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Tête de l'art - 03/05/12

Lowbrow Art - Pied de nez à l'art contemporain

Un reportage de France Swimberge et Sophie Peyrard

Affreux, sales et méchants, les francs-tireurs du lowbrow art n'aiment pas les compliments. De l'art sans prise de tête.

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Gary Baseman


À 52 ans, Gary Baseman n'a toujours pas lâché sa boîte de crayons de couleur.

D'abord illustrateur, puis créateur d'une série pour Disney, le Californien s'est converti au lowbrow art. Aussi à l'aise dans le toy art que sur toile, Gary réalise des œuvres qui ne demandent pas de décodeur.

Mais attention à ces créatures aux allures de doudous, car elles ont l'esprit mal placé.





Le lowbrow art trouve ses racines dans la culture rock'n'roll californienne. Dès le milieu des fifties, les hot rods, littéralement les "pistons brûlants", envahissent les déserts de l'Ouest américain.
 
Ces vieilles voitures aux moteurs gonflés, dépouillées pour la vitesse, accompagnent le rock naissant dans sa "fureur de vivre".
 
Parmi ces pionniers, Ed Roth est le plus excentrique. Durant toutes les années soixante, il fabrique des carrosseries en polyester aux formes de plus en plus délirantes.
 
Grâce aux phantasmes à quatre roues d'Ed Roth, aujourd'hui pièces de musées, les hot rods passent dans l'ère psychédélique sous le regard bienveillant de sa mascotte, le terrifiant Rat Pfink.

Au milieu des années 80, cette sous-culture inspire les artistes provocateurs du lowbrow art, souvent issus du punk.
 
Le lowbrow, "bas du front" en VF, est un pied de nez à l'art bourgeois et intello qui squatte les galeries.

Avec Gary Baseman, le lowbrow art rajeunit et s'infiltre au pays des tout petits.
 
Ses créatures qui semblent tout droit sortie d'une bonbonnière reviennent de loin. Né d'un père électricien et d'une mère vendeuse dans une boulangerie, Gary a failli mal tourner.

"J’ai grandi en étant le plus gentil des garçons juifs, je ne ratais jamais l’école, je travaillais vraiment dur, je faisais tout pour bien me comporter à l’école et avoir toujours mes examens, je n’enfreignais pas les règles… J’étais un enfant qui était opprimé dans sa propre vie à cause de mes parents. À partir de là, j’ai grandi comme un adulte, je vivais comme on me l'avait inculqué et puis j’ai regardé autour de moi et je me suis dit : "c’est ça ma vie ? Est-ce que je vis vraiment comme ça ?", et là, j’ai décidé de briser les chaînes." Gary Baseman


Clayton Brothers


Depuis 1986, la galerie La Luz de Jesus est la plaque tournante du lowbrow art. En octobre dernier, elle invitait sur Hollywood Boulevard Gary Baseman, Robert Williams et une centaine d'artistes pour fêter ses 25 ans.
 
Leur point commun : s'être fait des ampoules à force de feuilleter les comics. Fans de skate, de tatouage ou de poster rock, les snipers du lowbrow sortent du maquis. Quant aux Clayton Brothers, ils ont réalisé le casse du siècle.





"Il y avait cette urgence de vouloir du nouveau, à l'époque il y avait comme une oppression des politiques, quelque chose qui empêchait les gens de progresser, d’être libre, c’est ça qui a poussé nos amis et nous-mêmes à nous libérer, avec le punk, la musique ou le skate, on s'est sentis de nouveau vivants." Christian Clayton

Face à la déferlante lowbrow, le Musée d'Art Contemporain de Californie prend le train en marche. Il y a huit mois, il ouvre ses portes à Christian et Rob Clayton pour leur première rétrospective. L'occasion pour les frangins d'exposer leurs peintures réalisées à l'huile et à la bombe, ou cette installation, en hommage à leur lavomatic préféré.
 
"On est programmé pour penser que ce qui est sale et marron est mauvais. Et nous, on dit plutôt que c’est bien, il y a toujours quelque chose de bon à récupérer chez quelqu’un, même s’il est sale. On ne peut pas s’en débarrasser comme ça, alors autant le sauver !" Christian Clayton

Les Clayton brothers grandissent dans le Colorado avant de migrer à Pasadena, au nord de Los Angeles, où ils décrochent leur diplôme en design industriel.
 
En 1996, les deux frères se mettent à travailler à quatre mains et composent leurs premières œuvres sur le mode du cadavre exquis.
 

Mark Gleason


C'est dans un décor digne de "Desperate Housewives" que se tapit l'un des plus étranges spécimens du lowbrow art.

Mark Gleason n'est pas une femme au foyer déprimée mais c'est tout comme. Sous ses airs de voisin tranquille, ce maniaque du détail peint pendant des heures des tableaux hyper réalistes et fantastiques à la fois.

Prof aux Beaux Arts de San Francisco, Mark prend son pied à troubler son public. Réalistes et inquiétants à la fois, ses tableaux mettent en scène des enfants en drôle de compagnie.

"J’ai toujours pensé que les personnages de mes peintures devaient faire quelque chose avant d'être quelqu’un. Dans la peinture avec la petite fille et le lapin, je lui ai mis des ciseaux dans les mains d’une part pour jouer la provocation et être légèrement choquant, mais aussi à cause de la forme de son corps. Les ciseaux vont dans un sens et la forme du lapin va dans l’autre sens, c’est comme si elle était le reflet de l’animal. Pour moi, c’est comme une blague, elle a les ciseaux, il a les poils. Je trouve toujours de l'humour là où d’autres trouvent ça dérangeant." Mark Gleason

En pervertissant le classicisme, Mark a gagné son ticket d'entrée dans le monde malfamé du lowbrow art.


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vendredi, 4 mai 2012 à 01:30
Pas de rediffusion
(France, 2012, 54mn)
ARTE F

Edité le : 25-04-12
Dernière mise à jour le : 03-05-12