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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

16/11/07

Lolita et ses ombres dans le roman de Nabokov

Par Sanja Zec


ANNABEL

« Une autre l’a-t-elle précédée ? Oui, tout à fait. Peut-être n’y aurait-il pas eu de Lolita si je n’avais pas aimé pendant un été une certaine femme enfant ».
L’histoire d‘Annabel Lee, première nymphette convoitée par Humbert, s’inspire en grande partie du poème éponyme d‘Edgar Allen Poe. Nabokov ne se contente pas de reprendre le prénom de la jeune amante, mais parsème son texte de citations marquantes du poème, qui transparaît comme un fil d’Ariane dans « Lolita ».
Ces filles qui portent le même nom connaîtront le même destin : toutes deux meurent jeunes, et laissent derrière elles un amoureux jeune qui jure de leur rester éternellement fidèle. Humbert assume cette promesse en affirmant avec constance qu’un désir non assouvi dans son enfance est à l’origine de toutes ses préférences et penchants sexuels.
Vingt-cinq ans après, la « fiancée morte » renaît avec Lolita : « C’était la même enfant, les mêmes épaules fragiles et dorées, le même dos souple et doux, la même chevelure châtain ».
L’image d’Annabel Lee s’estompe rapidement dans l’esprit d’Humbert, et Lolita devient l’objet du désir séducteur, une jeune « Carmen ».


CARMEN

« Lolita » présente des ressemblances avec « Carmen » de Prosper Mérimée, et pas seulement dans la structure narrative : dans les deux ouvrages, le narrateur est d’abord un scientifique, tandis que le récit de l’intérieur est raconté par un personnage condamné à mort. Toutefois, le fait que la chanson favorite de Lolita, « Little Carmen », se fasse entendre en fond sonore dans l’une des scènes clés du roman, l’après-midi où elle se retrouve seule à la maison pour la première fois avec Humbert, augure du destin des deux personnages. Lolita, tout comme Carmen, se
révélera être une amoureuse effrontée et capricieuse, et leurs liaisons secrètes plongeront les amants des deux filles dans une folle jalousie, qui aura des conséquences mortelles pour tous.


JUSTINE

On établira moins facilement le parallèle entre Lolita et « Justine ». Dans l’œuvre éponyme du Marquis de Sade, la protagoniste a le droit de s’exprimer, contrairement à Lolita. Le lecteur n’apprend pas grand chose sur sa vie intérieure, et tout ce qu’on peut découvrir d’elle est filtré par la perception qu’en a Humbert. On peut toutefois supposer que Lolita présente des parallèles avec Justine, et ce au plus tard lors de sa rencontre avec le sadiste Quilty, qui l’exploite pour satisfaire ses perversions. L’impuissance de l’orpheline de père et de mère est utilisée (sur le plan sexuel) jusqu'à ce
qu'elle s’enfuit. Mais quand elle peut enfin entamer une nouvelle vie en nouant une relation avec un homme « normal », elle meurt brutalement et précocement.
C’est ainsi que Lolita passe d’Annabel Lee, incarnation aboutie d’un désir sexuel poétique, à Carmen, qui incarne le rêve devenu réalité. Pourtant, à la fin, elle est la victime Justine, privée à la fois d’enfance et d’avenir.

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Edité le : 15-11-07
Dernière mise à jour le : 16-11-07