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ARTE Journal - 01/05/12

Les pirates en pleine adolescence politique

Six ans. Il leur a fallu six ans à peine pour passer du stade de groupuscule à celui de trouble-fête du jeu politique allemand. Elections après élections, le parti des Pirates fait de bons scores. En quelques années, il a fait une ascension fulgurante, et compte désormais 25 000 adhérents. Mais plus il grossit, plus il est suspect aux yeux de certains, et pas uniquement aux yeux des partis traditionnels.

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C'est dans un hangar de la ville de Neumünster dans le nord de l'Allemagne que les Pirates se sont réunis en Congrès. Un choix motivé par la tenue des élections régionales le 6 mai prochain dans ce land du Schleswig Holstein.

"Nous étions jeunes, mais nous avons écrit un chapitre de l'Histoire", a clamé l'une des figures du parti, Marina Weisband, dans son discours d'ouverture, faisant allusion aux spectaculaires et récents succès électoraux. Et le Land du Schleswig Holstein pourrait bien être le troisième à voir les Pirates entrer au Parlement régional, après Berlin et la Sarre, et peut-être avant la Rhénanie du Nord-Westphalie. Selon un dernier sondage, ce parti fondé en 2006 par quelques idéalistes doués en informatique qui s'inspiraient des Pirates suédois, est aujourd'hui crédité de 9% des intentions de vote au niveau fédéral, ce qui en ferait la quatrième force politique en Allemagne, devant la gauche radicale (Die Linke) et sur les talons des Verts. D'autres pointages les placent même devant les écologistes, auxquels ils sont souvent comparés pour leur spontanéité et leurs revendications pour plus de transparence et de démocratie. Présent dans deux, et peut-être bientôt quatre Parlements régionaux, il pourrait entrer à la chambre basse du Parlement fédéral, le Bundestag, à l'automne 2013.

Les Pirates sont donc réunis pour élire une nouvelle direction.... 1.300 militants, des hommes en très grande majorité. Et des journalistes.... qui se frottent à ces militants habitués à l'anonymat des forums internet. Atmosphère studieuse, même si les Pirates entretiennent leur réputation sulfureuse de hackers, ou entretiennent leur image potache en mettant au vote une diffusion du dessin animé "Mon petit poney" pendant les débats.

Les militants ont élu leur direction. L'ancien chef Sebastian Nerz, 28 ans, devient numéro deux. Il est remplacé par l'ancien vice-président, Bernd Schlömer, haut fonctionnaire du ministère de la Défense, 41 ans.

Polémique autour de l'extrême droite


Mais malgré leurs airs potache, ils redeviennent sérieux au moment d'approuver une motion condamnant le négationnisme, afin de désamorcer une polémique sur leur perméabilité aux idées d'extrême-droite. "Voilà, nous sommes adultes", commentait un Pirate.

Les militants, portant jeans et pulls à capuche, étaient très préoccupés par une polémique sur le rapport aux idées d'extrême droite de leur parti.

Certains Pirates ayant des responsabilités locales, voire nationales, ont critiqué sur Facebook le montant des subventions publiques accordées au Conseil central des Juifs d'Allemagne, jugé "légitime" l'invasion de la Pologne, ou comparé le succès de la formation à celui du parti nazi. L'un des chefs de file du parti à Berlin, Martin Delius, a provoqué un tollé en déclarant au magazine Der Spiegel : "La montée du parti des Pirates est aussi rapide que celle du NSDAP (parti nazi) entre 1928 et 1933".

Dans un entretien avec l'AFP, la Pirate la plus connue d'Allemagne, Marina Weisband, s'est dite "très irritée" par cette polémique. "C'est en-dessous de la ceinture", juge-t-elle, et ajoute "Nous sommes aussi éloignés de l'extrême droite que possible, cela figure dans nos statuts, le parti rejette toutes tendances totalitaires, dictatoriales et fascistes."

Depuis 2009, le parti des Pirates essaye d'exclure un de ces membre, Bodo Thiesen, qui a recommandé publiquement les ouvrages d'un auteur négationniste, mais pour l'instant, il n'y est pas parvenu, en partie à cause d'erreurs de procédure.

Quels droits sur le net ?


Parmis les autres sujets de discussions, il y a aussi le programme des Pirates. Un programme radical sur certains aspects liés à l'internet et aux questions de société, mais très flou sur l'économie ou l'Europe.

Les revendications concernant la liberté et le respect de la vie privée sur internet sont le ciment d'un parti créé en 2006 par ces férus de technologie. Les Pirates défendent le droit à la copie privée illimitée sur internet, et, sans abolir le concept de droit de propriété intellectuelle, veulent par exemple raccourcir "de manière drastique" le délai protégeant une oeuvre avant qu'elle ne tombe dans le domaine public. C'est en général le cas en Allemagne 70 ans après la mort de l'auteur.

Ils s'opposent par ailleurs à tout brevet sur le vivant, par exemple des semences ou des gènes. Défenseurs du "logiciel libre", ils plaident pour un internet accessible à tous, gratuit et "neutre", offrant un accès égalitaire à tous les contenus, sans discrimination exercée par des fournisseurs d'accès.

Les Pirates sont par ailleurs de farouches opposants à toute intrusion dans la sphère privée, et bataillent contre le stockage "préventif" de données personnelles par un Etat, même à des fins de lutte contre le terrorisme ou la criminalité.

Des transports gratuits à la dépénalisation des drogues


Les Pirates proposent l'introduction d'un "revenu minimum d'existence" versé par l'Etat à tout un chacun, indépendamment du travail. Mais expliquent vouloir "combattre la pauvreté, pas empêcher la richesse".
Les Pirates veulent également un traitement légal identique des unions homosexuelles et hétérosexuelles, la gratuité des transports publics, ou encore "une politique non-répressive" en matière de drogues, basée sur le principe de "consommation responsable".

Le grand flou sur les politiques économiques et européennes


"Les questions économiques sont l'un de nos plus grands chantiers" reconnait un des porte-parole du parti. La diversité des opinions se reflète dans les nombreuses motions débattues en ligne avant le congrès. Y figurent aussi bien l'introduction d'un salaire minimum généraliséde 8,50 euros de l'heure, revendication de longue date de la gauche allemande, que la défense de la "règle d'or" inscrite dans la Constitution allemande pour limiter les déficits budgétaires. Plusieurs Pirates réclament aussi un référendum sur le fonds de secours européen MES.

Toutes ses propositions sont en cours de discussions, et vont se poursuivrent sur leurs forum. Un autre rassemblement est prévu fin novembre, il devrait boucler les discussions et définir un nouveau programme officiel. Les Allemands aiment moins les Pirates pour leur programme - radical sur l'internet et les moeurs autant que flou sur l'économie - que pour leur promesse d'une politique différente. Selon un sondage récent, 72% de leurs électeurs potentiels donnent pour première motivation un "mécontentement face aux partis traditionnels".



Véronique Barondeau

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Edité le : 27-04-12
Dernière mise à jour le : 01-05-12