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Cinéma TRASH - 30/10/08

Rencontre avec Marc Caro

Rencontre avec Marc Caro lors de la 14ème édition de L’Étrange Festival de Strasbourg où il présentait son documentaire « Astroboy à Roboland ».

Depuis le début de sa carrière artistique, dans les années 70, Marc Caro a multiplié les expériences, les collaborations. Dessinateur, musicien, scénariste, à l’occasion acteur, il a co-réalisé quelques films marquants avec Jean-Pierre Jeunet (« Le bunker de la dernière rafale », « Delicatessen », « La cité des enfants perdus »,…), a travaillé avec Jan Kounen sur certains aspects visuels de « Vibroboy », « Le dernier chaperon rouge », « Blueberry »…. Etc ! Ces derniers temps, Marc Caro travaille « seul » : son premier long métrage en tant qu’unique réalisateur, « Dante 01 », est sorti en salle en janvier 2008 et il vient de signer le documentaire « Astroboy à Roboland » sur les avancées de la robotique au Japon.

Quelle est votre définition du mot trash ?
Je n’ai pas de définition personnelle. C’est de l’anglais.

Vous n’aimez pas les étiquettes ?
Je suis contre les étiquettes, voilà.

Est-ce que vous êtes dans une forme de démarche contre culturelle ? Underground ? Parce que vous faisiez de la BD à une époque où c’était encore tout à fait déconsidéré, vous avez fait de la musique industrielle à l’ère de la pop/rock, vous avez lâché Jean-Pierre Jeunet au moment où il accédait au succès grand public…
Je n’ai pas cette préoccupation. Moi, je fais ce qui m’intéresse et j’essaie de suivre des chemins certainement un petit peu buissonniers –comme on dit- et d’aller voir où ma curiosité m’appelle. Donc si ça devient mainstream tant mieux, si ça reste un peu plus obscur ça ne me pose pas de problème. Je n’ai pas de plan de carrière. Fondamentalement, je suis plus excité par… Trouver de nouvelles excitations.

Elles sont où, en ce moment, ces nouvelles excitations ?
Il y a pas mal de choses qui se produisent en Asie, même si c’est un peu passé. Maintenant, je pense que c’est dans de nouveaux médias peut-être. Je vois des choses qui commencent à mélanger téléphonie sans fil, jeux vidéo, machinima… Enfin, il y a plein de choses comme ça : il y a quelque chose qui est en train de naître là-dessous qui m’intéresse.

Ce sont des nouvelles technologies qui demandent d’acquérir de nouvelles compétences ? Vous, en tant que créateur, vous y avez accès ?
Je pense que fondamentalement, les compétences évoluent au fur et à mesure du travail. C’est vrai que maintenant on doit jouer avec l’immersion, l’interactivité et des choses comme ça, qui n’étaient peut-être pas dans la palette habituelle soit d’un dessinateur, soit d’un réalisateur. Mais tout ça n’est quand même qu’un processus qui me semble très naturel. Moi, j’ai commencé par des petits dessins sur du papier avec un crayon. À un moment, je trouvais que ça ne bougeait pas alors je me suis mis à l’animation. Je trouvais que ça manquait de son et j’ai fait du son. Je trouvais que ce serait quand même mieux avec des acteurs et puis voilà, on a fait des courts métrages et ainsi de suite. Il y a un processus presque naturel, un processus dynamique comme ça qui m’amènera je ne sais pas exactement où, mais ce qui est intéressant, c’est de suivre le chemin.

Vous êtes de nouveau un peu plus visible : dernièrement vous êtes revenu au cinéma en réalisant votre premier long métrage solo, « Dante 01 », vous avez aussi réalisé le documentaire « Astroboy à Roboland ». Comment est-ce que ça c’est fait ?
Mais moi, j’ai toujours essayé de faire des films. Il y a un problème quand même qui est très important quand on fait des films, c’est qu’on a besoin d’argent. On a de beaux projets parfois dans la tête et puis on a du mal à trouver les moyens financiers pour les réaliser, donc après, on est obligé de s’adapter un peu au contexte et à un moment ça va être l’opportunité d’essayer de faire un petit film. Et ça va être « Dante 01 », en essayant de trouver des contraintes budgétaires un petit peu minimalistes. Et puis une autre opportunité : on rencontre un journaliste et on peut aller explorer ce qui se passe dans les laboratoires de robotique au Japon et hop, on va voir parce qu’on est curieux. C’est toujours un processus très instinctif, très naturel qui mène aux choses.

Parmi les projets que vous avez depuis fort longtemps, il y a l’adaptation du roman de Lewis Caroll, « La chasse au Snark »
Oui, cette chasse est une chasse de longue haleine. Ce n’est pas encore pour demain, mais je n’ai pas encore laissé tomber complètement l’idée d’un jour, enfin, choper cette magnifique créature.

Est-ce que vous cherchez des financements ailleurs ? Est-ce que « Dante 01 » vous donne une visibilité qui vous permettrait de démarcher dans d’autres pays ?
Je pense qu’avec « Dante 01 », ma visibilité elle est plutôt à l’étranger qu’en France. Je n’aurais compté que sur la France, je n’aurais pas fait le film. Encore que, heureusement qu’il y a eu Wild Bunch qui a été trouver un peu d’argent à travers la planète pour qu’on arrive quand même à le financer ce film. Mais ce n’est jamais assez commercial pour le circuit des télévisions et tout ça et ce n’est jamais considéré comme étant assez film d’auteur pour tout le circuit un plus institutionnel comme le CNC. Donc, il y a un peu un no man’s land qui fait que heureusement qu’il y a l’étranger qui se rappelle encore « Delicatessen » ou « La cité des enfants perdus » et qui me donne un peu d’argent !

Et il n’y a pas moyen de retourner voir ces gens-là pour « La chasse au Snark » ?
Je vais faire comme certaines personnes dans le métro, je vais aller taper à différentes portes : « je n’suis qu’un pauvre réalisateur, j’ai besoin d’argent… » ! Enfin, ça dépend à chaque fois des projets qui sont mis en œuvre, il y en a peut-être qui peuvent intéresser plus facilement certaines personnes.

En tout cas, « La chasse au Snark » est prévu pour être un film ? Pas quelque chose en rapport avec les nouvelles technologies dont vous parliez tout à l’heure ?
On ne sait jamais. Là, c’est vrai que je l’ai mis un peu de côté parce que ça nécessite tellement de moyens que je ne vois pas bien, dans le contexte actuel, comment le mettre en œuvre. Mais on ne sais jamais ce qui peut se passer. Là, pour l’instant, j’essaye plutôt de trouver des choses qui ne coûtent vraiment pas beaucoup à faire.

Des projets en cours ?
Oui, mais comme je suis très très superstitieux, je n’en parlerai pas.

Comment est-ce que vous avez construit votre cinéphilie ?
Oh je pense que le socle de base, comme beaucoup de petits occidentaux, c’est Walt Disney. Après, il y a des films que j’ai vu un peu comme ça, en cachette à travers l’entrebâillement de la porte, au Ciné-Club : « Les chasses du comte Zaroff », des trucs comme ça. Et puis après, moi j’étais quand même très cinéma bis, tous ces trucs-là, Midi Minuit… Et puis après, de longues heures passées à la Cinémathèque de Chaillot à voir tous les films Expressionnistes, et puis beaucoup de films d’animation parce que c’est vrai quand même que je viens de là depuis très longtemps.

Vous continuez à avoir cet appétit, cette curiosité ?
Ah oui. Je suis un peu old school parce que j’achète beaucoup, beaucoup de DVD, je ne suis pas encore passé au téléchargement. J’ai besoin d’avoir le collector avec les derniers ceci-cela…

Est-ce qu’il y a encore des films mythiques que vous cherchez ?
Oui. Comme ça, ça ne me vient pas forcément… Mais en DVD il y a « L’ultime garçonnière » (de Richard Lester) je crois, qui n’est pas encore sorti. Je voulais le sortir moi, à un moment quand j’ai fait une petite collection de DVD, et puis je n’ai pas trouvé une copie correcte de ça. Non, mais heureusement, il y a encore un peu de gras à chercher.

Et qu’est-ce que vous passeriez dans une case trash comme celle d’Arte ?
J’ai beaucoup aimé -j’aimerais bien qu’on lui redonne sa chance- un film récent qui m’a vraiment surpris : c’était le film qu’a fait Matthew Barney avec Bjork (« Drawing Restraint 9 »). C’est passé en catimini. C’est une proposition tellement différente et bizarre que je trouve ça vraiment intéressant. Mais on ne peut pas tellement considérer ça comme trash. Il y a toujours un petit côté genre : « oh c’est pas vraiment des très bons films, mais qu’est-ce qu’on se marre »… Je fais une différence entre le cinéma et le cinématographe comme dirait Cocteau.

Quelle est-elle ?
Il faut lire Cocteau.

Un très grand merci à Marc Caro et aux membres de l’association Mad Ciné Club, organisatrice de L’Étrange Festival de Strasbourg.
Entretien réalisé à Strasbourg le 30 octobre 2008 par Jenny Ulrich.

Edité le : 22-10-08
Dernière mise à jour le : 30-10-08