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L'Aventure humaine - samedi 10 juin 2006 à 20h40 - 08/06/06

Les tablettes Rongo-Rongo

Parmi les trésors témoignant du passé de l'île de Pâques figurent les tablettes dites Rongo-Rongo ou "tablettes parlantes". Elles constituent l'un des mystères les plus intrigants de l'île de Pâques. Elles datent d'une époque postérieure aux grands bouleversements et les études menées à leur sujet depuis 130 ans par les spécialistes occidentaux ont produit bien plus d'hypothèses rocambolesques que de réponses satisfaisantes.

Les tablettes Rongo Rongo

Tablette Rongo RongoIl n' existe plus aujourd'hui que 25 bois gravés de ce type. Sculptées dans le bois Hau Hau, les tablettes Rongo Rongo, gravées de 12000 signes différents, restent encore aujourd’hui un des grands défis du décryptage moderne. La lecture s’effectuait de bas en haut et de gauche à droite, avec les signes inversés une ligne sur deux, probablement pour lire à deux personnes face à face. Les chercheurs du monde entier, mais aussi les collectionneurs se passionnent pour ces tablettes dont on dénombre 26 exemplaires en tout dans le monde et dont la valeur dépasse parfois le million de dollars l’unité. Aujourd’hui, l’arbre Hau Hau avec lesquelles ces statuettes étaient sculptées, a totalement disparu de la surface de la planète. Avec leurs 603 symboles différents, les tablettes Rongorongo sont un véritable cauchemar pour les cryptographes. Si l'on parvenait à les déchiffrer, peut-être nous éclaireraient-elles sur l'histoire du peuple Rapanui .


Le bâton Rongo Rongo : un véritable trésor

Tablette "Atua Mata Riri" - Formes et tracés d'après Sir Thomas BarthelSeul exemplaire, parvenu jusqu’à nous, le bâton Rongo Rongo, en bois Hau Hau, mesure deux mètres de long. Propriété du Muséum d’Histoire Naturelle de Santiago. Il est décoré de 2320 signes.



Histoire des tablettes et décryptage des symboles
En 1869 l’une d’elle fut offerte à l’êveque Tepano Jaussen . Il en comprit immédiatement l'importance et demanda aux missionnaires catholiques de récupérer toutes celles qu’ils rencontreraient. Mais les Rapanui avaient perdu le sens de ces tablettes et les utilisaient comme combustible!
Dans les années 50, l’ethnologue allemand Thomas Barthel transcrivit toutes ces inscriptions. Il identifia ainsi 120 symboles de base combinés à un système de préfixes et de suffixes.
Des sources datant du 19ième siècle suggèrent que ces tablettes se lisaient, en commençant par le coin inférieur gauche et en progressant de gauche à droite. À la fin de chaque ligne, la planche était retournée et la lecture se poursuivait dans l’autre sens.
De cette façon, le scribe ne se perdait jamais et ne sautait jamais de ligne. Des générations de linguistes ont essayé en vain de les déchiffrer, jusqu'à ce que, récemment, le Dr Steven Fischer, directeur de l’Institut des Langues et des Littératures Polynésiennes à Auckland en Nouvelle-Zélande, ne stupéfie le monde linguistique en proposant une nouvelle interprétation, considérée par certains comme une découverte capitale :
"Durant des milliers d’années, les Polynésiens, n'utilisèrent aucune forme d'écriture. Elle ne leur était d’aucune utilité et, dans toute l’Océanie, la première trace d'écriture que l'on rencontre nous vient de l’île de Pâques. Je pense que cela s’explique par le fait que les Espagnols sont arrivés en 1770, et ont fait signer un acte d’annexion au peuple Rapanui. Les rapanuis n'avaient pas la moindre idée de ce qu'était l’écriture, mais ils étaient assez astucieux pour comprendre que des symboles graphiques pouvaient être associé à la parole humaine en les inscrivant sur une surface plane, selon des lignes allant de gauche à droite. Une fois les espagnols partis, ils reprirent cette idée et, en utilisant les symboles de leurs pétroglyphes, ils ont commencé à écrire comme le faisaient les Espagnols ce qui a donné ces extraordinaires tablettes rongorongo."
En 1886 le navire USS Mohican s'était rendu à l’Île de Pâques pour y mener une série d’études pour le compte de la Smithsonian Institution. Les chercheurs avaient alors montré à un indigène une photographie d’une des tablettes de l’évêque Jaussen. Scrutant l'image, il s’était mis à chanter une d’incantation rituelle qui semblait énumérer des divinités par groupes de trois. Le texte de cet hymne avait été immédiatement transcrit en dialecte Rapanui. Le Dr Steven Fischer commente l'événement :
"J’ai toujours gardé cet épisode en mémoire et des années plus tard j'ai eu l'occasion d'étudier le bâton de Santiago. Et sur celui-ci j’ai remarqué quelque chose d’intéressant ; j’ai constaté qu'il était entièrement constitué de groupes de trois hiéroglyphes. Un hiéroglyphe que j’appellerais A, doté d'un phallus, suivi par un second, B, sans phallus, suivi par un troisième, C, sans phallus. Le groupe d'après, dans la succession des quelque 2000 hiéroglyphes de ce bâton suivait toujours la séquence A-phallus-B-C, A-phallus-B-C. Cela me donnait une structure de triades, en d’autres termes, une structure à trois hiéroglyphes. Soudain, je me rendis compte que le même phénomène se retrouvait dans l'hymne de procréation chanté par le Rapanui en 1886. J’ai fait le rapprochement entre les deux et cela m’a donné la clef pour déchiffrer le rongorongo.
Par exemple, le signe de l'oiseau apparaît doté d'un phallus, suivi du signe du poisson, puis du signe du soleil. Ce que l'on peut lire comme : l’oiseau s’accouple avec le poisson et donne naissance au soleil. Et en vieux Rapanui, ça donnerait “ te manu mau ki’ai ki roto ki te ika ka puu te ra’aa ” On trouve beaucoup d’exemples de ce type. La plante s’accouple avec une autre plante et donne une fleur. Un poisson s’accouple avec un autre poisson et ça donne une sorte d’oiseau de mer. Et ainsi de suite. Et tout ça nous donne ce que nous appelons des "procréations". Ces "procréations" expliquent l’univers du peuple Rapanui."
Chantés pendant les cérémonies religieuses, les textes du Rongo-Rongo expliquaient le cosmos à la communauté rassemblée et rappelaient aux Rapanuis quelle était leur place dans l’ordre naturel des choses.
Extraits tirés du scritp du film "La mémoire perdue de l’Ile de Paques" – 2001 - Gedeon programmes.

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La mémoire perdue de l'île de Pâques
Documentaire de Thierry Ragobert
(France, 2001-52mn)
Coproduction : ARTE France, Gédéon Programmes,
Discovery Channel, CNRS Images Média
ARTE France

Edité le : 08-06-06
Dernière mise à jour le : 08-06-06