Avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé, Danny Glover, Jeremy Davies, Mam Lauren Bacall, Chloë Sevigny
Compétition Cannes 2005
Synopsis : Fille d'un gangster blanc américain très influent, Grace prend fait et cause pour d'anciens esclaves noirs qui vivent à Manderlay, une petite ville de l'Alabama. Désireuse de leur apprendre à faire bon usage de leur liberté fraîchement acquise, elle tente de leur imposer les principes de base de la démocratie. Mais Grace oublie de se demander si ses protégés ont envie de tous ces chambardements. Très vite, Grace est confrontée à un dilemme moral, et s'enfonce de plus en plus dans des situations complexes dont elle a bien du mal à se sortir.
L'interview avec Lars Von Trier
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Critique : Le réalisateur danois Lars von Trier s'est érigé en spécialiste de l'histoire des États-Unis. Il voit même là sa mission. « Manderlay » est le deuxième volet d'une trilogie entamée avec « Dogville ». Dans les années vingt, Grace quittait Dogville, profondément déçue, en disant : « S'il y a de par le monde une ville sans laquelle le monde irait un peu mieux, c'est bien celle-là ». Mais à ce moment-là, elle ne savait pas encore que dans les années trente, elle se retrouverait à Manderlay, une petite ville des Rocheuses où elle allait vivre une expérience tout aussi traumatisante…
Comme dans « Dogville », Lars von Trier réduit les décors au strict minimum, comme cela se fait souvent au théâtre. Les acteurs tournent en intérieurs, les maisons sont juste esquissées par des lignes sur le sol, et les accessoires sont rares. La voix off de John Hurt raconte de quoi il retourne.
Ce long film de plus de deux heures entend surtout secouer le public américain : « Il est de mon devoir de provoquer », affirme le cinéaste danois, qui ajoute : « si une provocation suscite une réaction forte, c'est qu'elle contient une part de vérité ». Pendant la conférence de presse, il n'a pas hésité à qualifier l'actuel président américain de « asshole », en précisant que ce n'est pas une insulte, car l'Amérique « is shitting on the world ».
« Manderlay » doit se passer de grande star, car Nicole Kidmann qui incarnait Grace dans « Dogville » s'est décommandée. Le rôle principal est donc interprété par la très jeune actrice Bryce Dallas Howard, qui y met plus de naïveté. Malgré tout, elle tient fort bien son rôle sur presque toute la ligne. Pour écrire le scénario du film, Lars von Trier s'est inspiré de «L'Opéra de Quat'Sous » de Bertolt Brecht.
« Manderlay » n'est pas un film facile à regarder, ne serait-ce que par ses décors minimalistes et les costumes aux teintes terreuses. Le film renonce aussi à tout accompagnement musical. Mais le plus lassant, c'est l'attitude de donneur de leçons de Lars von Trier, une certaine morgue qui suinte en permanence tout au long du film. Bref, au bout de 130 longues minutes, la musique du générique final arrive comme une délivrance : c'est « Young Americans » de David Bowie, qui rythmait déjà le générique de fin dans « Dogville ». Nous voyons défiler une succession de clichés très impressionnants du photographe Jacob Holt : des membres du Ku Klux Klan, Martin Luther King, des soldats US au Viet-nam, des enfants noirs, etc.
Nous aurons le temps de respirer un peu avant que Lars von Trier ne livre le dernier volet (« Washington ») de sa trilogie USA, car selon ses propres dires, le cinéaste ne se sent pas encore « assez mûr ».
Nana A.T. Rebhan
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Manderlay
De Lars von Trier
(USA, Danemark, 2004, 144 min.)
Avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé, Danny Glover, Jeremy Davies, Mam Lauren Bacall, Chloë Sevigny Sortie du 9 novembre 2005






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Une histoire américaine
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