Taille du texte: + -
Accueil > Monde > ARTE Journal

ARTE Journal

Le journal de l'actualité européenne

> France : élections législatives > Interview : "Vers plus d'intégration européenne"

ARTE Journal - 12/06/12

"Nous devons faire un pas vers plus d'intégration européenne"

Sven Giegold est député au Parlement européen pour les Verts allemands. Il est aussi membre de la commission des affaires économiques et monétaires. ARTE Journal l'a interrogé sur les répercussions des élections législatives d'hier au niveau européen. Il pense que François Hollande a beaucoup à faire pour remettre la France sur les rails.

Alexander Wolkers pour ARTE Journal : D'après les résultats du premier tour des élections législatives, la gauche obtiendra certainement la majorité à l'Assemblée nationale. Qu'est-ce que cela signifie pour l'Europe ?
Sven Giegold : De mon point de vue, c'est une bonne nouvelle car la cohabitation, nous l'avons vu du temps de Mitterand, ne laisse pas de marge de manoeuvre suffisante pour agir, et la France en a besoin pour sortir de la crise

Aujourd'hui, beaucoup de dossiers sont sur la table, il va bientôt y avoir un sommet à Bruxelles. Qu'attendez-vous maintenant de la France, au lendemain de ce premier tour des législatives ?
Sven Giegold : Cela dépend beaucoup de la majorité qu'obtiendra le PS dans l'assemblée à l'issue du deuxième tour. Vont-ils obtenir la majorité absolue ou vont-ils devoir s'entendre avec les Verts ? Ce n'est pas encore fixé. Mais dans tous les cas, cela veut dire que Hollande a pris l'avantage pour discuter avec Merkel d'un changement de politique face à la crise. A cela, ajoutons que s'il est nécessaire de changer la politique allemande et européenne de crise telle qu'elle a été menée du temps de la "Merkozy", Hollande va aussi devoir mener les réformes nécessaires en France pour retrouver de la compétitivité.

Quelles sont ces réformes ?
Sven Giegold : Tout d'abord, les réformes européennes bien sûr. Nous ne pouvons pas vivre dans une union monétaire et faire comme s'il suffisait de molles mesures strucurelles de solidarité. Pour le moment on a endossé une importante part de responsabilité pour les banques et les États mais on n'a pas pris de mesures concrètes pour remettre les régions sur les rails. Nous devons travailler à un refinancement commun des Etats et nous devons aussi enfin prendre des mesures décisives dans le domaine de la fiscalité, à commencer par la taxe sur les transactions financières, mais même au delà il faut aussi fermer les paradis fiscaux, et imposer un seuil minimum d'imposition. Bref nous devons faire un vrai pas vers plus d'intégration européenne. Cela suppose bien sûr que les Etats membres de l'UE soient aussi d'accord pour se laisser contrôler car être responsable ensemble ou payer la note ensemble ne peut se justifier que si les décisions et les responsabilités sont aussi partagées.


Hollande est plus à même d'aller vers plus d'intégration que ne l'était Sarkozy ?
Sven Giegold : Oui, c'est certain, et il l'a toujours dit ouvertement. Il avait aussi clairement inscrit des projets européens dans son projet, là àù je suis plus sceptique c'est s'il est en mesure de changer la France comme il le faudrait. La compétitivité française n'est pas assez forte, pas uniquement parce que l'Allemagne consomme trop peu mais aussi à cause de son manque d'action. Donc la France doit prendre des mesures pour s'adapter.


Dans quels domaines faudrait-il agir ?
Sven Giegold : Je pense que la France aurait beaucoup à gagner d'un "green new deal", cela veut dire en faisant de gros investissements dans des branches d'avenir écologiques. Pour cela, il faut mettre en place les règles appropriées. La France devrait en finir avec cette théorie selon laquelle l'énergie et les matières premières sont disponibles à foison. La France caresse toujours le rêve que grâce à l'énergie atomique elle n'a pas à se poser la question. De mon point de vue a beaucoup à offrir dans le domaine énergétique. Elle possède énormément de grandes entreprises qui auraient beaucoup à gagner si le pays était prêt à changer de cap vers plus d'écologie.


La position d'Angela Merkel a déjà évolué, notamment au sujet des eurobonds qui ne sont plus totalement exclus pour elle. Y-a-til une chance que le couple franco-allemand soit à nouveau un moteur pour l'Europe.
Sven Giegold : Je crois qu'il y a un double effet. Tout d'abord la crise va empirer. Et dans ce contexte, on commence à réflechir à des réformes nécessaires et importantes que jusque là la chancelière avait toujours repoussé. Il y a deux raisons à cela : le changement de président en France mais aussi la résistance de l'opposition allemande, qui a posé des conditions pour l'approbation du pacte fiscal en Allemagne. Sans correction substantielle dans la politique de crise, le pacte fiscal ne servira à rien et on ne doit pas l'approuver.


Peut-on, à l'issue du prochain sommet européen à Bruxelles espérer de grandes décisions et le retour du couple franco-allemand ?
Sven Giegold : Mon sentiment, c'est que les Français n'ont pas encore déposé toutes leurs cartes. Donc les négociations avec le gouvernement allemand ne sont pas aussi détaillées qu'on pourrait l'espérer. S'il y a des grands avancées, ce sera surtout dans la forme une question de point de vue ou de titres dans les journaux. Le diable se niche dans les détails, et il devrait se passer plus de choses après l'été.


Edité le : 11-06-12
Dernière mise à jour le : 12-06-12