les couilles, ça heurtera vos sentiments religieux, vos opinions politiques : tout ce qui est sacré pour vous ! Et voilà « Postal » où je montre qu’absolument rien n’est sacré. C’est juste dans nos cerveaux, c’est juste fabriqué par les humains, par les mass médias familiaux, les structures culturelles… Vous devez vous en libérer pour vous faire votre propre opinion. C’est pourquoi je suis très fier de « Postal »… Les réactions des acheteurs ont été très négatives, apparemment ce n’était pas pour leur public : c’est quoi leur public ? Qu’est-ce qu’ils en savent ? Ils se trompent. Pour moi, « Postal » est important.

« Postal » a été plus long à faire que vos productions précédentes ? Depuis vous vous êtes remis à tourner des films très rapidement ?
Non, je ne fais pas un film après l’autre, j’ai fait deux films par an ces dernières années –ce qui est beaucoup, oui. Mais d’un autre côté, si vous gardez la même équipe, ce n’est pas si compliqué de tourner deux films par an. Pourquoi beaucoup de gens ne font des films que tous les deux ans ? Pas parce qu’ils y réfléchissent, mais parce qu’ils ne trouvent pas le financement. Voilà la raison pour laquelle parfois les gens ont besoin d’une année pour faire un film. « Stoic » par exemple, c’est un film très rude et brutal et déprimant, mais c’est un film très facile à faire. Parce que vous n’avez besoin que d’une cellule de prison et d’une salle d’interrogatoire. Et laisser les acteurs se débrouiller. Ce sont de acteurs de poids. Si vous êtes organisé, vous pouvez tourner le film en deux semaines. Ce n’est pas compliqué : soit ils le font et ils sont bons, ou ils ne le font pas et on oublie. Il n’y a pas tellement d’alternatives pour placer la caméra dans une petite cellule, alors on filme à la main et on observe ce qui se passe. C’est un style documentaire. Souvent les gens pensent que ça nuit à la qualité du film si le gars fait deux films par an, je ne suis pas si sûr que ce soit vrai ! Honnêtement, je pense que plus on fait de films, plus on apprend. On en sait plus sur le montage, les perspectives de caméra et aussi comment obtenir ce qu’on veut d’un acteur. C’est aussi une routine de faire des films.

Et pour finir, lequel de vos films montreriez-vous dans la case Trash d’Arte ?

Je pense qu’il faudrait montrer « Bloodrayne », parce que dans ce film il y a Geraldine Chaplin et Ben Kingsley, mais aussi Meat Loaf… D’une certaine façon c’est comme un film Hammer des années 60 avec les effets spéciaux et le savoir-faire d’aujourd’hui. Parfait pour un vendredi soir. Sinon, sur la violence à l’école, on pourrait montrer peut-être « Heart of America » dont je pense que c’est un de mes meilleurs films.


Entretien réalisé à Bruxelles le 12 avril 2009 par Jenny Ulrich



Un très grand merci à Uwe Boll et aux organisateurs du BIFFF.

Edité le : 30-04-09
Dernière mise à jour le : 12-04-09