ARTE : Est-ce votre première exposition en tant que commissaire ?
Mario Gerosa : Non, en 1988 j'avais déjà réalisé une exposition sur le monde de Marcel Proust, en particulier sur les grand hotels de la Recherche, avec ma collection de cartes postales. C'était «Proust au Grand Hôtel de Balbec» au Palazzo Sormani à Milan. En 1991, c'était la fois d'une exposition sur les décors des romans policiers dits «de la chambre close» : cette dernière expo se tenait au Mystfest de Cattolica.
L'exposition de Florence reprend le titre de mon dernier livre, «Rinascimento virtuale», qui raconte cette nouvelle période du web 2.0 où les artistes vont être plus fort que les technocrates.
ARTE : Vous êtes également jury du concours « Avatar art Contest », pouvez-vous nous éclairer sur les termes de votre mission ?
Mario Gerosa : L'Avatar Art Contest est un intéressant concours du site Koinup, qui regroupe plusieurs personnes qui s'expriment à travers les réseaux sociaux. Là je jugeais le « traditionnel et Post Kitsch ».Avatar Art Contest
Je parle de Post Kitsch parce que je considère certain art de Second Life comme un art éclectique qui a maintes choses en commun avec l'esprit du kitsch: cet art essaie de reconsidérer et de réinventer l'art traditionnel, en faisant de l'ironie et des parodies, utilisant de manière plus consciente des mécanismes du kitsch. J'insiste sur cette volonté consciente et alors j'isole le terme en disant « post ».
ARTE : Vous disiez notamment juger l’interactivité de ces personnages et pas seulement le graphisme Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par là ?
Mario Gerosa : Quand on crée une œuvre dans Second Life, après on la propose à d'autres personnes, par exemple dans Flickr. Dans ce site là, on espère avoir beaucoup de commentaires: de cette façon, l'artiste n'est pas renfermé dans une tour d'ivoire mais il se met en relation avec d'autres personnes. Je me réfère à ce genre d'interaction sociale.
ARTE : Pourquoi faire une exposition d’œuvres virtuelles dans un musée réel ? Et pourquoi un musée d’anthropologie ?
Mario Gerosa : Outre les gens qui fréquentent Second Life, il y a des personnes qui n'utilisent pas l'ordinateur mais qui sont intéressées par ce genre d'art. Le musée d'anthropologie? Parce que comme je le disais précédemment, c'est un art liée profondément à l'interaction sociale qui met l'homme au centre de sa recherche. Et puis parce que dans cette expo j'ai utilisé l'art de façon anthropologique, pour illustrer les cultures d'un nouveau monde. L'art explique ce monde: les voyages, les endroits, les personnes, la vie quotidienne.
ARTE : N’avez vous pas peur que ces œuvres sorties de leur contexte perdent de leur charisme de leur ‘réalité virtuelle’ ?
Mario Gerosa : Pas nécessairement. Il y a un décalage de temps et d'espace qui peut être même productif.
ARTE : Pourquoi évoquez-vous le terme de ‘Renaissance virtuelle’ ? En quoi SL annonce t-il les prémices d’une révolution artistique ?
Mario Gerosa : J'ai utilisé ce terme que j'ai emprunté d'une définition d'Henry Jenkins pour donner l'idée d'une nouvelle période de la créativité sur le web. C'est le moment des cultures générées du bas, de la créativité d'un peuple de nouveaux naïfs très prometteurs. C'est un véritable changement culturel qui nous présente un extraordinaire patrimoine artistique à découvrir sur le web.ARTE : L’art occidental du XXe siècle a privilégié l’œuvre abstraite et conceptuelle ? Pensez-vous que l’on revienne où que l’on s’ouvre d’avantage à un art plus fictionnel, ou narratif ?
Mario Gerosa : Sans doute. Derrière chaque œuvre de Second Life il y a un fragment d'une narration, d'une histoire, d'une vie.
ARTE : Quel est votre nom d’avatar ? Qui est –il ? A part SL, êtes vous joueur ?
Mario Gerosa : Mon nom d'avatar est Frank Koolhaas. Frank comme Frank Gehry et Frank lloyd Wright; Koolhaas comme Rem Koolhaas: tous des architectes. Il est un journaliste et il organise des conférence. A part SL, je joue à Syberia, Quake, Gears of War, Myst, Riven...J'aime bien les jeux vidéo, soit les FPS, soit les aventures.
ARTE : Vous êtes également le fondateur d’une agence de voyages virtuels me semble-t-il ?
Mario Gerosa : Synthravels, qui à présent est fermée pour restructuration, est la première agence de voyages pour mondes virtuels. Je pense que dans un futur proche cette nouvelle forme de tourisme va s'imposer à côté des formes traditionnelles.ARTE : Pourquoi une salle entière consacrée à Moya Janus au sein de l’exposition ?
Mario Gerosa : Parce qu'il sait combiner très bien réel et virtuel. Les « artifacts » qu'il présente dans les vitrines sont semblables aux objets recueillis dans les missions anthropologiques. J'aime bien ce jeu très intellectuel, à la Borges. Il travaille bien avec cette idée de « suspension of disbelief ».Note : "suspension of desbelief" : L’expression suspension consentie de l'incrédulité (traduction de l’anglais : willing suspension of disbelief) décrit l’opération mentale qu'effectue le spectateur d'une œuvre de ficton qui accepte, le temps de la consultation de l'œuvre, de mettre de côté son scepticisme. Les récits mettant en scène des évènements surnaturels ou impossibles sont des exemples évidents de mise en veille de l'incrédulité. L’un des critères noté par les membres du jury dans l’Avatar Art Contest est justement celui de NPIRL : « Not Possible In Real Life », qu’on pourait traduire pas PPD LV2 (Pas Possible Dans La Vraie Vie) !
L'exposition
"Rinascimento virtuale"du 21 octobre 2008 au 07 janvier 2009
au Musée d’Histoire Naturelle de l'université de Florence
Florence - Italie
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