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Vendredi 18 juin à 15.10 - 14/06/04

MuVi Award Oberhausen 2004

Un film de : Olaf Karnik
 
A l’occasion de son 50e anniversaire, le Festival du court-métrage d’Oberhausen propose cette année une rétrospective des meilleurs films en compétition ces dernières décennies.
 
Coup de projecteur sur le Prix MuVi qui récompense le meilleur clip vidéo allemand : créé en 1999, il est la seule distinction de ce type au monde. Un jury, dont la composition varie d’une année sur l’autre, récompense les clips les plus aboutis et originaux d’Allemagne, parmi ceux présélectionnés à Oberhausen. Cinéaste et critique cinématographique, Olaf Karnik nous présente les œuvres les plus intéressantes en compétition pour le Prix MuVi 2004.
 
Les vidéomusiques nominées pour le Prix MuVi se démarquent par une esthétique à contre-courant des grandes tendances du moment. Le noir et blanc y est à l’honneur : le gris et les couleurs en demi-teinte dominent. L’action ou la parole interrompent fréquemment la musique ; l’influence des arts plastiques et du cinéma est omniprésente ; souvent, ces œuvres transcendent le carcan rigide des clips vidéos. Seule une minorité d’entre elles passeront sur les chaînes musicales, qui donnent la priorité aux corps dévêtus et aux guitares phalliques.
 
Pour la production d’un clip vidéo, on se contente généralement de coller des images sur de la musique. Thomas Köner a, lui, une toute autre approche. Grâce à sa double casquette de producteur musical et de réalisateur, il entremêle souvent les deux niveaux. Des routes et chemins recouverts de glace ou de neige se fondent insensiblement les uns dans les autres pour former la cartographie d’un paysage qui évoque un voyage immobile. Le froid devient audible, palpable. Avec ses 12 minutes, « Banlieue du vide » est l’une des plus longues vidéomusiques en compétition pour le Prix MuVi.
 
Le clip vidéo « Working Girl » de Corine Stübi baigne dans une blancheur innocente, et pourtant l’atmosphère y est glauque. Le vidéogramme égrène les principaux rôles de la femme moderne : consommatrice de culture, secrétaire, gogo danseuse, chanteuse de pop, coiffeuse, enseignante, mère, médecin, femme de ménage, bouchère, masturbatrice, infirmière. Une succession de gestes automatisés et d’actions mécanisées, une galerie sous forme de bloc de glace. Un film qui pourrait passer pour la suite d’« Identification d’une femme » d’Antonioni, en plus pervers.
 
Le duo Georg Graw et Ursula Böckler de Cologne, plus connu sous le nom de Graw Böckler, a déjà remporté le Prix MuVi pour la vidéomusique « Why » qu’ils ont signée pour Donna Regina. Leur dernier clip « Mugen Kyuukou (How To Believe In Jesus) » compte également parmi les temps forts de l’édition 2004 du festival. La balade électronique de Tujiko Noriko est littéralement transcendée par la mise en images, différents effets spéciaux tournent en dérision une statue illuminée de Jésus. Pour reprendre Hegel, la beauté est l’apparence d’une idée.
 
Les vidéomusiques en compétition pour le Prix MuVi ne font pas toutes voler en éclat les règles esthétiques et formelles du genre. C’est ce que montrent les clips somme toute assez conventionnels des Ärzte ou des Chicks On Speed, qui allient divertissement et textes intelligents. Autre exemple : la satire de Norbert Heitker sur les shows télévisés allemands en noir et blanc des années 60, qui est même passée sur des chaînes musicales allemandes… morne plaine.
 
« Très peu pour moi » diront certains à l’instar des Ärzte, dont les clips sortent presque toujours de l’ordinaire. Dans la même veine, « Wordy Rappinghood » des Chicks On Speed revient sur des moments forts de l’histoire de la pop : costumes bricolés portant des messages de l’ère New Wave et extrait du célèbre film musical « Don’t look back » de D.A. Pennebakers de 1967, où Bob Dylan effeuille des affiches couvertes de paroles de chansons. La réalisatrice Deborah Schamoni met en scène avec maestria la tendance des Chicks On Speed à la pléthore de symboles et de citations.
 
Avec une durée de près de 10 minutes, le clip « Die Zeit heilt alle Wunder » (les miracles comme les blessures guérissent avec le temps) de Cornelia Cornelsen et Florian Giefer joue lui aussi les prolongations. A première vue, on pourrait croire qu’il s’agit du portrait d’un couple de retraités berlinois, avec en arrière-plan une chanson du groupe Wir sind Helden. Or les textes et la musique donnent le ton aux acteurs et structurent le déroulement des différentes séquences : les retraités chantent et dansent sur la musique, réagissent aux paroles de la chanson. Et, contrairement au caractère mélancolique de la musique, le scénario est plein de vie et d’espoir : les protagonistes plaisantent, s’aiment, s’affairent, posent devant la caméra, réfléchissent, dépassent les bornes ; bref, mettent de la pop dans leur quotidien.

Edité le : 23-04-04
Dernière mise à jour le : 14-06-04