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Mang'Actu - 19/04/05

Octobre 2004

Fête d’Halloween oblige, ce mois-ci, Mang’Arte se drape de noir et se veut romantique et passionné avec une sélection de mangas hantés par l’amour et…la mort ! Du grandiloquent Hino, à la noirceur de MW, en passant par la mélancolie sourde de Nananan ou l’hédonisme de Kuroda, découvrez ces œuvres dérangeantes ou indolentes, limpides ou torturées, reflets multiples d’un art sans cesse mouvant, à l’image du père spirituel du manga, Tezuka.


Serpent Rouge
Hino (Hideshi)
IMHO / 9 €


Coincé dans une demeure labyrinthique entre un frère sadique, une sœur aimant les vers, une grand-mère se prenant pour une poule et un grand-père monstrueux, un jeune garçon aux yeux exorbités et aux pupilles dilatées rêve de découvrir la Chambre close cachée derrière un miroir. Mais gare à la malédiction…


A l’inverse de l’horreur psychanalytique d’un Suehiro Maruo ou de la symbolique horrifique d’un Junji Ito, l’œuvre de Hideshi Hino joue sur une peur pulsionnelle d’apparence sauvage et primitive. S’ingéniant à repousser les limites du bon goût, il aligne les scènes chocs avec la roublardise d’un gamin frondeur et perfide s’amusant à faire souffrir les insectes. Vaste entreprise de démolition où tout l’arsenal du gore est convoqué, de l’étripage au charcutage en passant par la mutilation et autres énucléations, Serpent Rouge procède par l’accumulation dépeignant un monde où toutes les valeurs seraient inversées. De là, l’image maléfique du miroir, reflet déformant d’un monde altéré où le narrateur-lecteur (audacieux) n’en finit plus de errer...


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Panorama de l’Enfer
Hino (Hideshi)
IMHO / 9 €


Un peintre fasciné par le sang nous raconte l’atavisme maudit qui le pousse à peindre des horreurs préludes à la réalisation de son ultime chef-d’œuvre, le « Panorama de l’Enfer », vision effroyable de la fin du monde.


Le petit théâtre de Hino n’est que sang, démence et fureur. A mesure que s’enchaînent les visions cauchemardesques et morbides, on devine le plaisir malicieux de Hino à titiller le voyeurisme de son public qui se demande jusqu’où l’horreur va s’arrêter. Lire Hino est sans conteste une épreuve, voire une expérience que les contempteurs du manga auront tôt fait de dénoncer comme de la violence gratuite. Conclusion hâtive et superficielle, tant son œuvre plus proche du grand guignol et du cartoon répond à un besoin cathartique viscéral, celui d’évacuer dans un cadre fictionnel, quasi-burlesque, le traumatisme d’Hiroshima dont l’auteur a constaté les ravages dans le Japon d’après-guerre. Un panorama de l’enfer cette fois-ci bien réel.


Blue
Nananan (Kiriko)
Casterman, coll. Sakka/ 9.95€


Dans un lycée de filles, Kirishima, une élève en terminale, découvre son attirance pour sa camarade Endô.

Premier manga traduit en français de la jeune Kiriko Nananan, Blue relate avec une étonnante subtilité l’éveil au sentiment amoureux d’une jeune fille et la difficulté d’aimer à deux. Tissant un récit mélancolique et cotonneux, la mangaka donne à son histoire l’illusion d’un rêve où tout est suggestion, non-dits, silence et temps suspendu. Les personnages d’une grâce élégiaque baignent dans des décors épurés à l’extrême confinant presque à l’abstraction, où chaque trait, chaque dessin est porteur de sens et de sensation. Dans ce monde minimal miniature circonscrit à l’univers lycéen (cafétéria, lycée, logement familial), Nananan restitue avec pudeur et retenu la relation ambiguë des deux protagonistes dont l’éloignement final symbolise le difficile passage à l’âge adulte. Et quelque part la fin de l’illusion romantique pour l’adolescente devenue jeune femme, Kirishima.




Un été andalou et autres aubergines
Kuroda (Iô)
Casterman, coll. Sakka / 9,95€


Chroniques autour de la vie de différents personnages dont Takama, dit « prof » un modeste exploitant d’aubergines bousculé dans son paisible quotidien par deux fugueurs.

Derrière un titre quelque peu mystérieux, ce premier volume de nouvelles nous convie à faire connaissance avec une multitude de personnages dont le point commun est, par delà l’âge, la personnalité, le milieu social, le pays, de manger…des aubergines. Artifice original que Kuroda exploite à fond et qui sert de liant à différentes histoires placées sous le sceau de la tendresse et de la bonhomie. D’un trait spontané, il n’a pas son pareil pour croquer la hargne du cycliste à gagner une étape du Tour d’Andalousie, que la découverte de l’amour à l’aube de l’adolescence. Entre fuite et contemplation, ses personnages ont en commun d’être tous à la recherche de leur propre bonheur. Une quête universelle qui joue évidemment beaucoup dans l’empathie que l’on éprouve à la lecture de ce recueil lumineux, revigorant par la joie de la vivre qui s’en dégage.




MW
(série terminée en 3 tomes)
Tezuka (Osamu)
Tonkam / 5€



Contaminé quinze ans auparavant par le MW, un gaz mortel qui lui a enlevé tout sens moral, Yuki est devenu un être déshumanisé résolu à détruire la société.

Sous des abords de thriller fantastique anodin, MW est sans conteste l’une des œuvres les plus troublantes du Dieu du Manga et sans conteste l’une des plus noires. Créée entre 1976 et 78, ce triptyque draine l’image d’un Japon corrompu soumis à une oligarchie manipulée à coups de dollars pour taire le scandale du MW, produit mis au point par les Américains dans un contexte de Guerre Froide et de guerre du Vietnam. Face aux collusions politico-financières, au népotisme et au stupre, son « héros », qui rappelle tant par la forme (goût du travestissement) que par l’esprit manipulateur, Fantômas, est moins un redresseur de torts, qu’un cynique séducteur et démoniaque. Une figure omnipotente, que vient contrebalancer le personnage de Garai, le prêtre homosexuel perdu entre conscience morale, vœux religieux et sentiments amoureux pour Yuki. Avec un peu d’imagination, rien n’interdit d’ailleurs de voir dans leur relation, une allégorie des rapports ambigus du Japon et des Etats-Unis depuis la fin de la guerre... Du très grand Tezuka.




Osamu Tezuka Biographie 1928-1945 (tome 1)
Tezuka Productions
Casterman, coll. Ecritures /12,75€


La jeunesse de Osamu Tezuka ou comment un enfant doué pour le dessin et curieux de tout est devenu à force de travail et d’abnégation, le « Dieu du Manga ».

Peut-on rêver plus belle consécration pour celui qui a consacré sa vie au manga et à l’animation? Voici son destin relaté en bande dessinée signé par son propre studio. Hommage déférent à cette carrière fulgurante, le ton est parfois compassé voire démonstratif, mais garde suffisamment de saveur pour séduire le lecteur. Dans ce premier volume, on découvre les années de formation du jeune Tezuka qui s’avéreront capitales dans la constitution de son œuvre future. De la découverte des cartoons et daily-strips américains, en passant par sa passion pour l’entomologie, l’astronomie ou le théâtre, cette période heureuse et studieuse conclue par le traumatisme de la guerre, ouvre des pistes pour mieux appréhender cette œuvre colossale et protéiforme placée sous le signe de l’humanisme. On y touche du doigt l’essence du génie de Tezuka, mais sans en percer l'insondable mystère.


Nicolas Trespallé, octobre 2004
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Edité le : 28-10-04
Dernière mise à jour le : 19-04-05