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360°- GÉO

La collection s’intéresse aux hommes et aux femmes hors du commun, qu’ils fassent un travail passionnant ou aient une vie quotidienne qui sort des sentiers battus.

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12 novembre 2005 à 21.35 : 360° - Le reportage Géo - 27/10/05

Making of

Les « mecaniqueros » – Impossible n’est pas havanais

Est-il vrai qu’à la Havane, rien n’est impossible ?

De prime abord, la réalité ne semble pas confirmer cette observation. En effet, le quotidien est synonyme de lutte permanente. Ici, on manque de tout : le savon, le dentifrice et l’huile de table sont des produits de luxe. Mais Cuba ne serait pas Cuba si les problèmes restaient sans solutions. Les Cubains sont passés maîtres dans l’art de l’improvisation. C’est précisément le sujet de notre film sur les « mecaniqueros » Ariél, César et Tommy. Ces trois Havanais sont de vrais spécialistes quand il s’agit d’utiliser des « mecánicas », c’est-à-dire des combines. Ils parviennent à dénicher des objets qui sont habituellement introuvables. L’appartement d’Ariél, reconverti en bureau aux possibilités insoupçonnées, sert de centrale d’information. Comme à Cuba, les commérages sont en quelque sorte une spécificité nationale – il suffit que trois Cubains ou plus se retrouvent, et c’est parti pour des potins – les « mecaniqueros » tirent profit de ces informations pour mener rondement leurs affaires : ils connaissent les sources d’approvisionnement non officielles et ils ont plein d’idées débouchant sur des créneaux commerciaux.

En revanche, cette volubilité pose quelques soucis si l’on veut tourner un reportage : les Cubains discutent beaucoup, ils parlent tous en même temps et, par principe, ils abordent plusieurs histoires à la fois – mais aucune n’est vraiment menée à son terme. Les problèmes trouvent souvent leur solution des jours, des semaines, voire des mois plus tard, alors que l’équipe de tournage a déjà quitté le pays... Heureusement, nous avons eu la chance de voir les trois compères à l’œuvre sur quelques « mecánicas ». Mais nous aussi, nous avons dû recourir au système D. Citons quelques « mecánicas » indispensables à Cuba :

Comment faire sortir les protagonistes du film de la prison où ils ont atterri à cause de leurs contacts indésirables avec des étrangers ?

Comment récupérer un sac à dos qui contient une partie de notre équipement et se trouve dans la prison où est détenu un « mecaniquero » ? En effet, celui-ci, voulant seulement nous venir en aide, a mis le sac sur son dos et a été alors accusé de vol.

Comment tourner dans une salle à manger transformée en restaurant alors que l’eau et l’électricité sont coupés depuis plusieurs jours ? (C’est très simple, on va emprunter de l’eau aux voisins dans des bouteilles en plastique ; quant à l’électricité, on n’en a pas vraiment besoin.)

Comment continuer de tourner quand tous les protagonistes interrompent leur activité pour regarder un de ces célèbres feuilletons télévisés, les « telenovelas » ? (En revanche, si on décide de filmer une « telenovela » pour montrer la place de choix qu’elle occupe sur la chaîne d’Etat censurée, on peut être sûr que des discours du président Fidel Castro seront retransmis à ce moment précis ou qu’il y aura une panne de courant.)

Mieux vaut éviter de jouer au super « mecaniquero » et ne pas s’en remettre en toutes circonstances aux « solutions cubaines ». Il ne faut pas croire qu’un groupe de personnes conviées à une fête sera à l’heure au rendez-vous s’il prend le bus. Car il arrivera ce qui arrive toujours à Cuba : le bus (qui roule encore après les horaires officiels, grâce au système D) tombe en panne. Un autre bus affrété sous le manteau vient le remplacer plus de trois heures plus tard. Mais le soleil est déjà couché.

Pourtant, nous avons pu gérer quasiment toutes les situations à l’aide de nos « mecaniqueros ». Parfois, nous étions abasourdis devant la franchise d’Ariél, César et Tommy, qui nous révélaient leurs sources d’approvisionnement et ouvraient la porte sur leur univers très fermé. Ces Cubains ne sont plus les enfants de la Révolution, ils appartiennent à une génération influencée par le tourisme et imprégnée des valeurs occidentales. Ils sont ballottés entre leurs rêves d’un épanouissement personnel et les possibilités restreintes que leur offre le régime étriqué. Nous percevions souvent à quel point les barrières et les frustrations étaient grandes.

Surtout pour César, un jeune danseur doué qui a réussi sur toutes les scènes de cette petite île des Caraïbes et ne parvient pourtant pas à vivre de son art. Tommy est le seul des trois à ne pas rêver de vivre, au moins pour un temps, à l’étranger. Il s’est bien acclimaté à la Havane et il a trouvé là le grand amour, ce qui lui fait un peu oublier que sa famille lui manque. Quant à Ariel, il nous a tous étonnés par son énergie et son esprit d'innovation inépuisables. Il a toujours une solution en réserve. Ensemble, ces trois-là forment une équipe imbattable. En fin de compte, il s’avère que tout ou presque est possible à la Havane : dans un pays qui souffre de la pénurie des denrées de première nécessité, les mecaniqueros trouvent toujours des solutions grâce à leur débrouillardise et leur inventivité.

Edité le : 27-10-05
Dernière mise à jour le : 27-10-05


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