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ARTE Journal - 11/02/12

Renault s'installe à Tanger

"Nos grands clients seront les pays d'Europe au démarrage", le pavé dans la marre est lancé par le directeur de la nouvelle usine Renault au Maroc. M. Basegnec a fait cette déclaration choc lors de l'inauguration du nouveau complexe africain de la marque au losange, en compagnie du roi du Maroc et du PDG Carlos Ghosn. En clair, on délocalise, on produit des voitures à bas coût, dans un pays où la main d’œuvre est bon marché ; et en plus, on n'y paie pas d'impôts.

Made in Maroc


A l'heure de la désindustrialisation de la France et des centaines de milliers d'emplois perdus dans le secteur, cette ouverture à Tanger ne pouvait pas plus mal tomber. Pour Renault, le Maroc est un véritable Eldorado. Le groupe bénéficie de nombreux avantages de la zone franche (exonération de l'impôt sur les sociétés pendant cinq ans puis à taux réduit, pas de taxe d'exportation, formalités douanières accélérées). Il profite également du très bas salaire mensuel marocain moyen de 250 euros par mois, soit la moitié du salaire roumain où la Dacia est déjà fabriquée, et surtout quatre fois moins qu'en France. Renault voit en Tanger sa tête de pont vers l'Afrique et sa nouvelle base "low cost" aux portes de l'Europe. L'entreprise y produira 150 à 170 000 véhicules par an, 400 000 en 2013, et emploiera à terme 6 000 salariés. Il chiffre jusqu'à 30 000 les emplois potentiels chez les sous-traitants et fournisseurs. Dans un pays où le chômage touche plus de 30% de la population, l'arrivée de Renault est une véritable bouffée d'oxygène.


La grande peur



Si, au Maroc, Renault compte augmenter ses bénéfices, les salariés français du groupe craignent pour leurs emplois avec l'arrivée de ces nouvelles voitures sur le marché. Les critiques sont d'autant plus vives que la production de Renault n'a cessé de reculer en France. En 2011, le constructeur a fabriqué moins d'un demi-million d'automobiles (445 000) et 201 000 camionnettes dans l'Hexagone, contre 1,1 million de voitures et 227 000 utilitaires légers en 2004. Les syndicats craignent que la production, exportée à 85%, ne fasse concurrence à deux modèles fabriqués dans l'Hexagone, le monospace Scénic et l'utilitaire Kangoo. En effet, le prix de base des voitures "made in Maroc" comme le monospace Lodgy est inférieur à 10 000 euros.
Le numéro un de la CFDT, François Chérèque, a réclamé "un débat au comité de groupe sur les conséquences de cette ouverture au Maroc sur les gammes assemblées en France, les achats, l'investissement, la recherche, le développement, l'emploi dans les entreprises européennes".


Un couac présidentiel


A deux mois de la présidentielle et avec 10% de chômeurs, le débat sur l'emploi fait rage. Nicolas Sarkozy président et sûrement candidat, est accusé de ne pas avoir empêché la fermeture de centaines d'entreprises pendant son quinquennat. Le président est récemment parti en guerre pour le "made in France" et cette ouverture de Renault au Maroc tombe mal pour lui. De plus, l'État français est le plus gros actionnaire de Renault avec 15 % des parts. Même à l'UMP, son propre parti, les critiques fusent. L'ancien ministre de l'Industrie et député-maire UMP de Nice Christian Estrosi a accusé Renault de "jouer contre la politique du gouvernement et contre l'industrie française".
"Il est dangereux et insoutenable pour notre pays que Renault, dont l'Etat est le premier actionnaire, réalise du "dumping social" au Maroc pour produire des voitures destinées à l'Europe et à la France", a-t-il dénoncé. Pour faire taire les critiques syndicales et politiques et rassurer les salariés, le PDG Carlos Ghosn a déclaré : "Ce n'est pas quelque chose qui se fait au détriment de la France", l'usine de Tanger "vient au contraire ajouter à la charge de travail en France".
Selon son numéro deux, Carlos Tavares, chaque voiture fabriquée au Maroc "rapportera 800 euros à la France parce qu'il y a 400 euros de pièces livrées depuis la France et 400 euros d'ingénierie" dans l'Hexagone.
Pour M. Ghosn, l'installation de l'usine en France ou en Europe était "incompatible avec le concept" même d'une production à bas coûts. Pourtant ces déclarations risquent de ne pas convaincre les ouvriers du constructeur français qui voient depuis des années que cette course au moindre coût finit toujours par la mort leurs usines.

Marc-Antoine Valverde pour ARTE Journal avec l'AFP
















Edité le : 09-02-12
Dernière mise à jour le : 11-02-12


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