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Sortie du 05 octobre 2005 - 04/10/05

Quatre frères

Un western urbain basique et ample, par un réalisateur plus personnel qu’on ne le pense.

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De John Singleton
(USA, 2005, 1h55)
Avec Mark Wahlberg, Tyrese Gibson, André Benjamin, Garrett Hedlund …

Synopsis : Adolescents, Bobby la tête brûlée (Mark Wahlberg), Angel le macho (Tyrese Gibson), Jack le benjamin aspirant rocker (Garrett Hedlund) et Jeremiah (André Benjamin), le plus posé en apparences, ont tous les quatre été adoptés par Evelyn Mercer, qui s’occupe d’actions caritatives et sociales dans la ville corrompue et affairiste de Detroit. Evelyn était la seule à croire en eux et à les recueillir, alors que la loi de la rue leur dessinait un futur bref et sanglant. Lorsque leur vieille « mère » est abattue par deux braqueurs de supérettes, les quatre frères se retrouvent pour un dernier hommage et constatent que le temps ne les a guère changé. Mais ce meurtre arbitraire cache beaucoup de mystères qu’ils vont se décider à élucider seuls…

Critique : Remake d’un western foncièrement mineur (« Les Quatre fils de Katy Helder », avec John Wayne et Dean Martin), ce nouveau film de John Singleton se veut, selon ses propres termes, une rumination mélancolique sur la figure du ghetto. Pour ce réalisateur qui a pris l’habitude d’alterner projets personnels, percutants et polémiques (« Boyz N The Hood » ou « Baby Boy ») et fictions plus dérisoires (le remake de « Shaft » ou « 2 Fast 2 Furious », sur les courses de voitures customisées), « Quatre frères » semble pourtant appartenir à la seconde catégorie, malgré un sujet funéraire et douloureux. C’est l’une des qualités de John Singleton que de considérer un divertissement comme un projet également dense, où se reflètent ses thèmes de prédilection : les blessures de la communauté noire américaine, l’individualiste aventurier face à une coalition véreuse et établie, l’idée de fratrie et, derrière la bagout et les commentaires virils, un sens de la mélancolie un peu sommaire, mais qui parvient toujours à marquer les esprits.

En ce sens, « Quatre frères » demeure une réussite. En suivant les règles du polar urbain à l’ancienne, jusqu’à louvoyer vers le « buddy movie » des années 1980 et ses blagues idiotes, John Singleton confère une belle ampleur à sa mise en scène, qui transcende le caractère extrêmement basique de l’intrigue et surtout celui de ses enjeux dramatiques. Entre bungalows de bois des banlieues pauvres et buildings de verre qui surplombent l’horizon, comme une fatalité discriminatoire impossible à éradiquer, Singleton mise sur une certaine évidence puissante et visuelle, supportée par le jeu laconique de Mark Wahlberg, dont les traits fatigués révèlent sans monologues superflus les années de vagabondage traversées par son personnage. Hors du temps et des modes, « Quatre frères » est bel et bien, à sa façon, un western.

Julien Welter

Edité le : 04-10-05
Dernière mise à jour le : 04-10-05