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Exposition à ARTE Geie - 22/09/10

Ramona Poenaru

Du 10 septembre au 31 octobre 2010 à ARTE - 4 quai du Chanoine Winterer - Strasbourg


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Du 10 septembre au 31 octobre 2010, ARTE ouvre ses portes à Ramona Poenaru.
Elle y présente l'installation "Vous êtes ici".





La VIDEO de l'entretien de Paul Guérin (CEAAC) avec Ramona Poenaru :



Ramona Poenaru est une artiste visuelle, mix-media, performer. Née en 1972 à Simleul-Silvaniei (Roumanie), elle vit en France depuis 1995.
Elle a terminé sa formation à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en 2001, puis au Fresnoy-Studio national des arts contemporains en 2008-2009. Ses projets se développent exclusivement dans un contexte, moteur et impulsion d’une forme à chaque fois redéfinie.
>> Biographie complète

En s’appuyant sur l’intrusion de la construction en bois baptisée « Village » dans l’espace architectural et dans la vie quotidienne de la chaîne, Ramona Poenaru souhaite y introduire un espace fictionnel et par là, une fiction potentielle. Il s’agit d’une installation en trois parties. Les lieux d’intervention sont la façade et le toit du « Village » et les niches au bout des escaliers en bois. De par leur situation à distance, les trois lieux suggèrent une occupation de l’ensemble du bâtiment. Il ne s’agit pas d’un accident, mais d’une contamination. Ainsi on s’attend à trouver ailleurs d’autres signes de cette immixtion.

Les trois interventions emploient des médias différents et sollicitent différemment le regard du spectateur, tout en étant reliées par un dessein commun. Pour la façade, une photographie couvrant toute la surface représente à échelle 1 un autre lieu. Pour le toit, une photographie monumentale joue sur la perception physique modifiée de l’espace. Pour les niches, l’installation relativement discrète d’une signalétique décalée intervient plutôt au niveau mental. Les trois lieux ainsi investis fonctionnent comme des brèches dans l’espace-temps présent ouvrant vers un temps et un espace autres. Ils induisent le doute sur la réalité présente.
L’installation fait aussi appel à un imaginaire collectif nourri de cinéma. Vertigo d’Alfred Hitchcock, Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, Lost Highway et Inland Empire de David Lynch sont des références subjacentes.

Une esthétique recherchée tant au niveau de l’image photographique quant à celui de la signalétique suggèrent la présence dans un lieu profondément différent. L’intervention crée des interférences entre un monde réel, un monde possible et un monde imaginaire.

LES LIEUX D’INTERVENTION

Village - façade
Ramona Poenaru souhaite transformer la façade du « Village » en jouant sur le trompe-l’oeil. La surface est couverte d’une image représentant à echelle 1 un mur avec une ouverture qui permet d’entrevoir un autre espace qui se creuse. Dans l’image représentée on peut voir une plaque de type signalétique hotelière indiquant « vous êtes ici ». La phrase inscrite n’est accompagnée d’aucune autre indication spatiale, telle que l’on a l’habitude de la voir dans un contexte urbain (point rouge, cercles concentriques, flèche sur un plan de métro, carte de la ville, plan d’orientation). Il s’agit d’une géographie mentale. La phrase opère une mise en abîme : vous êtes dans le lieu que l’image représente mais la plaque est déjà une fiction dans ce lieu-là.
L’intervention englobe et assimile des éléments architecturaux présents : porte, tubes, marche, plinthe ; ces éléments deviennent constitutifs de l’image, ils en font partie et ils la soutiennent.



Village - le toit
Prenant le toit du « Village » comme une surface unique et continue, Ramona Poenaru propose d’y installer l’image d’une vue vertigineuse depuis le haut d’un escalier en spirale.
Par sa taille monumentale parfaitement intégrée à l’architecture, l’installation opère une modification dans la perception physique de l’espace. Elle joue sur la perspective et le trompe-l’oeil. La surface plane se creuse, l’espace se morcelle, les failles se rapprochent.
Le lieu se prête d’autant plus car il n’y a pas de toit unique rectiligne, mais 4, qui sont écartés latéralement ou en hauteur. L’image installée donne la sensation qu’il y a un point de vue idéal pour voir l’ensemble comme un tout unique et qu’il faut chercher ce point précis dans le bâtiment. On en a certes une vue différente selon que l’on se place sur la coursive du premier étage, sur l’escalier du 2e ou que l’on regarde depuis la fenêtre de son bureau du 3e.
...
Au moment de l’assemblage, plutôt que de reconstituer précisément l’image en additionnant les morceaux d’un puzzle parfait, l’artiste déplace sciemment certaines de ces vues qui modifient ainsi imperceptiblement l’ensemble. Au final c’est l’image d’un lieu mental qui apparaît.
Les fragments déplacés ressemblent à des facettes. Ils suggèrent un déploiement de l’image dans le temps. On a l’impression que la photo a été prise à plusieurs moments depuis des points de vue différents additionnés. En tant que spectateur on est tentés de recomposer mentalement l’ensemble à tout moment : tout en suivant ces petits déplacements, on reconstitue sans cesse l’image réelle représentée.

Niches
Une autre intervention aura lieu au niveau des 3 niches situées au bout de chaque escalier qui mènent aux étages. C’est une proposition qui interroge le statut de l’espace et joue sur l’illusion en créant un déplacement cette fois-ci mental.
Une plaque métallique de type « signalétique hôtelière » indiquant un numéro d’étage est installée à 2m du sol au milieu de chacune des niches. La plaque est du même type que celle représentée dans l’image installée sur la façade du Village. Le numéro ne correspond pas à l’étage réel où l’on se situe dans le bâtiment d’arte, ce sont des chiffres qui suggèrent un très haut bâtiment, sans que l’ordre croissant soit respecté pour autant. Par exemple, au premier étage : une plaque indiquant « 92e étage », au deuxième étage :
« 47e étage », au troisième « 66e étage ». Devant ce mur on est comme si on sortait de l’ascenseur ayant appuyé sur le mauvais bouton : on a l’impression que l’on est au bon étage car tout paraît inchangé, mais le chiffre affiché annonce l’erreur qui nous perturbe. On a fait mille fois ce geste pour arriver à son étage et à son bureau. On a besoin d’autres indices pour s’y retrouver. On regarde autour et là, on perçoit la vue d’un escalier en spirale qui semble descendre dans les profondeurs de la terre à travers le bâtiment. On est définitivement ailleurs que là où l’on pensait être. Au moins pour un instant.

TECHNIQUE

Les morceaux ressemblent ainsi à des écailles irrégulières. Leur superposition et addition suit la reconstitution de l’image originelle. De petits déplacements qui interviennent imperceptiblement déconstruisent l’ensemble en en perturbant la perception.
Ce procédé qui paraît très précis est en fait assez aléatoire, car les bords des parties à agrandir deviennent au fur et à mesure difficiles à déceler et à positionner précisément. Des images se dédoublent ou créent des variations, ce qui mène à une démultiplication croissante des fragments. L’assemblage en soi est un composition avec de multiples possibilités, un puzzle mouvant.
La composition de l’image se fait sur une surface en papier correspondant aux dimensions du toit. Les feuilles A3 sont positionnées et collées ensemble sur la feuille de papier
« porteuse » qui sera ensuite directement appliquée sur le toit à la colle à papier peint.


Edité le : 03-06-10
Dernière mise à jour le : 22-09-10