(USA, 2004, 1h40)
Avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Will Ferrell...
Synopsis : A New York, au cours d’un dîner, deux dramaturges, l’un tourné vers la comédie, l’autre vers une vision plus tragique des évènements, se remettent en question. Le dénominateur commun est un personnage fictif, Melinda, qu’ils imaginent tous deux faire irruption chez un couple aisé, pour s’incruster dans leur vie de couple, suscitant au passage la tentation de l’infidélité. Melinda va révéler l’érosion de leurs sentiments et leur difficulté à communiquer. Pour le premier des écrivains, c’est le prétexte à un basculement dans le drame, tandis que pour l’autre, les éléments de la comédie sont tous réunis. Mais pour Woody Allen, qui confie le rôle de la demoiselle à la même actrice (Radha Mitchell), ce pourrait bien être les deux…Critique : Rarement abordés en termes de mise en scène (hormis quelques œuvres indépendantes, à la touche justement un peu forcée, comme « Intérieurs » ou « Ombres et Brouillard »), les films de Woody Allen s’appréhendent plus communément en fonction de leur drôlerie et de l’emprunte que sont susceptibles de laisser leurs personnages, qu’il s’agisse de celui, extrêmement familier et populaire, d’Allen lui-même, ou d’autres particulièrement bien forgés, comme Annie Hall incarnée par Diane Keaton. « Melinda et Melinda » constitue à ce titre un double défi, puisque le personnage principal, bien que multiplié par deux, est celui d’une blonde à côté de ses souliers sans être pour autant très extravagante, et que, derrière le voile inconséquent d’une énième comédie de moeurs new-yorkaise, c’est la mise en scène, appliquée à entremêler les deux récits (le versant comique de l’intrusion de Melinda et celui, plus dramatique, interprété par d’autres comédiens) qui se doit, par ce caractère enchevêtré, de démontrer l’originalité du projet.
Il apparaît une fois encore que l’élégance du cinéma de Woody Allen consiste justement à ne pas rouler des mécaniques, quand le chevauchement et l’imbrication des deux récits ne confèrent absolument pas à un système détaillant avec ostentation ses automatismes, mais emprunte des chemins inattendus, où le caractère commun de la plupart des personnages se révèle être ce qu’ils possèdent de plus précieux et de plus émouvant, tout en demeurant bien entendu éminemment « allenien ». Ces derniers temps, le cinéaste a connu quelques notables revers des fortunes (en particulier avec le remarquable « Anything Else », injustement ignoré). La retenue de « Melinda et Melinda », loin de s’apparenter à la demi-mesure d’un auteur moins sûr de ses effets, témoigne de la finesse sans cesse renouvelée dont il sait faire preuve.
Julien Welter
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Melinda et Melinda
De Woody Allen
(USA, 2004, 1h40)
Avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Will Ferrell...
Sortie du 12 janvier 2005
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