De Yukio Mishima
(1965, Japon, 40 mn)
Avec Yukio Mishima
Un DVD des Editions Montparnasse accompagné d’un livret et d’un recueil de nouvellesSynopsis : Après une tentative de rébellion mise en échec au sein de l’armée et pour laquelle les responsables, ses proches, vont être punis, un officier désigné pour exécuter la sentence préfère se donner la mort plutôt que de bafouer une amitié. Il rentre chez lui, retrouve son épouse et prépare avec soin le rituel du Seppuku.
Critique : Tant de rumeurs ont circulé sur ce film, le seul réalisé par Yukio Mishima. Par le fait d’une obstruction émanant de la famille de l’écrivain japonais, il était interdit à la diffusion et généralement dévoilé clandestinement dans les festivals ou cinémathèques, sous l’appellation un peu cavalière de « film surprise ». Ce moyen métrage n’est pas le gadget auquel celle-ci pourrait renvoyer. Sans se révéler pour autant un chef-d’œuvre, il poursuit sous la forme du cinéma et tout en restant à part une œuvre pétrie de contradictions et de malentendus parfois délibérés, puisqu’il est adapté d’une nouvelle de l’écrivain. De Cocteau à Robbe-Grillet en passant par Genêt, le film d’écrivain est il est vrai un non genre, tant il regroupe des expériences qui se révèlent théoriques tout comme elles déjouent bon nombre des interprétations formulées à leur sujet.
Après avoir harangué des militaires lors d’une prise d’otage en 1970 et appelé à la rébellion nationaliste, pour être finalement rabroué par ceux dont il approuvait la conduite et espérait le soutien, Mishima a préféré se suicider en pratiquant le rituel du Seppuku. Prémonitoire par trop d’aspects, « Yûkoku », brièvement montré en France sous le titre « Rites d’amour et de mort » et qui s’inspire d’une autre tentative de coup d’état survenue au Japon en 1936 pour renforcer le pouvoir de l’armée, a été relégué aux oubliettes. Tourné d’une manière elle-même un peu clandestine, mais très rigoureuse, ce film sans parole bénéficie d’un générique et d’intertitres calligraphiés en sept langues par Mishima. Le dépouillement hérité du Nô et la stylisation poussée, notamment au niveau des éclairages et des surimpressions, renverraient plutôt, s’il fallait absolument jouer le jeu des alliances, à des films japonais qui lui sont contemporains, « Double suicide à Amijima » de Masahiro Shinoda (1969), proche de Syberberg, ou « Eros + Massacre » de Kiju Yoshida (1968). Traversée aussi bien par la lame du sabre que par les extraits sonores de « Tristan et Isolde » de Wagner, c’est effectivement une expérience unique au sein d’une œuvre littéraire hantée par l’absence des convictions et la mort spirituelle au Japon.
Les Bonus : Aux côtés d’un recueil de nouvelles aux éditions Folio, qui contient notamment « Patriotisme », et d’un livret très fouillé consacré au film, les bonus proposent un interview télévisé réalisé par le journaliste français Jean-Claude Courdy, qui surprend Mishima au lit, à exposer ses pectoraux (aujourd’hui, nous pouvons profiter d’un autre écrivain bodybuildé, Chuck Palahniuk, l’auteur de « Fight Club » et « Choke »). Mishima parle français, et malgré son charisme ravageur, livre des propos édifiants en confessant : « Je ne pense pas que le prix de la vie soit très grand, mais j’ai peur de mourir. Je voudrais mourir d’une mort tranquille ». Il estime également qu’un révolutionnaire devrait toujours agir sous le signe de la tradition. Peut-être préparait-il là sa propre postérité.
Julien Welter