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Cycle Philippe Noiret - 02/08/07

Noiret, « un grand seigneur »

De l’ours, il pouvait avoir l’aspect débonnaire ou le côté dangereux. Avec sa silhouette de géant, sa voix grave et sa dégaine hédoniste de « grand seigneur » selon les mots de Jean Rochefort à son enterrement, Philippe Noiret a marqué le cinéma français du XXème siècle d’une empreinte indélébile. Inséparable dans l’imaginaire populaire de certains de ses acolytes et compères acteurs : Michel Piccoli, Jean-Claude Brialy, Jean Rochefort ou Jean-Pierre Marielle, il a joué dans plus de cent quarante films en plus de cinquante ans de carrière à l’écran.

Mais cela ne doit pas faire oublier son premier amour d’acteur : le théâtre, un art qu’il n’abandonnera jamais. Car, si ce cancre revendiqué a raté trois fois son baccalauréat, il n’en a pas moins trouvé sa voie en faisant ses débuts sur scène en 1950 aux côtés d’une légende, Gérard Philippe, et sous la direction de Roger Blin. De 1953 à 1960, il fait partie de la troupe du TNP et joue plus de quarante rôles sous la direction de Jean Vilar. C’est sur ces planches prestigieuses qu’il rencontre la femme de sa vie, l’actrice Monique Chaumette, qu’il épouse en 1962 pour le meilleur et pour le meilleur, jusqu’à ce que la mort les sépare. Deux ans auparavant, il connaît son premier grand succès de cinéma grâce à «Zazie dans le métro» de Louis Malle où il joue avec bonheur l’oncle Gabriel. Il passe ensuite à un personnage radicalement différent, obscur et malveillant dans le «Thérèse Desqueyroux» de Georges Franju en 1962 et quatre ans plus tard, devient pour la première fois châtelain (ce ne sera pas la dernière fois tant son physique évoque Rabelais !) dans « La vie de Château » de Rappeneau. Mais le vrai déclic se déclenche en 1968, pendant que la France est secouée par ses étudiants, avec «Alexandre le bienheureux» d’Yves Robert, une ode à la paresse dionysiaque dans l’air du temps, où il incarne un paysan contemplatif et rêveur, un peu hippie : en bref un film très en accord avec le slogan «sous les pavés la plage» ! Mais cette fois, Noiret est une vraie star.

Ce qui ne veut pas dire qu’il se limite aux projets faciles : l’homme n’a pas peur du cinéma d’auteur, subversif et risqué. Dans les années 60, il joue dans les films de William Klein «Mr Freedom» et «Qui êtes-vous Polly Magoo ?» ou dans «Les Côtelettes» honnies de Bertrand Blier en 2003. C’est sans doute son rôle dans «La Grande bouffe» (1973) de Marco Ferreri qui fait la plus scandale. Il tourne d’ailleurs encore avec ce réalisateur iconoclaste un an plus tard dans «Touche pas à la femme blanche ». Car Philippe Noiret a aussi fait une carrière exceptionnelle en Italie. Du «Désert des Tartares» de Valerio Zurlini, aux «Trois frères et Oublier Palerme» de Francesco Rosi, en passant par «La Famille» d'Ettore Scola ou «Les Lunettes d'or» de Guillermo Montaldo où il joue un docteur homosexuel qui souffre de persécution sous le fascisme, il a tourné avec les plus grands. C’est d’ailleurs de l’Italie que lui viendra la reconnaissance internationale : en 1988, «Cinema Paradiso» de Giuseppe Tornatore où il est Alfredo, un vieux projectionniste qui prend sous son aile un petit garçon cinéphile qui précède «Le facteur» de Michael Radford en 1994 où il incarne le poète chilien en exil Pablo Neruda.

Mais, dans les années 70, sa gloire est encore tricolore et il porte haut les couleurs d’un cinéma acéré, exigeant, qui explore la face sombre de la psyché humaine. En 1974, il rencontre Bertrand Tavernier et l’aide à produire un de ses premiers films, «L'Horloger de Saint-Paul». Leur entente sur le plateau se transforme en une grande amitié (Noiret fut témoin au mariage de Tavernier). Ils tournent ensemble neuf films parmi lesquels «Que la fête commence» en 1975, «le Juge et l'Assassin» en 1976, «Coup de torchon» en 1981, ou encore «La Vie et rien d'autre» en 1990 (second César du meilleur acteur pour Noiret).
Son interprétation de Julien Dandieu, un chirurgien qui venge la mort de sa femme, de sa fille et du massacre de tout un village aux dernières heures de la deuxième Guerre Mondiale dans «Le Vieux Fusil» de Robert Enrico, lui vaut un premier César en 1976. Plus – injustement – méconnu, «Un taxi Mauve» d’Yves Boisset en 1977 l’oppose dans un sublime face à face avec Charlotte Rampling, pour une histoire d’amour-haine empoisonné : un film noir hanté par les paysages hallucinants du Connemara.

Au-delà de tous ces films, la personnalité de Philippe Noiret a aussi beaucoup joué dans cet amour que lui porte les Français encore aujourd’hui, un an après sa mort en novembre 2006. Cette personnalité trouve un écho assez fort dans quelques-uns de ces plus beaux rôles : un amoureux fou de la campagne, des chiens et des chevaux, un bon vivant cigare aux lèvres, incarnant l’élégance du gentilhomme idéal et un art de vivre presque disparu.

Delphine Valloire

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La filmographie de Philippe Noiret

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Le Cycle Philippe NOIRET sur ARTE :

LA GRANDE BOUFFE
Jeudi 12/07/2007 à 20:45
Lundi 23/07/2007 00:30:18
L'HORLOGER DE SAINT-PAUL
Jeudi 19/07/2007 à 20:45
Vendredi 20/07/2007 à 03:00
Lundi 30/07/2007 à 00:30
QUE LA FETE COMMENCE
Jeudi 26/07/2007 à 20:45:00
Vendredi 27/07/2007 à 03:00:00
Lundi 30/07/2007 à 14:56:00
Lundi 06/08/2007 à 00:19
COUP DE TORCHON
Jeudi 02/08/2007 à 20:45
Lundi 13/08/2007 à 23:55
Mardi 21/08/2007 à 14:45

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Edité le : 09-07-07
Dernière mise à jour le : 02-08-07