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Cinéma TRASH - 24/09/08

Rencontre avec Lamberto Bava

Rencontre avec le réalisateur Italien Lamberto Bava, président du jury du premier Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, le FEFFS, organisé du 23 au 28 septembre par l’association Les Films du Spectre.

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Lamberto Bava est mondialement connu des fans de cinéma de genre/bis/trash pour avoir tourné le film « Démons » et sa très réjouissante suite « Démons 2 ». Dans un autre genre, mais toujours fantastique, toute une génération d’enfants s’est émerveillée devant sa série télé « La caverne de la rose d’or » -en Italie, en France, en Allemagne... Lamberto Bava  travaille dans le cinéma depuis plus de quarante ans et ça fait presque trente ans qu’il réalise des films (dernier en date, « Ghost Son », en 2006). Lors du FEFFS, c’est le premier film de Lamberto, le vénéneux et perturbant « Baiser macabre » qui a été projeté en séance de minuit, en hommage à cet indéfectible amoureux du cinéma fantastique.
 
Le cinéma, chez les Bava, c’est de père en fils ! Votre grand-père Eugenio Bava a initié votre père Mario Bava, auprès duquel vous avez fait vos débuts comme assistant réalisateur, et votre fils, Fabrizio, a commencé à travailler avec vous…
Mon fils travaille beaucoup actuellement. Bientôt va sortir le film de Spike Lee (NDLR : « Miracle at St. Anna ») dans lequel il était assistant. Il a aussi été assistant du premier film de l’auteur italien Baricco (NDLR : « Lezione 21 »). J’espère, je pense que mon fils réalisera son premier film bientôt. S’il réalise un film, ce sera la quatrième génération de réalisateurs, ce qui est, je crois, unique au monde. Parce que mon grand-père a fait un film aussi. Il faisait des effets spéciaux, il a commencé dans les années 1900. 1901, 02 ou 03 ? je ne sais pas très bien… À la belle époque !
 
Vous avez vu son film ?
Non, j’ai trouvé un témoignage sur ce film, je ne me rappelle pas du nom du film. L’actrice principale s’appelait… Son nom était Quaranta, une actrice importante de cette époque -1918, je crois. Mon grand-père travaillait dans le cinéma : à quel poste ce n’est pas important, c’était un travail d’équipe. Mon père est né dans le cinéma et moi aussi je suis né dans le cinéma…
 
C’est une conception « artisanale » du cinéma ?
Artisanal, peut-être. Je crois qu’en Italie, tous les films d’une certaine époque sont un peu artisanaux. Mon père disait qu’il faisait des films artisanaux parce qu’il faisait beaucoup de choses : il a commencé comme directeur de la photographie, il faisait des effets spéciaux et il réalisait. Je fais seulement la réalisation, mais dans tous mes films… Mon père m’a dit une fois : « lorsque tu utilises des effets spéciaux, souviens toi que plus la réalisation est simple, plus l’effet vient bien ». Ce principe, j’y pense toujours pour les effets spéciaux.
 
Avoir des collaborateurs réguliers, s’aider les uns les autres, ça va aussi dans le sens des petits budgets
Aujourd’hui, en Italie, on ne peut plus faire des films comme il y a vingt ans. Maintenant, le travail est à la télévision.
 
Vous aviez à l’époque des collaborateurs avec lesquels vous travailliez souvent, comme, par exemple, Dardano Sacchetti pour les scénarios…
Je travaille depuis trente-cinq ans… Oui, Dardano Sacchetti a travaillé beaucoup avec moi, mais pas uniquement. Mon dernier film, « Ghost Son » a été écrit par une femme jeune (NDLR : Silvia Ranfagni), parce que c’est une histoire féminine -différente de « Baiser macabre ». Je préférais qu’une femme écrive le scénario avec moi. Le thème, c’est la vie d’une femme, seule dans une maison perdue au milieu de rien, en Afrique. Il n’y a que sa maison dans le bush. J’aime beaucoup faire des films à l’intérieur des maisons. J’aime qu’il y ait des murs, que ce soit clos. Je n’aime pas filmer sur une plage par exemple, il n’y a rien pour faire le cadre… J’aime les intérieurs où on peut raconter une histoire circonscrite. Une histoire d’angoisse… Excusez-moi : c’est très difficile à expliquer dans une langue étrangère !
 
Vous dites que vous aimez filmer à l’intérieur des maisons, il y a un certain nombre de choses comme ça que l’on retrouve dans votre cinéma ; est-ce qu’il y a des thèmes qui vous sont chers ? Par exemple, vous citiez « Ghost son », « Baiser macabre », on peut aussi penser à « Boddy puzzle » : ce sont des films qui parlent de l’amour malgré la mort sous une forme ou une autre.
Oui, c’est vrai. J’ai une culture catholique comme tous les Italiens, mais je suis laïc. Je voudrais trouver la preuve de l’existence de quelque chose de surnaturel, comme les fantômes. Mon cinéma est une recherche de cette chose. J’aime beaucoup raconter des histoires avec des enfants, parce qu’ils sont peut-être plus proches du fantastique, plus ouverts. Mais si on prend mon film « Demons », c’est très différent, c’est une histoire très différente. J’aime beaucoup le travail que j’ai fait, il y a quinze ans à la télévision, sur la Fantasy. Je crois qu’en France, « Fantaghiro » (« La caverne de la rose d’or ») est passé à la télévision ? Avec Alessandra Martines, madame Lelouch.
 
Vous parliez de « Démons » : un autre thème que vous abordez (dans « Démons » et « Démons 2 », dans « La maison de l’ogre » aussi), c’est le rapport entre fiction et réalité –dont vous vous amusez par moments.
« Démons », c’est une idée de Dardano Sacchetti. Je travaillais beaucoup avec Dario Argento, j’étais son assistant sur « Ténèbres » et « Inferno », et il m’a dit un jour « je veux être ton producteur ». Il avait déjà produit Romero, « Zombie ». Et j’ai apporté une idée de Dardano Sacchetti à Dario qui m’a dit « c’est un bon projet ». Et nous avons travaillé, travaillé, travaillé sur le script. Nous étions quatre scénaristes, Dardano, moi, Franco Ferrini et Dario. L’idée était que des jeunes allaient voir un film d’horreur au cinéma et ce qui se passe sur l’écran va survenir dans la salle. C’est un film qui me plaît parce que le cinéma est clos, ce n’est pas possible de sortir avant la fin et il y a ces autres personnages qui viennent : c’est un thème que j’aime. L’angoisse. La peur à l’intérieur.
 
Revenons sur ce rapport entre fiction et réalité
Je n’aime pas les films réalistes, je préfère ce que j’expliquais avant. C’est très important pour moi le rapport avec l’extraordinaire, mais c’est très difficile de trouver dans la réalité quelque chose… Quand j’étais jeune, j’ai fait du spiritisme, mais je n’ai jamais rien vu !
 
Avec les nouveaux médias (Internet en particulier), des jeunes découvrent aujourd’hui vos anciens films. Vous êtes conscient de ce nouveau public ?
Je pense que les films fantastiques sont les premiers films qui vont intéresser les jeunes. Je crois et j’espère rester toujours jeune. Mes films sont pour les jeunes. J’ai des enfants de deux générations différentes. Quand les amis de mes enfants viennent à la maison, je suis content parce que j’aime travailler, rester, parler avec les jeunes. Aujourd’hui, dans ma troupe, je préfère avoir beaucoup de jeunes. Parce que les anciens sont toujours en train de se rappeler le passé et ne sont pas contents. Les jeunes veulent faire, regarder et apprendre. C’est très important. Les jeunes qui regardent mes films d’il y a vingt ans aujourd’hui sur You tube : pour moi c’est des films anciens, mais peut-être qu’ils trouvent quelque chose d’actuel.
 
Vous continuez à faire de nouveaux films
Oui, je suis en train de préparer quatre films pour relancer le cinéma italien de genre : je produis ces films et je vais en réaliser un. Je pense commencer en janvier. Le premier sera le mien : « Chambre 213 »… Qu’est-ce qui va sortir de la chambre 213 ? C’est l’histoire d’une femme qui va étudier quelque chose de très préoccupant pour elle ! Les autres réalisateurs, c’est Ruggero Deodato, les frères Manetti (ce sont des jeunes) et le quatrième c’est Sergio Stivaletti, le directeur des effets spéciaux.
 
Et en tant que spectateur, vous continuez à voir les films qui sortent ?
Je vois beaucoup de films. Je préfère les films fantastiques. Je vois tous les films, mais en premier les fantastiques. J’avais déjà vu « Hellboy 2 » (NDLR : film d’ouverture du FEFFS), j’aime beaucoup Guillermo del Toro. Il y a beaucoup de très bons films fantastiques aujourd’hui.
 
Et pour finir : comment définiriez-vous « trash » ?
C’est difficile. Je ne sais pas. Trash. J’aime tous les types de films s’ils sont bons. Aujourd’hui, on aime beaucoup les films sanglants. J’aime les films sanglants si le sanglant est ironique. Beaucoup d’ironie. Le sanglant seulement pour le sanglant… J’en ai fait des films sanglants ! « Démons » est un film sanglant, mais il y a de l’ironie.. Trash : dis- moi un film et je te dis si je l’aime ou non.
 
Un très grand merci à Lamberto Bava et aux organisateurs du FEFFS !
 
Entretien réalisé à Strasbourg le 24 septembre 2008 par Jenny Ulrich

Edité le : 25-09-08
Dernière mise à jour le : 24-09-08