Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> Présidence espagnole de l'UE > présidence UE, Espagne, 2009

11/01/10

Un programme ambitieux

À partir du 1er janvier 2010, l’Espagne assurera la présidence tournante du Conseil de l’UE, la première à laquelle va s’appliquer d’emblée le traité de Lisbonne. Cette réforme majeure de l’union est entrée en vigueur le 1er décembre 2009, mais sa mise en œuvre soulève encore de nombreuses questions.

Le Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero a tenu à mettre tout de suite les choses au point : les relations avec Herman Van Rompuy, nouveau président permanent du Conseil européen, ne doivent pas dégénérer en compétition. Au contraire, il a récemment fait part de sa volonté de le soutenir. L’Espagne va servir de pierre de touche dans la nouvelle architecture du pouvoir en Europe et dans son fonctionnement. En effet, la coopération entre le président permanent du Conseil européen, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la présidence tournante du Conseil n’est pas encore éprouvée.

Nous sommes donc en terrain inconnu, et un premier changement visible va se manifester dès le premier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en Europe : ce n’est pas Zapatero, mais Van Rompuy en assurera la présidence. Cependant, il est à prévoir que l’Espagne crée un précédent en cette matière. Zapatero et Van Rompuy sont convenus, dans un « Gentlemen’s Agreement », qu’ils exerceraient conjointement la présidence de sommets auxquels participeraient des pays tiers. Ainsi, le Premier ministre espagnol apparaîtra sans doute aux côtés du président américain Barack Obama lors de la visite de ce dernier à Madrid en mai prochain.

La présidence espagnole du Conseil marque pour la troisième fois le début d’une « troїka » dans le cadre d’un programme de 18 mois sur lequel trois pays se sont concertés. L’Espagne agit de concert avec la Belgique et la Hongrie, les deux pays qui assureront les prochaines présidences du Conseil de l’UE. A la mi-décembre, le ministre espagnol des affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a exposé les quatre points essentiels de l’action que l’Espagne entend mener d’ici à juillet 2010 :

1. Davantage que par le passé, l’UE devra jouer un rôle de « global player ». Pour y parvenir, l’Espagne veut faire avancer l’élargissement de l’UE, en particulier les pourparlers avec la Turquie – les relations hispano-turques sont « excellentes », déclare Miguel Angel Moratinos. L’Espagne soutient aussi la Serbie dans sa marche vers l’Europe et espère que la Croatie pourra adhérer à l’UE au courant du premier semestre 2010. Un autre axe majeur concerne le processus de paix au Proche-Orient. Là encore, l’Espagne souhaite obtenir des avancées concrètes. Toutefois, c’est l’intention espagnole de revoir radicalement les relations avec Cuba qui constitue la principale matière à controverse avec d’autres membres de l’UE. En 1996, l’UE était convenue d’une position commune vis-à-vis de l’île des grandes Antilles. L’Espagne veut désormais mettre fin à cette politique et privilégier les liens économiques par rapport aux droits de l’Homme – au dépit de nombreux Etats est-européens.

2. Le Traité de Lisbonne doit être mis en œuvre. Le plus gros morceau étant sans doute la mise en place du Service européen d’action extérieure, qui devra être défini dans ses grandes lignes d’ici avril. De plus, l’Espagne veut créer un précédent en appliquant la nouvelle règle de l’initiative citoyenne européenne. Aux termes du traité de Lisbonne, il suffit d’un million de signatures pour lancer une initiative citoyenne à l’échelle de l’Europe.

3. Il s’agit pour l’Europe de surmonter rapidement la crise financière. Les moyens d’atteindre cet objectif feront l’objet d’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement en février prochain. L’Espagne exige des engagements plus contraignants pour l’avenir, par exemple pour la résorption de la dette. Il s’agira aussi de clarifier la stratégie économique de l’Europe jusqu’en 2020, laquelle devra être arrêtée lors du sommet en mars prochain.

4. La promotion de l’égalité hommes-femmes est un autre grand chantier. L’Espagne aspire par là à une plus grande proximité citoyenne au sein de l’UE, elle veut en particulier lutter contre la violence conjugale faite aux femmes et vise à cette fin la mise en place d’une directive anti-discrimination.
Enfin, il ne faut pas oublier qu’un rapport sur l’avenir de l’Europe sera remis pendant la présidence espagnole du Conseil de l’UE. Le « groupe de réflexion » présentera ses conclusions lors du troisième sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. Il y a deux ans, ce « groupe des sages » a été chargé par le Conseil européen d’élaborer une vision pour l’Europe entre 2020 et 2030.


de Anja Waltereit

Edité le : 28-12-09
Dernière mise à jour le : 11-01-10