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Le chagrin et la pitié - Chronique d’une ville française sous l’Occupation

D'une exceptionnelle densité humaine, le film monumental qui, le premier, a restitué la vérité du régime de Vichy, loin du mythe d'un pays uni contre l'occupant.

lundi, 16 juillet 2012 à 10:45

Rediffusions :
Pas de rediffusion
Le chagrin et la pitié - Chronique d’une ville française sous l’Occupation
(France, Allemagne, Suisse, 1969, 250mn)
ARTE F
Réalisateur: Marcel Ophüls

N & B Malentendant Stéréo 16 / 9 HD natif

D'une exceptionnelle densité humaine, le film monumental qui, le premier, a restitué la vérité du régime de Vichy, loin du mythe d'un pays uni contre l'occupant.

L'effondrement
Chronique en deux parties - L'effondrement et Le choix - de l'Occupation à Clermont-Ferrand, le film de Marcel Ophuls est un document exceptionnel qui, comme toutes les grandes oeuvres, est inaccessible au vieillissement, même s'il suscite probablement à chaque époque un choc d'une nature différente. Ce documentaire fleuve (près de quatre heures et demie) entremêle des témoignages d'anonymes et de personnalités de premier plan (Emmanuel d'Astier de la Vigerie, Georges Bidault, Pierre Mendès-France, Anthony Eden, Jacques Duclos, l'ancien Waffen SS Christian de la Mazière...) ayant appartenu durant la Seconde Guerre mondiale à l'un et l'autre camp.
Recueillis en Auvergne, mais aussi à travers toute l'Europe, mêlés aux images des actualités vichystes et des archives internationales, leurs propos offrent une vision de la collaboration et de  la résistance qui, au moment où ils furent enregistrés, restaient du domaine du tabou. D'une part parce que, si les vrais résistants étaient bien présents, des collaborateurs et des miliciens s'exprimaient publiquement aussi pour la première fois ; et d'autre part, surtout, parce que cette fresque documentaire d'une exceptionnelle densité humaine évoquait sans fard les lâchetés et les compromissions ordinaires de la majeure partie de la population française. Aussi le film provoqua-t-il à sa sortie en salles, le 5 avril 1971, un véritable séisme dans la conscience nationale. Pour certains, il s'agissait d'un "choc salutaire", pour d'autres d'une ignoble traîtrise. Conçu pour la télévision, il n'y sera finalement diffusé qu'en 1981, douze ans après sa réalisation.

"Ce n'est pas un film politique"
Alors que le film est entré depuis longtemps au panthéon du cinéma, et que la vérité historique qu'il a révélée est depuis longtemps admise, il frappe aussi, plus de quarante ans après sa sortie, par la liberté et la franchise des propos qui s'y déploient, par la complexité humaine qui s'en dégage. À l'opposé du moralisme facile qui s'exprime si volontiers aujourd'hui quand il s'agit de la période, il ne s'agit pas prioritairement de juger, mais de comprendre ce qui s'est joué, intimement et collectivement, pour les dizaines d'individus de tous horizons qui y témoignent. "Les histoires politiques pourraient donc passionner, divertir, faire rire ou pleurer un public au même titre que les histoires d'amour ou d'aventures ? Je le pense. Le chagrin et la pitié est un film essentiellement fondé sur cette obsession... Le plus paradoxal, c'est que ce n'est pas, en premier lieu, un film politique", a résumé Marcel Ophuls (cité dans l'Encyclopédie du cinéma en 1989). L'autre enseignement contemporain de son film a également valeur historique : on mesure grâce à lui combien la perception de cette guerre a radicalement changé. L'ancien officier de la Wehrmacht en poste à Clermont-Ferrand, interrogé pendant le mariage de sa fille, peut ainsi naïvement se féliciter de ses états de service en vitupérant les résistants français, ces "terroristes" qui ne respectaient pas les règles.