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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

16/11/07

Lolita: une adolescente prénommée Dolores

Par Julia Dombrowski


Femme-enfant séductrice, nymphette attirant le malheur : depuis sa première apparition dans la littérature, l’héroïne Lolita a généralement été cantonnée à ce rôle. A juste titre ou pas ? Est-elle réellement cette garce précoce qui a fait du prénom Lolita le synonyme de la (trop grande) précocité ? Ou n’est-elle pas finalement qu’une adolescente tout à fait normale, qui commence à l’âge de douze ans environ à se rendre compte de l’effet qu’elle produit ?

Les garçons du même âge sont ennuyeux, car ce n’est que plus tard qu’ils atteindront leur maturité sexuelle; ils s’intéressent aux voitures télécommandées, aux concours de rots, ils essayent de pisser le plus loin possible, et leur puberté ne se manifeste que par des éruptions de boutons, ils sont encore des enfants alors que les filles du même âge sont déjà des êtres sexués. Les premiers dont les filles s’entichent sont donc des hommes adultes : une star, le professeur d’histoire, l’entraîneur du club sportif – ou encore, pour Lolita, le nouveau compagnon de sa mère. Les femmes qui ont atteint la maturité sexuelle séduisent : ce sont des diablesses, des femmes fatales et des putains. Les adolescentes, en revanche, s’entichent. Il est assez probable que leur cœur enfantin sera brisé pendant ce processus, car l’adulte pour lequel elles ont le béguin fixe très rapidement les limites, sur lesquelles bute alors l’enfant. Ceci est de la responsabilité de l’adulte, parce qu’il est adulte et que l’adolescente ne l’est pas. Il s’ensuit un chagrin d’amour d’un côté, mais de l’autre, l’ordre du monde (amoureux) est maintenu.


Aucune limite n’est fixée à la petite Dolores Haze. Celui dont elle s’est entichée n’en est pas capable, car pédophile. Lolita commet une erreur fatale en croyant qu’elle pourra parfaire son expérience du sexe adolescent avec Humbert. Les enfants devraient pouvoir se tromper, mais les adultes ont une responsabilité.
Le film “Lolita” d’Adrian Lyne, tourné en 1997, escamote le reproche qu’on pourrait lui faire de s’adresser d’abord à des pédophiles, car montrant un enfant actif sexuellement, en pratiquant ce que l’on pourrait presque qualifier de double morale : le réalisateur n’a pas hésité à tourner certaines scènes du film qui auraient laissé apparaître une trop grande surface de peau de l’actrice Dominique Swain, alors âgée de quinze ans, en employant une doublure de dix-neuf ans. Le film n’a peut-être ainsi rien à se reprocher sur le plan juridique, mais le doute moral subsiste : le recours à une doublure produit l’illusion que l’actrice de quinze ans est dénudée. On peut établir la comparaison avec le tournage d’un film comme “Lolita”, qui donne l’illusion qu’un homme adulte a des relations sexuelles avec une enfant. La discussion reprend au début : quel est l’effet de telles illusions sur le spectateur pédophile ?
Il est difficilement concevable que la littérature mondiale produise une œuvre reprenant le thème de Lolita en inversant les sexes. Il est à peine envisageable qu’une femme mûre éprouve une passion érotique
pour un garçon pré-pubère. Qu’est-ce qu’un corps de garçon peut offrir à une femme mûre sur le plan sexuel ? Dans les constellations littéraires qui mettent en scène des femmes mûres et des hommes plus jeunes, l’homme, bien que réduit à l’état d’objet, est toujours à un âge post-pubère : on citera en exemple l’amant de Marguerite Duras dans le film “L’amour” ou “Madame Beate et son fils” d'Arthur Schnitzler : l’élément masculin d’un couple inégal n’est jamais à la merci de la femme en raison de son âge tendre. Il est fort peu probable que les choses changent.


La fille-monstre

Par Ann-Katrin Fernandez

Le récit de Michael Wetzel intitulé « Mignon » distingue trois types de femmes-enfants : la « fille divine » des mythes, qui fixe l’instant entre l’enfance et les fiançailles tout en excluant la phase de la maturité qui transforme la fille en une femme, la « fille phallus » où l’érotisme s’applique aussi bien à un sexe qu’à l’autre et où l’ambiguïté sexuelle joue un grand rôle, les filles sont des êtres androgynes passant d’un sexe à l’autre, et pour finir, la « fille-monstre ».

Dans le roman de Nabokov intitulé « Lolita », l’héroïne, qui semble au début d’une naïveté angélique, se transforme par la suite, après l’acte sexuel, en un monstre féminin comparable à l’araignée appelée veuve noire, qui dévore son partenaire après l’accouplement. Ce type de femme-enfant est désigné par le vocable femme-enfant sans merci.
La fascination exercée par cette fille-monstre réside dans son côté rebelle propre à l’enfance. Le comportement impétueux et fougueux est tout à fait caractéristique des filles androgynes, qui apparaissent déjà dans les livres d’enfants comme des petites pestes (comme par exemple Fifi Brindacier).

La transformation de Lolita en une fille-monstre commence après qu’Humbert eut été séduit par sa « nymphette » sans la moindre « pudeur » et qu’il éprouve des remords. Lolita joue habilement de sa condition d’orpheline solitaire et sans toit.
C’est aussi là que réside le côté monstrueux de la jeune fille. Elle insulte Humbert en le traitant de « monstre répugnant » et l’accuse de viol. Elle le culpabilise en se posant comme victime d’un vieil homme avide de relations physiques.
Humbert se voit obligé d’acheter le silence de sa « fille-monstre ». Il la distrait en lui proposant des voyages agréables et la maintient dans de bonnes dispositions en ayant de petites attentions pour elle.

Humbert décrit de bout en bout les petites cruautés de sa Lolita, qui, bientôt, « se détourne de lui en feignant la répulsion ». Le seul moyen d’arriver à ses fins semble être la corruption par l’argent : « Consciente du charme et du pouvoir de sa douce bouche, elle réussit – pendant une année scolaire – à obtenir jusqu’à trois ou quatre dollars pour certaines complaisances ». Là réside le pouvoir particulier de la « fille-monstre » qu’est Lolita: elle connaît les désirs érotiques et sexuels d’Humbert, mais décide seule de ceux qu’elle satisfera. Lolita se montre parfaitement froide et insensible; l’envie, le désir et les pulsions n'ont aucune emprise sur elle : « le sceptre de ma vie a été manié de façon si énergique et si matérielle par ma petite Lolita que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un instrument insensible déconnecté de moi ».

Lolita fait du chantage à Humbert pour obtenir ce qu’elle veut : elle adore les sucreries, les promenades à bicyclette et le théâtre. L’érotisme de la femme-enfant se retrouve associé à des plaisirs et à des besoins purement enfantins. C’est précisément parce qu’elle a des exigences d’enfant que Lolita exerce un pouvoir, car ses désirs n’ont pas de connotation érotique. Elle est monstrueuse lorsqu’elle fait languir son « Papi ».

Lolita finit par se tourner vers un autre homme, ce qui provoque chez Humbert une jalousie qui se transformera ensuite en fureur et en paranoïa. Des années plus tard, ces sentiments l’amèneront à abattre son ancien rival. Ce n’est que lorsqu’il a définitivement perdu Lolita qu’il constate : “Ce qui m’obsédait réellement, ce n’était pas elle mais ma propre création, c’était une autre, une Lolita imaginaire, peut-être plus réelle que la vraie”.

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Edité le : 15-11-07
Dernière mise à jour le : 16-11-07