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ARTE Journal - 19/07/12

"Personne ne fait confiance au régime"

Entretien avec Burhan Ghalioun, chef du Conseil national syrien (CNS)


Le cessez-le-feu imposé par le plan de paix ONU-Ligue arabe porté par Kofi Annan est entré en vigueur ce jeudi matin. Pour combien de temps ? Pour l'heure, les troupes et les blindés de l'armée restent déployés dans les principaux fiefs de la contestation.


Burhan Ghalioun, le chef du Conseil national syrien (CNS), principale composante de l'opposition, a lancé un appel à manifester dans tout le pays. Il veut ainsi faire appliquer un autre point essentiel du plan de Kofi Annan qui, en plus du retrait des chars des villes et du cessez-le-feu, stipule le droit de manifester pacifiquement. Il a accepté de répondre aux questions d'ARTE Journal.

Une interview réalisée par Iris Hartl :

Malgré le cessez-le-feu et contrairement à ce qui était prévu par le plan de paix ONU-Ligue arabe, le régime syrien n’a pas retiré ses chars des villes. Ce plan, vous semble-t-il applicable ?
Il y a eu deux violations du cessez-le-feu aujourd'hui, à Deir Ezzor et à Homs. Il n'y a donc pas de respect total du cessez-le-feu de la part du régime et il n'a pas retiré les armes lourdes et les moyens de répression des villes comme le prévoit le plan de Kofi Annan. Le régime a peut être regroupé ses blindés quelque part. Peut-être aussi qu'il les a fait bouger, mais les armes sont toujours là. Donc je pense que c'est une application très limitée du plan de paix. Cela dit, nous espérons aussi que le régime va satisfaire aux demandes de la communauté internationale et qu'il respectera à la lettre l'accord conclu avec Kofi Annan,l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe.




Est-ce que vous avez eu la confirmation qu’il y a eu aujourd’hui une victime, comme les médias l'ont annoncé ?
Je n'ai pas eu la confirmation personnellement, mais cela a été rapporté par les militants sur le terrain. C'est certainement vrai. Personne n'a vraiment confiance en un régime qui n'a fait qu'utiliser la force depuis 13 mois pour rejeter le droit d'un peuple à s'exprimer pacifiquement.




Ce matin, vous appelez les syriens à manifester massivement. Le plan de paix n’interdit il pas à l’opposition de continuer les manifestations ?
Le but du cessez-le-feu c'est de permettre au peuple syrien de manifester pacifiquement. Le plan Annan n'est pas fait pour empêcher le peuple syrien d'exprimer sa volonté de changement. Au contraire, il a été fait pour garantir la lutte pacifique du peuple syrien pour la démocratie. Et le but de l'ensemble du plan Annan, c'est de passer d'un régime à un pays démocratique par des moyens de négociation. Et le premier moyen pour mener cette négociation, c'est de permettre au peuple syrien de s'exprimer librement. C'est pourquoi on a parlé de la nécessité de permettre l'entrée sur le territoire syrien de tous les médias. Il faut aussi que toutes les conditions soient mises en place pour qu'ils puissent travailler librement dans le pays. C'est pour cette raison aussi que le Conseil national syrien a déclaré qu'il s'opposait à l'utilisation des armes. Pour permettre aux gens de dire ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent.




Le régime d’Al-Assad a aussi fixé des conditions : le ministre syrien des Affaires étrangères a ainsi déclaré hier que Damas se réserve « le droit de réagir à toutes les attaques menées par des « groupes terroristes armés contre les civils, les forces gouvernementales ou des biens publics et privés ». Une manière de se dédouaner et de rendre l’opposition responsable en cas d’échec ?
Tout le monde sait qu'il n'y a pas de groupes terroristes dans le pays. Ce qui terrorise les gens, ce sont les armes lourdes et les forces armées dirigées et commandées par les services de renseignement syriens et par le régime. Ils tirent sur la population et sur les villes. C'est à eux de cesser le feu. On leur demande de cesser le feu. Il y a certainement des armes entre les mains des révolutionnaires, surtout les déserteurs de l'armée qui ont refusé d'obéir aux ordres leur demandant de tuer des citoyens. Les déserteurs (ndlr de l'Armée syrienne libre) ne mènent aucune guerre, aucune guerre. Ce qu'ils font, c'est se défendre contre les attaques des forces de sécurité. Et donc automatiquement s'il n'y a pas d'attaques de la part des forces du régime, il n'y aura pas d'utilisation des armes de l'autre côté, du côté des révolutionnaires. Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne les pertes humaines, la responsabilité incombe au régime. C'est le cas aujourd'hui, comme c'était le cas avant.




L’émissaire de la Ligue arabe et de l’ONU, Kofi Annan, prévoit dans les premières étapes de son plan de paix qu’un dialogue soit établi entre le régime et les différents groupes de l’opposition. Cela vous semble-t-il possible ?
C'est possible si le régime respecte vraiment tous ses engagements, retire l'armée des villes comme cela a été prévu par le plan de paix. Il n'y a pas de compromis là dessus. C'est la même chose pour les forces de sécurité qui mènent la répression. On ne peut pas remplacer les troupes de l'armée par des forces de police qui tuent et qui assassinent en cachette et qui arrêtent des jeunes pour les empêcher de manifester leur volonté de changement. Il faut aussi, comme c'est prévu par le plan de paix, que tous les organismes humanitaires internationaux puissent travailler pour aider le peuple syrien sinistré à faire face à la situation difficile dans laquelle il se trouve aujourd'hui. Et il faut aussi que la communauté internationale apporte des garanties pour que le régime ne revienne pas sur sa parole à n'importe quel moment, lorsqu'il se trouve dans une mauvaise situation. Et sur ce point, il n'y a pas encore de garanties. Qu'est-ce-qui garantit que demain il y aura toujours un cessez-le-feu et que les armes ne resteront pas dans les rues ? Qu'est ce qui nous garantit que demain le même criminel, le président-criminel, ne donnera pas l'ordre à ces gens là de tirer sur les populations ? Il n'y a aucune garantie.




Quelle est la solution ? Qu’est-ce la communauté internationale peut faire pour obtenir ce genre de garanties ?
Il faut apporter des garanties, dire clairement à al-Assad que s'il n'accepte pas des changements par des moyens pacifiques, il n'y aura certainement pas d'autres alternatives. C'est à dire que toutes les parties doivent désormais accepter de débuter des négociations pour transférer le pouvoir à un gouvernement élu qui représentera vraiment le peuple. Si le régime utilise des moyens indirects pour empêcher ces gens de s'exprimer et de dire leur volonté, il faut que la communauté internationale menace d'intervenir d'une autre manière pour aider ce peuple à obtenir ses droits les plus naturels.




L'opposition est-elle prête à accepter que le président syrien Bachar al-Assad reste au pouvoir, ne serait-ce que dans un premier temps, au nom de la paix, comme le prévoit le plan Annan ?
C'est le sens de l'histoire, c'est le sens de la révolution, c'est le sens même du plan Annan. Annan dit, que le but de ce plan de paix est de mener le pays vers un gouvernement démocratique.




Revenons-en à l’opposition syrienne qui reste malgré tout très divisée. Vous semble-t-elle capable de parler d’une seule voix pour mieux s’imposer sur le plan diplomatique ?
Aucune opposition au monde n'est unifiée au sein d'une même coalition, du même cadre. Et l'opposition syrienne, dans une telle conjoncture, est vraiment unifiée, sur le plan du programme politique. Tout le monde souhaite aujourd'hui le départ de ce régime et l'instauration d'un régime démocratique à sa place. La vision de l'opposition syrienne est unifiée, et celle du peuple syrien, même dans son ensemble, est unifiée. Mais rien n'empêche toute l'opposition de se mettre d'accord sur une seule forme d'organisation. Cela dit, il doit y avoir une coordination et celle-ci existe déjà. Au sein même du Conseil national syrien, il y a une restructuration afin qu'il puisse intégrer tous les éléments de l'opposition qui sont sur la même ligne politique.




Au début de la révolte vous refusiez que l’opposition soit armée. Quelle est votre position désormais ?
Il n'y a aucune garantie pour que le régime et ceux qui ont commandé les tueries respectent leurs engagements. Il faudrait qu'il y ait une force qui protège la population et qui garantisse le droit du peuple syrien à être protégé contre les criminels. Je pense que c'est normal. On n'a pas demandé au régime syrien de se désarmer, alors que c'est vraiment lui qui a fait de l'assassinat et des massacres une politique en Syrie. Donc, on ne peut pas demander à l'opposition de se désarmer totalement alors qu'il n'y a aucune garantie dans l'autre camp.



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Edité le : 12-04-12
Dernière mise à jour le : 19-07-12