Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> France : élections législatives > Pour gouverner Hollande va devoir réformer

ARTE Journal - 13/06/12

Pour gouverner Hollande va devoir réformer

Parmi les grandes réformes qui attendent le président Hollande, celle de la réduction des coûts de fonctionnement de l'Etat sera un de ses plus grands défis. Il va devoir jouer serré pour répondre à la nécessité de réduire les déficits publics, tout en respectant ses engagements - dont la création de 60 000 postes de fonctionnaires dans l'éducation nationale, et 5000 postes dans la justice, la police et la gendarmerie.

A lire aussi :
Dans son programme, le candidat socialiste avait annoncé l'arrêt de la règle du "non-remplacement d'un fontionnaire sur deux" et la fin de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) lancée par Nicolas Sarkozy pour réformer l'Etat. A la place, François Hollande propose un "Projet de refondation et de modernisation de l'action publique". Dénonçant les "coupes aveugles et comptables" du ministère des Finances du temps de la RGPP, le Parti socialiste avait souhaité que ce soit désormais les ministères eux-mêmes qui estiment les économies à faire dans leur fonctionnement. D'ici le mois de septembre, chaque ministère devra présenter un projet pluriannuel de modernisation et de simplication de ses services.

Une mesure symbolique
François Hollande a voulu faire appliquer son slogan, "le changement, c'est maintenant", dès le premier Conseil des ministres, le 16 mai dernier, en faisant adopter un réduction de 30% des salaires des ministres, ainsi que de celui du président de la République. Mais cette mesure symbolique ne saurait cacher l'immense chantier qui attend le président tout au long de son quinquenat.

Actuellement, les dépenses publiques représentent 57% du PIB et le déficit public de l'Etat est établi à 5,2% du PIB en 2011.

Le gouvernement attend désormais la publication du rapport de la Cour des Comptes sur la situation des finances publiques et la formation de l'Assemblée Nationale pour commencer à exposer dès la fin juin les premiers projets de lois concernant les dépenses publiques et la création de nouvelles recettes.

Session parlementaire extraordinaire
Pour cela, le Parlement devrait être convoqué pour une session extraordinaire au mois de juillet afin de mettre en route les premières réformes. Elles devraient permettre de "redresser le pays dans la justice", selon les termes de l'Agenda du changement, carnet de route du candidat Hollande, publié au mois d'avril. Au programme de cette session : une réforme fiscale, qui devrait entre autres s'attaquer aux niches fiscales, modifier l'impôt sur les sociétés, instaurer une nouvelle tranche d'imposition sur les très hauts revenus et surtout une loi de programmation fixant un retour à l'équilibre budgétaire pour 2017.

Mathilde Bournique pour ARTE Journal

Interview de Pierre Lasry, président de Lowendalmasaï, cabinet de conseil en management des coûts. Ce cabinet conseille des entreprises privées, mais aussi des administrations publiques.

Mathilde Bournique pour ARTE Journal : comment l'Etat et l'administration publique peuvent-ils gagner en productivité ?


Pierre Lasry : A force d'empiler des budgets déficitaires, les uns après les autres, il y a une dette qui augmente. Le poste des intérêts de la dette devient un des principaux postes de dépenses. Il y a un proverbe qui dit "qui paie ses dettes s'enrichit". En l'occurrence, il est évident qu'il faut diminuer les intérêts de la dette et les charges financières, parce que cela représente aujourd'hui le deuxième poste de coût après les dépenses de personnel.
L'Etat a pris conscience du fait qu'il devait absolument réduire ses coûts, réduire ses dépenses, car c'est la seule manière de sortir de l'endettement. Tous les experts, tous les rapports toutes les commissions qui se sont penchés sur la question le disent, cela ne peut pas être uniquement avec une augmentation des recettes. Les experts s'accordent à dirent qu'il faut que ce soit 1/3 recettes, 2/3 dépenses.


Mathilde Bournique : Dans quels domaines des efforts peuvent-ils être faits?


Pierre Lasry : La complexité du code des impôts, par exemple, qui a récemment été pointé du doigt par la Cour des Comptes. Cela représente près de 40 000 pages et chaque année 20% des dispositions sont modifiées. Avec l'alternance qui vient d'avoir lieu, et l'urgence à réformer, on peut s'attendre à ce que cela n'aille pas en s'améliorant. La complexité ne fait que s'accroitre. Et puis le coût d'administration de tout cela est aberrant, il faut quand même se rappeler qu'il y a près de 120 000 fonctionnaires dans la seule administration fiscale.
Les impôts, c'est un exemple, mais il y a aussi la structure. On est dans un pays où il y a beaucoup plus d'élus qu'aux États-Unis. On en a aujourd'hui plus de 900 parlementaires, 577 députés et 348 sénateurs. Aux États-Unis, il y en a un peu plus de 500, avec une population qui est 5 fois supérieure. Il y a trop d'élus, trop d'impôts et de fonctionnaires derrière. Globalement, il y a un énorme travail de simplification, de suppression de couches.

Mathilde Bournique : L'Etat doit-il s'inspirer des méthodes de management du privé ?


Pierre Lasry : Les entreprises n'ont pas le loisir de fonctionner comme l'entreprise France l'a fait ces 30 dernières années. Pour une entreprise, ce n'est pas possible de faire chaque année des pertes et d'augmenter d'autant la dette. Les actionnaires ne vous suivent plus.
Certes, l'Etat n'est pas une entreprise, il a des missions régaliennes. Son objectif n'est pas de gagner fondamentalement de l'argent comme pour une entreprise, mais de remplir correctement un certain nombre de missions régaliennes. On peut discuter de si c'est fait correctement, mais ce qui est sûr, c'est que ça ne peut pas se faire à fonds perdus. Or aujourd'hui l'Etat français fonctionne à fonds perdus.

à voir aussi :









Edité le : 11-06-12
Dernière mise à jour le : 13-06-12