02/09/09
1. "Contre vents et marées"
Quels sont les événements historiques majeurs où Mao Zedong a joué un rôle dominant? Voici une chronologie des "années Mao", qui reprend le fil rouge du documentaire Mao, une histoire chinoise (diffusé en septembre 2006 sur ARTE).
Mao est né le 26 décembre 1893 dans un village situé à deux jours de marche de Ch'ang-sha, capitale de la province du Hu-Nan. Son père était un fermier confortablement installé que Mao vint à détester pour sa discipline rigide fondée sur les punitions physiques et le sens de l'économie. Sa mère, qu'il adorait, était une fervente Bouddhiste. Mao fut envoyé à l'école traditionnelle du village, où il apprit par cœur les textes Confucianistes et par la suite, ce qui était peu courant à l'époque, il put accéder à une éducation de style occidental.
Au cours de ses années d'étudiant, Mao retint trois leçons essentielles qui allaient influencer son mode de pensée tout au long de sa vie : que les peuples et les nations avaient besoin d’une boussole morale ; qu’il fallait un état puissant ; et que la volonté de l'individu, pourvu qu'il soit suffisamment déterminé, était illimitée.
Pour Mao, la rébellion prit forme à l'âge de 14 ans lorsqu'on l'obligea à se marier avec une jeune paysanne de 20 ans que l'on ne connaît que sous le nom de Mademoiselle Luo. Elle vint s'installer sous le toit familial, mais Mao refusait de lui parler et de faire l’amour avec elle. Finalement, elle devint la concubine de son père. Cette affaire brisa l'unité précaire de la famille.
Mao fut un jeune homme excentrique, têtu comme une mule, un garçon gauche, mal habillé, aussi pingre que son père (il refusait de changer de vêtements, préférant attendre que ceux-ci tombent en loques). Il ne coupa jamais les liens qui l’attachaient à ses racines paysannes.
A 17 ans, happé par une ferveur révolutionnaire dirigée contre l'Empereur Mandchou à Pékin, il coupa sa natte de cheveux, symbole d'allégeance au Trône, et devint soldat dans l'armée rebelle. Après la proclamation de la République en 1912, il retourna à l'école secondaire, pensant, sans aucun doute, qu'il avait remisé son fusil pour toujours. Il eut doublement tort : au cours des années qui suivirent, le Hu-Nan fut dévasté par les armées des seigneurs de guerre ; et plus tard son nom devint synonyme de théorie de la guérilla.
En 1918, après avoir terminé ses études, Mao obtint un poste d'aide bibliothécaire à l'Université de Pékin. Son accent Hu-Nanais très prononcé le cataloguait comme provincial et les grands intellectuels de la capitale le méprisaient et le traitaient de péquenaud. Mais Mao était d'une grande voracité intellectuelle, un idéaliste en quête de sa propre voie. De l'anarchisme pacifiste de Kropotkin, il s'orienta vers le Mouvement du "Nouveau Village", mode de vie en communauté importé du Japon et, pour finir, malgré lui, il goûta au Marxisme. A ses yeux, il n'y avait pas mieux que l'anarchisme, mais seul le Marxisme disposait de la discipline et du sens de l'organisation permettant d'apporter une réponse aux problèmes de la Chine. En juillet 1921, il rejoignit onze autres personnes pour participer au Congrès fondateur du Parti Communiste Chinois à Shanghai.
En 1923, les seigneurs de la guerre qui s'étaient emparés du pouvoir après la chute de l'Empire mirent en œuvre des mesures de répression impitoyables entraînant la suppression brutale de tous les syndicats nouvellement créés.
L'année suivante, Mao retourna dans son village natal et resta alité, souffrant de neurasthénie, mal dont il fut victime tout au long de sa carrière en période de crise politique. Ce fut là, entouré de ses amis paysans et voisins d'enfance qu'il comprit une vérité simple qui allait changer le cours de l'histoire chinoise : dans la Chine pré-capitaliste, la force majeure du changement n'était pas représentée par une poignée de prolétaires mais par 500 millions de paysans. Mao et sa femme commencèrent à organiser des écoles ainsi que des associations paysannes qui bientôt terrifièrent les détenteurs du pouvoir de la région et lui valurent son premier arrêt de mort.
Il s'enfuit à Ch'ang-sha déguisé en médecin de campagne, mais au lieu de rejoindre ses camarades du Parti communiste, il alla travailler aux côtés de leurs alliés, le Parti Nationaliste de Tchang Kaï-Chek à Canton. Mao fut à la tête de l'institut de formation rurale, qui prépara le terrain de la marche triomphale de Tchang Kaï-Chek sur Pékin. Peu de temps après leur succès, les Nationalistes se retournèrent cependant contre leurs alliés communistes, d'abord à Shanghai puis ailleurs, en un massacre glorifié par André Malraux (avec une bonne dose de liberté poétique) dans son roman « La Condition Humaine ». Mao avait appris une leçon essentielle : les communistes chinois devaient avoir leur propre armée. « Le pouvoir politique est au bout du fusil ».
Les communistes rompirent quatre encerclements nationalistes en l'espace de quatre ans, mais la cinquième campagne en 1934 fut différente. L'Armée Rouge risquait un anéantissement et ne s'en sortit qu'en organisant une retraite épique, à travers 10.000 kilomètres des terrains les plus hostiles en Chine, retraite qui sera inscrite dans les annales des épopées militaires sous le nom de la Longue Marche. Au moment où elle commença, Mao venait d'être à nouveau disgracié. Cependant après plusieurs défaites désastreuses, il fut rappelé et réussit grâce à une série de manœuvres militaires éblouissantes à tirer les forces communistes d'une catastrophe qui semblait inévitable. La Longue Marche faisait naître une légende, la légende de l'invincibilité des communistes.
Des 100 000 hommes et 30 femmes qui entamèrent la Marche, seuls 5000 se regroupèrent, un an après, dans le village poussiéreux de Bao'an dans la province la plus isolée du nord-ouest de la Chine.
Un jeune américain du nom d'Edgar Snow fut autorisé à visiter Bao'an. Son livre intitulé "L'Etoile Rouge sur la Chine" fit connaître Mao dans le monde entier. Des étudiants et bien d'autres, des Chinois surtout mais aussi quelques étrangers, adhérèrent en masse à sa cause. Sidney Rittenberg, un jeune sympathisant américain, exprima l'attitude et la position de ceux-ci : "S'asseoir à côté de Zhou Enlai, c'était s'asseoir à côté d'un camarade, s'asseoir avec Mao, c'était s'asseoir au côté de l'histoire".
Le début de la Guerre du Pacifique a aidé l'histoire. Toute sa vie Mao remercia le Japon Impérial, l'ennemi le plus détesté de la Chine, de l'avoir amené au pouvoir. Car l'attaque lancée sur la Chine a obligé les Nationalistes à entrer dans une alliance patriotique qui a contribué à gonfler cent fois les rangs de l'Armée Rouge.
Edité le : 09-07-08
Dernière mise à jour le : 02-09-09