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Etats-Unis: élections 2008

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Etats-Unis: élections 2008

Entretien avec Karl Zéro et Michel Royer - 29/10/08

"Prendre le bison texan par les cornes"

Les auteurs de Dans la peau de Jacques Chirac récidivent en s’attaquant à un sujet énorme : George W. Bush, le toujours président de la première puissance mondiale.

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Pourquoi adapter à George Bush le modèle de l’autobiographie non autorisée ?
Karl Zéro : Le sujet s’imposait : George W Bush est une énigme. Comment est-il possible de diriger pendant huit ans « le plus grand pays à la surface de la terre » et être en même temps considéré par la majorité des habitants de la surface de la terre comme le plus grand idiot… ? Il y a là quelque chose qui tient du mystère absolu, et j’adore essayer de percer à jour les mystères ! La seule façon d’y arriver était de prendre le bison texan par les cornes.
De nous plonger dans la jungle des images d’archives, des biographies, des docus, de nous « américaniser » au maximum, culturellement et politiquement parlant…Mais nous n’imaginions pas que cela serait aussi « tough » !

KARL ZERO
Filmographie
1993- Le Tronc
2006- Dans la Peau de Jacques Chirac avec Michel Royer
2007- Ségo et Sarko sont dans un bateau avec Michel Royer
2008- Starko avec Daisy D'Errata


Dans la peau de George W Bush, c’est l’histoire d’un bon à rien, ex-alcoolique qui se retrouve à la tête de la première puissance mondiale ?
Michel Royer : C’est surtout l’histoire d’un fils à papa de la côte Est qui reçoit en héritage la fortune, l’éducation et les relations. Mais aussi l’impunité en cas d’excès de vitesse sous l’emprise de l’alcool, de délits financiers, et de trouille quand il veut éviter la guerre du Vietnam. Mais il a surtout hérité de son papa de la perspective d’être « Président de la plus grande nation sur la surface de la terre ». Le père de Chirac avait formé son fils pour qu’il devienne, au mieux, patron de Dassault. Chez les Bush, c’était Maître du Monde ou rien, les clés de la Maison Blanche leur ont presque été fournies avec les couches à la maternité.

Karl Zéro, à la sortie de Dans la peau de Jacques Chirac, vous disiez ne pas vous positionner comme le Michael Moore français. C’est pourtant la référence qui vient immédiatement en tête concernant George Bush…
Karl Zéro : Moore a signé un excellent film sur W, mais avec une approche très différente de la nôtre, puisqu’il s’agissait d’une charge résolument anti-Bush, sortie juste avant sa réélection de 2004 dans un but politique: faire changer d’avis les électeurs américains tant qu’il en était encore temps. Notre démarche est toute autre : nous arrivons au terme de ce qui restera comme l’une des présidences états-uniennes les plus pitoyables de l’histoire. C’est l’heure du bilan – globalement jugé catastrophique - mais notre « héros », W, est lui parfaitement fier de son oeuvre !

MICHEL ROYER
Filmographie
1993- Le Tronc
2006- Dans la Peau de Jacques Chirac avec Karl Zéro
2007- Ségo et Sarko sont dans un bateau avec Karl Zéro
2007– Groland Land ou l’épopée d’une « bande de potes déconneurs et malpolitiquement correct »

Le leitmotiv de Jacques Chirac, « plus c’est gros et mieux ça passe », semble parfaitement adapté à Bush …
Michel Royer : Avec W, tout est plus énorme : les enjeux, les intrigues, les arnaques, les numéros d’acteurs sont à l’échelle américaine. Plus énormes que les mensonges de l’administration Bush, tu meurs ! « L’Irak a la possibilité de déclencher une attaque chimique et biologique en moins de 45 minutes », annonçait W l’air inquiet aux journalistes. Et aux membres du Congrès : « L’Irak aide et protège des terroristes, notamment des membres d’Al Qaïda ». Tout était faux, mais le monde a tout gobé.
Karl Zéro : C’est la dimension romanesque de W qui nous fascine, celle qui en fait un pur personnage de cinéma : plus il ment, plus les gens le croient parce que tout le monde pense… qu’il est légèrement attardé ! On ne se méfie jamais d’un benêt, et en jouant au simplet, il est parvenu à ses fins. Il a su admirablement contourner la démocratie américaine, il est parvenu à la vider entièrement de sa substance ! De même, il a su utiliser à fond toutes les ficelles de la religion protestante pour donner à sa lucrative croisade irakienne un vernis apocalyptique : le triomphe du Bien contre le Mal ! Et le plus terrifiant, c’est qu’il y croit.

Du côté de la comédie aussi, on atteint des sommets, avec ce gaffeur né et gagman assumé…
Karl Zéro : A vrai dire, on rit surtout jaune… Il ne faut pas s’attendre à la suite des Ch’tis au Texas, c’est quand même tragique cette histoire. On se dit « Non, ce n’est pas possible…Il ne va pas oser ? » Et si, il ose tout. On comprend, en le voyant grandir et évoluer jusqu’au sommet, que W n’est pas du tout le semi-débile que l’on vanne depuis huit ans : cette faiblesse mentale a été froidement pensée et mise en scène par ses conseillers, Karl Rove en tête, de même que sa politique délirante a été orchestrée par des « durs » : Rumsfeld, Cheney, Horowitz… Des gens pragmatiques, pour qui seul compte le résultat.

Quelle a été l’influence de la langue anglaise sur votre écriture, sur votre humour ?
Karl zéro : Sans vouloir faire de la philologie de comptoir, un peuple se définit par son langage : il exprime sa façon de voir les choses, son rapport au monde. Mon premier jet de la voix off de W était en français. Nous, les Français, sommes un peuple friand de second degré, de distanciation, choses qui ne caractérisent pas toujours les Américains, et surement pas W ! Adapté à la lettre et mis dans la bouche de W, ce texte était vraiment cocasse mais pas très réaliste : on aurait dit que Bush était serbo-croate et qu’il recrachait de l’Audiard mâtiné de Saint-Simon sous ecstasy! Or, le principe de l’autobiographie non-autorisée ne fonctionne que si ce que l’on fait dire à son« héros » sonne réaliste, que sa voix-off est à s’y méprendre, au sens propre comme au sens figuré. Bush, son langage est direct, sans fioritures, à l’image de son univers mental, qui oscille entre les Marvel Comics et les Ecritures…

Quelle est la particularité du « parler Bush » ?
Michel Royer : Bush a créé sa propre langue, faite de Bushisms, de malaproprismes, de lapsus, et d’une tendance assumée pour la dyslexie. Ajoutés à cela un accent texan presque forcé, avec la moitié des mots mâchouillés, des proverbes du terroir et des formules à l’emporte-pièce de cow-boy d’opérette. A propos des auteurs des attentats du 11/09: « We will smoke them out of their holes, we will get them running ». On est loin des nuances florentines d’un Mitterrand !

A l’heure où l’indépendance des media est de plus en plus suspectée, le cinéma est-il devenu le terrain de prédilection de l’analyse politique ?
Karl Zéro : Avec Internet, disons que ce sont en ce moment les deux terrains de prédilection où l’on tolère encore la critique. Mais j’ai bon espoir d’un retour de la liberté de ton à la télé. J’y travaille…inlassablement !

Un « Bushism » préféré pour finir ?
Karl Zéro et Michel Royer : « It takes time to restore chaos ! ». Ça, on peut dire qu’il l’a réussi.

Edité le : 29-08-08
Dernière mise à jour le : 29-10-08