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Cinéma TRASH - 26/09/08

Rencontre avec Caroline Munro

Rencontre avec la comédienne Caroline Munro, membre du jury du premier Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, le FEFFS, organisé du 23 au 28 septembre dernier par l’association Les Films du Spectre.

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En une quinzaine d’années à peine, Caroline Munro s’est inscrite de manière indélébile dans la mémoire des fantasticophiles par le biais de quelques collaborations marquantes et rôles inoubliables… Subliminale épouse de Vincent Price dans les deux « Docteur Phibes » de Robert Fuest, elle sera par la suite et dans le désordre : Stella Star dans « Star Crash » de Luigi Cozzi, Anna d’Antoni dans « Maniac » de William Lustig, l’esclave Margiana dans « Le voyage fantastique de Sinbad » de Gordon Hessler, Carla dans « Capitaine Kronos, tueur de vampires » de Brian Clemens, Naomi l’ennemie de James Bond dans « L’espion qui m’aimait » de Lewis Gilbert, Barbara Hallen dans « Les prédateurs de la nuit » de Jess Franco, etc. ! Caroline Munro a mis sa carrière entre parenthèses à la fin des années 80 pour élever ses enfants, mais elle reprend maintenant progressivement le chemin des studios.

Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez eu peur ou que vous avez été choquée au cinéma ?
Ma première peur… J’étais assez petite et ma mère m’avait emmené voir un film, « Carve her name with pride » (NDLR : de Lewis Gilbert, « Agent Secret S.Z. » en français). Ça parlait d’une résistante Française, pendant la guerre, elle était jouée par l’actrice Virginia McKenna. Et je me souviens de ma peur quand elle meurt… J’étais trop jeune pour voir ce film, mais j’avais l’habitude d’aller partout avec ma mère et en ce temps-là, il n’y avait pas de censure pour les enfants. C’est une peur dont je me souviens très bien. Et plus âgée, « Docteur Who », à la télévision.

Et vous voyiez des films fantastiques ?
Je suppose que oui, mais plus tard. J’ai vu certains des films Hammer plus tard. Nous avions l’habitude d’aller au cinéma avec mes parents. Mon père m’emmenait voir des choses comme « Davy Crockett ». J’aimais tellement ça qu’il m’y a emmené six fois. J’étais très attirée par le cinéma, mais le fantastique, c’est venu plus tard.

Comment expliquez vous que vous ayez participé à tant –presque exclusivement- de films fantastiques ou d’horreur ?
Je ne sais pas… Pas nécessairement par choix… Je n’étais pas enfermée dans le genre, mais ça semblait être ce qui me convenait. Je me sentais à l’aise dans les films de genre, même si ça aurait pu être bien que je fasse peut-être plus de films grand public. Je crois que j’ai fait certains films, comme le « Sinbad » de Harryhausen (NDLR : créateur/directeur des effets spéciaux), ou encore plus « Star crash », parce que je savais travailler avec le blue screen. Luigi Cozzi, le réalisateur de « Star crash », voulait une actrice qui sache jouer avec le blue screen et pour moi c’était intéressant parce que c’est comme de redevenir un enfant : on utilise son imagination. Mais en ce qui concerne les films d’horreur, j’ai fait « Dracula », « Capitaine Kronos », « Maniac », « Les prédateurs de la nuit »… Je ne sais pas pourquoi. En plaisantant à moitié, certains disaient que c’était parce que je criais très bien ! Ah, et Vincent Price : j’ai aussi eu la chance de travailler avec lui deux fois… J’ai en effet tourné dans un certain nombre de films fantastiques, mais je ne sais pas pourquoi.

Vous avez essentiellement tourné dans des films à petits budgets, mais ça devait être très différent entre la Hammer d’un côté et Franco ou Lustig de l’autre...
Oui, c’était vraiment très différent. L’époque aussi était différente : le début des années 70 et puis ensuite les années 80 avec Jess Franco et Bill Lustig. Je crois que vraiment, les budgets se valaient, parce que les budgets Hammer n’étaient pas énormes, aux alentours de 200 000 pounds, je crois, c’est-à-dire des cacahouètes par rapport à aujourd’hui. Mais alors ! Ils avaient une équipe complète avec une quarantaine de membres : la distribution, de merveilleux réalisateurs, des costumiers, de fantastiques professionnels de la lumière, d’excellents scénaristes. Ils savaient faire un film pour un budget limité en un temps limité. On devait passer, je crois, quatre semaines, peut-être cinq, et le film était fait ! Pour « Maniac », je ne sais pas quel était le budget, mais vraiment pas énorme : ils ont vraiment fait du très bon travail. Je ne sais pas comment ils ont fait, mais Bill était très malin parce qu’il était aussi monteur et il savait comment obtenir le meilleur résultat. Et Joe Spinell était incroyable. J’ai travaillé trois fois avec lui, c’était extraordinaire.

Est-ce que vous avez préféré l’une ou l’autre époque ? L’une ou l’autre façon de faire ?
À la Hammer, même si on avait des délais serrés, on avait tout de même le luxe de pouvoir parfois prendre un peu de temps. Avec « Maniac » ou « Les prédateurs de la nuit », ça allait beaucoup plus vite, on ne filmait généralement pas plus d’une ou deux prises. À la Hammer, ça semblait moins stressant, on avait l’impression d’avoir plus de temps. Mais les deux expériences sont formidables, c’était formidable pour moi de pouvoir faire mes débuts à la Hammer, dans le Dracula, parce que j’étais entourée d’excellents acteurs, bien sûr Christopher Lee et Peter Cushing, mais aussi dans « Dracula A.D. 1972 » (NDLR : de Alan Gibson) il y avait de merveilleux jeunes acteurs –Stephanie Beacham, Michael Kitchen… J’avais l’impression d’être dans un Brat Pack anglais, avec tous ces merveilleux jeunes acteurs. Moi je n’avais encore rien fait de sérieux alors c’était un apprentissage fantastique. Pour les films des années 80, j’avais acquis cette expérience et c’était plus, d’une certaine manière des tournages façon guérilla, il fallait y aller à fond, faire vite. Mais dans un cas comme dans l’autre c’était très excitant. J’ai eu tellement de chance de pouvoir travailler avec tant de gens si passionnants.

Parmi ceux-ci, tout à l’heure vous évoquiez Joe Spinell : dans un des bonus du DVD « Maniac » vous parlez de lui avec beaucoup d’émotion
C’était une telle joie de travailler avec Joe. Je me souviens de la première fois que je l’ai rencontré dans les loges de Cinecitta, à Rome : il jouait le diabolique comte Zarth Arn, il était maquillé, flamboyant, et il est venu me faire un baise main. Il avait un côté très doux. Il vivait sa vie de manière intense, il jouait aussi de manière intense, mais il était très gentil. Quel fabuleux acteur ! Je crois que c’est Robert de Niro qui a dit, au moment de « Maniac », que c’était le meilleur comédien américain. S’il avait vécu plus longtemps, je suis sûre qu’il serait allé très loin. Il était superbe.

D’autres personnes vous ont-elles autant marqué que Joe Spinell dans votre carrière ?
Peter Cushing. Peter était tellement… Gentil et drôle. Il avait un excellent sens de l’humour. Nous avons fait deux films ensemble, et dans « Centre terre, septième continent » (NDLR : de Kevin Connor) j’ai passé six semaines avec lui et j’ai appris à le connaître. C’était une telle joie de travailler avec lui, il était tellement professionnel. Il créait ses personnages, leur donnait des bases et puis décidait de leur prêter ses gants, son parapluie et il venait avec ses propres affaires… Et Vincent Price aussi ! C’était extraordinaire de le regarder travailler sur « Docteur Phibes ». Malheureusement, je n’avais aucun dialogue avec lui : j’étais allongée dans un cercueil avec lui. Nous y avons fait connaissance. C’était un merveilleux cuisinier, il venait le matin avec de délicieux pâtés…

Pas dans le cercueil quand même ?!
Non ! Juste avant, au petit-déjeuner, il demandait aux maquilleuses de faire de la place et il sortait ces merveilles.
Est-ce que vous avez un film préféré parmi ceux que vous avez fait ?
Ils ont tous été tellement différents et je peux honnêtement dire, la main sur le cœur, qu’il n’y en a pas un qui m’ait déçu. Je me sens vraiment très chanceuse… Quand je fais un film, j’ai les yeux grands ouverts, j’arrive bien préparée, mais j’ai soif de continuer à apprendre, je me sens un peu comme une éponge… Je n’ai pas de film préféré… Travailler sur le James Bond, c’était quelque chose d’énorme à l’époque, avec Roger Moore, Lewis Gilbert une de mes idoles, le directeur de la photographie Claude Renoir… Travailler sur « Maniac », on ne pouvait pas faire plus à l’opposé : d’un énorme budget à un mini budget. Et « Sinbad » que j’adore –j’ai adoré travailler avec John Philip Law et bien sûr Ray Harryhausen qui reste un ami très cher… Mais je crois que le personnage auquel, peut-être, je m’identifie le plus, ce serait Carla dans « Capitaine Kronos ». C’est peut-être mon personnage préféré. Mais bien sûr, Stella Star était aussi fantastique. J’espère pouvoir en faire plus ! J’ai refait quelques films récemment, ma passion est intacte. J’avais arrêté pour élever mes enfants, parce qu’ils sont ce qu’il y a de plus important dans ma vie. Je pense que si on a des enfants, c’est bien d’être présent, surtout la maman, alors je n’ai plus accepté aucun projet pendant quelques années.

Maintenant que vous êtes de retour, est-ce qu’il y a des réalisateurs cinéphiles qui viennent vous proposer de faire des caméos, des apparitions dans leurs films ?
S’ils le faisaient, ce serait merveilleux. Je ne peux pas dire qu’ils se bousculent devant ma porte, pas encore. Il faut que je trouve un nouvel agent, parce que le mien, c’est triste, est mort. C’est un nouvel âge pour moi : je suis plus âgée, mais j’ai aussi plus d’expérience. J’aimerais travailler avec Tim Burton –tout le monde veut travailler avec lui !- ou Tarantino, ou Rob Zombie… Je pourrais jouer n’importe quoi : je peux être une vieille bique, ça m’est égal, je ne suis pas vaniteuse !

Un très grand merci à Caroline Munro et aux organisateurs du FEFFS !

Entretien réalisé à Strasbourg le 26 septembre 2008 par Jenny Ulrich

Edité le : 25-09-08
Dernière mise à jour le : 26-09-08