(USA, 2004, 2h20)
Avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman…
Synopsis : Frankie Dunn (Clint Eastwood) n’est pas du genre bavard. Entraîneur de boxe, il passe ses journées à coacher de jeunes recrues, qu’il protège trop et qui finissent le plus souvent par prendre un autre manager. Rejetée par sa fille et gérant sa salle d’entraînement en compagnie de Scrap (Morgan Freeman), un ancien boxeur qui a perdu un œil lors d’un match au sujet duquel il s’est toujours dit qu’il aurait pu l’arrêter avant le drame, Frankie vit dans le remord, jusqu’à pêcher par excès de prudence. Cette mentalité de retraité et le souvenir de sa fille sont bousculés par l’arrivée de Maggie (Hilary Swank), qui n’a que la boxe dans sa vie, et qui est prête à tout pour que Frankie la prenne en charge…
Critique : Quand Maggie, incarnée par la batailleuse et carrée Hilary Swank, place à nouveau la figure féminine au centre du cinéma de Clint Eastwood, elle établie également un relais avec une impressionnante série de personnages cabossés ou atypiques, qui parcourent la filmographie du réalisateur : une italienne perdue dans l’Amérique profonde (Meryl Streep dans « Sur la route de Madison »), une gangster libidineuse (Sonia Braga dans « La relève »), une tueuse en série se vengeant d’un viol (sa propre épouse à l’époque, Sondra Locke, dans « Sudden Impact »), ou encore une fan psychopathe (Evelyn Draper dans « Un frisson dans la nuit »)… Si Eastwood a toujours interprété des rôles dont la complexité pouvait être amplifiée par l’économie de son jeu, le regard qu’il porte sur la femme américaine s’est très souvent drapé d’une étrangeté inquiétante ou d’une marginalité ostensible. Ce caractère mémorable ou équivoque du personnage féminin permet d’orienter un récit comme celui de « Million Dollar Baby » au-delà du simple mélodrame, afin de le porter vers une singularité que le cinéaste a d’ailleurs toujours recherché. Ce nouveau film ne se focalise donc pas sur la boxe. Il s’avère plutôt une nouvelle variation sur cette Amérique qui, de la captation de l’ambiance d’une vieille salle de boxe fonctionnant au ralenti à l’intrusion d’une championne de boxe impitoyable (ancienne prostituée berlinoise transmuée en incarnation du mal absolu et rival de Maggie), revendique son désir de ne pas se fondre dans les canons de la réussite à l’américaine, tout en éprouvant un classicisme stylistique qui a fait la renommée de son auteur.
A ce titre, il faut signaler la présence judicieuse de la voix-off tout au long du film. Loin d’une utilisation académique revendiquant la filiation du conte, elle correspond aux ruminations de Scrab, le compère de Frankie, lui aussi éprouvé par la vie. Grâce à cette récitation, les zones d’ombres du récit sont évoquées quand, dans le même temps, l’acteur-réalisateur peut continuer de se délecter à jouer cette figure taciturne, qui « préfère ne pas » et dont Frankie est un avatar supplémentaire et marquant. Autrement dit, « Million Dollar Baby » constitue une réussite particulièrement féconde du système Eastwood.
Julien Welter
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Million Dollar Baby
De Clint Eastwood
(USA, 2004, 2h20)
Avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman…
Sortie du 23 mars 2005






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