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Personne ne bouge !

Le magazine culturel ludique et décalé concocté par Collin, Mauduit et Bonnaud. Tous les dimanches à 17h45. Bonus web dont le fameux "Fil rouge"...

> Interview Philippe Collin

06/01/12

Personne ne bouge ! - Interview Philippe Collin

Tous les dimanches à 17h45


Ils sont à l’antenne mais on ne les voit pas ! Philippe Collin, Xavier Mauduit et Frédéric Bonnaud se cachent en voix off derrière des films hollywoodiens qu’ils détournent. Un magazine culturel ludique et décalé que décrypte ici Philippe Collin.


Le désir de faire de la télé vous taraude depuis longtemps ?
Philippe Collin : Oui. Ces dernières années, avec Xavier Mauduit, nous avons eu des propositions, mais nous les avons déclinées car elles ne nous convenaient pas. Il fallait nous montrer en plateau et nous n’en avions pas envie. Si nous faisons de la radio, c’est parce que c’est un média qui joue sur une part de mystère. Nous y sommes très attachés. Nous avons pensé que la télé pouvait aussi nous offrir cela.

Aviez-vous déjà eu des expériences à la télé auparavant ?
Frédéric Bonnaud participe à des émissions de plateau sur France 2 et sur Canal +. Moi, j’ai collaboré au Grand journal de Canal +. Mais cette fois, nous allons produire le programme de bout en bout. Nous partons donc un peu de zéro, avec une certaine naïveté. On découvre les contraintes de la télévision, ses difficultés, mais aussi ses plaisirs et ses moyens. Nous voulons créer une émission différente. Je le dis sans prétention.

Qu’avez-vous concocté ?
La première idée part du plaisir que nous éprouvons à travailler ensemble et que nous voulons partager avec les téléspectateurs. La seconde, toujours en lien avec le plaisir, consiste à essayer de créer un moment de télévision qui s’apparente à un spectacle. Notre émission va raconter une histoire par le biais du détournement de la bande sonore d’un film hollywoodien. Mauduit et moi allons doubler les comédiens pour créer notre propre histoire en jouant sur les anachronismes. Ce fil rouge servira à articuler le magazine composé de nombreux sujets amenés par Frédéric Bonnaud, le narrateur en voix off.

Quel est le premier film détourné ?
La chose d’un autre monde de Howard Hawks. Ce film appartient au catalogue de la RKO, qui contient Citizen Kane et King Kong, et avec laquelle nous avons un accord, ce qui est exceptionnel. La RKO nous a donné l’autorisation de détourner les films. En télévision, c’est rarissime ! D’ordinaire, on ne peut utiliser que sept secondes sans toucher à l’image et au son. Là, nous avons le droit à dix minutes par semaine qu’on détourne et qu’on découpe comme on veut.

Quels sont les autres sujets développés ?
On a des rubriques courtes, déjantées et drôles : "Un air de déjà vu", sorte de zapping de l’actualité mise en perspective avec le passé, "Dress code" sur la mode, une sur les nouveaux talents, une autre qui s’intitule "ça n’engage que moi", avec par exemple Frédéric Beigbeder parlant de littérature de manière un peu tête à claques. On a aussi des entretiens avec une personnalité dans un cadre original : Robert Redford durant le tournage de son prochain film à Vancouver, le rappeur Akhenaton dans sa voiture, en balade à Marseille. Dans "Story", on raconte l’histoire d’un succès, mais de manière un peu subjective. On a aussi envie de proposer des sujets un peu absurdes comme la déconstruction de promotion par les artistes eux-mêmes. L’idée est de montrer à quel point un discours télévisuel promotionnel est totalement construit et la manière dont il peut, à l’inverse, être totalement déconstruit.

L’humour est-il primordial pour vous ?
Oui, même si nous ne sommes pas des humoristes. Nous sommes davantage dans le registre du sourire, de la malice et de la complicité avec les téléspectateurs. Nous parlons de choses sérieuses avec légèreté, en adoptant un ton espiègle et décalé, avec une écriture ludique. Je pense qu’il n’y a rien de plus efficace pour faire passer les choses que nous aimons.

Avec une certaine prise de position qui vous tient à cœur…
Exactement. Nous voulons défendre une certaine vision du monde. Il y a presque une dimension… – le mot est fort, alors je ne le dis pas, je le murmure –, il y a presque une dimension politique. Mauduit et moi venons de milieux modestes. Nous avons eu la chance de suivre des études universitaires. Nous avons appris qu’il est très facile d’utiliser des mots compliqués pour dire des choses simples et de confisquer le savoir, de mettre plein de gens de côté. Sans que cela soit un sacerdoce ou un prêche, nous essayons de partager ce que nous avons pu apprendre et ce en quoi nous croyons. Nous le faisons avec complicité, générosité et si en plus on peut se marrer, ce n’est pas plus mal !

Propos recueillis par Laure Naimski

Edité le : 19-12-11
Dernière mise à jour le : 06-01-12