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Hollywood et le Pentagone

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Hollywood et le Pentagone

28/08/08

Liaisons dangereuses

HOLLYWOOD-PENTAGONE : HISTOIRE D’UNE EXPLOITATION MUTUELLE

Le couple Hollywood-Pentagone est pratiquement né en même temps que le cinéma. Très tôt les forces armées américaines comprirent l’intérêt de coopérer avec « l’usine à rêves ». Soutenir la production de films de guerre leur permettait de soigner leur image auprès du public et de favoriser par là même leur politique de recrutement. L’armée de terre collabora, par exemple, au tournage de l’un des monuments du cinéma muet, Naissance d’une Nation (The birth of a Nation) de D.W. Griffith (1915). Durant l’entre-deux-guerres la coopération s’intensifie. Ainsi, l’armée de l’air s’investit corps et âme dans le tournage du monumental Wings (Ailes) de William Wellman (1927), film qui ouvre la voie au cinéma de “preparedness” (des longs métrages réalisés durant les années 30 et 40, exaltant l’héroïsme des combattants américains, dont le but premier était de préparer l’opinion publique à une nouvelle entrée en guerre). L’Amérique, qui jusqu’ici s’était montrée invincible sur grand écran, sera vite rattrapée par la réalité. Le 7 décembre 1941 l’aviation japonaise détruit une grande partie de sa flotte basée à Pearl Harbor.


DES ANNEES 40 AUX ANNEES 60 - HOLLYWOOD EN GUERRE 

En 1942 le Président Roosevelt convoque à la Maison Blanche les plus prestigieux réalisateurs d’Hollywood, tels John Ford ou encore Frank Capra, pour qu’ils contribuent à l’effort de guerre. De nombreux cinéastes participeront activement à la « mobilisation psychologique » du pays. Ainsi Frank Capra assure la direction des services cinématographiques de l’armée et supervise Pourquoi nous combattons (Why we fight), une série célébrant l’idéal démocratique défendu par les Alliés. John Ford part couvrir la Guerre du Pacifique, George Stevens filme l’avancée des troupes américaines en Europe. Le Ministère de la Guerre installe même un bureau de liaison à Hollywood. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale s’achève, la coopération ne cesse pas pour autant. Hollywood continue jusqu’aux années 60 à produire des films patriotiques, des œuvres célébrant l’héroïsme des combattants et idéalisant la guerre. Voir, par exemple, la superproduction Le Jour le plus long (The Longest day) qui bénéficia de la totale coopération des forces armées. Certes, il existe quelques voix dissonantes, des cinéastes tels que Samuel Fuller, Robert Aldrich offrent une vision plus réaliste, voir critique, des combats, mais ils sont extrêmement minoritaires. La Guerre du Vietnam va radicalement changer la donne.


LA GUERRE DU VIETNAM - LE DIVORCE


A la fin des années 60, l’engagement américain au Vietnam est de plus en plus critiqué par la population. Face à cette absence de consensus, Hollywood s’abstient totalement de filmer le conflit, à une exception notable près : le très réactionnaire Les Bérets verts (The Green berets) réalisé par John Wayne (1968), qui bénéficia d’une coopération totale des forces armées. Au fur et à mesure que l’Amérique s’englue dans le bourbier vietnamien, Hollywood se montre de plus en plus réticente à filmer la guerre. Après Patton de Franklin J. Schaffner (l’un des derniers films de cette période à recevoir une aide du Pentagone) ou encore le très virulent Mash de Robert Altman, tous deux réalisés en 1970, le genre disparaît totalement des écrans. Les cinéastes qui le réinvestissent quelques années plus tard portent un regard extrêmement critique sur la guerre ; voir, par exemple, Apocalypse now de Francis Ford Coppola (1979). A noter tout de même que Coppola sollicita malgré tout l’aide du Pentagone qui lui fut refusée. Jusqu'au début des années 80, le Pentagone est tout sauf désiré à Hollywood. 


LES ANNEES REAGAN – LA RECONCILIATION


Avec l’élection de Ronald Reagan à la présidence, le bellicisme refait son apparition au cinéma. « America is back », le pays en pleine révolution conservatrice célèbre de nouveau « les bienfaits » de la guerre. Dans Rambo 2 (1985) un homme musclé surarmé ira jusqu’à gagner la guerre du Vietnam presque à lui tout seul. Hollywood et le Pentagone reprennent leur collaboration et se réconcilieront totalement durant le tournage du très tape-à-l’œil Top Gun de Tony Scott (1986).


DES ANNEES 90 A NOS JOURS – LA NOUVELLE LUNE DE MIEL


Avec la chute du communisme de nouveaux ennemis font leur apparition au cinéma (terroristes, cartels de la drogue, etc.), voir par exemple Couvre-feu (The Siege) d’Edward Zwick (1998). Cette période se caractérise également par une certaine nostalgie des guerres passées. A la fin des années 90 Hollywood entame de nouveau un cycle de films sur la Seconde Guerre Mondiale réalisés avec (Windtalkers, Pearl Harbor ) ou sans (Il faut sauver le soldat Ryan- Saving private Ryan, La Ligne rouge - The Thin Red Line) l’aide du Pentagone. Depuis le choc du 11 septembre 2001, Hollywood et Washington se sont sensiblement rapprochés ; des hauts responsables politiques n’hésitent pas à assister aux premières de certains films (voir La Chute du faucon noir - Black Hawk Down). De surcroît, la coopération ne se limite plus au cinéma ; elle investit d’autres territoires (voir la création d’ICT, un centre de recherches regroupant ingénieurs et créateurs hollywoodiens mettant au point des techniques d’entraînement au combat basées sur la réalité virtuelle).

Edité le : 04-10-04
Dernière mise à jour le : 28-08-08


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