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Les Germains

De leur première confrontation avec les Romains en 58 av. J.-C. jusqu'au baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. A partir du 14 février 2009

> > Une obsession allemande ?

Les Germains

De leur première confrontation avec les Romains en 58 av. J.-C. jusqu'au baptême de Clovis à la fin du Ve siècle. A partir du 14 février 2009

Les Germains

Focus : les Germains - 28/08/09

Les anciens Germains : une fortune éditoriale, une obsession allemande ?

Trois expositions sont consacrées à Varus et Arminius dans le Land Rhénanie du Nord - Westphalie.

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Si sur le site Internet allemand d’Amazon – la célèbre entreprise spécialisée dans la vente de livres par correspondance – on recherche tout simplement le prénom « Varus », on obtient une bonne vingtaine de livres. Et tous datant de 2009 ou de 2008. Le résultat est pratiquement le même si on cherche « Arminius ». Les deux prénoms sont évidemment strictement liés l’un à l’autre et renvoient à d’autres titres d’ouvrages, ceux-ci faisant plutôt référence à un soulèvement populaire ou à une défaite, à une bataille aux temps des Romains. Absolument pas une bataille quelconque : on parle ici de la bataille de Teotoburg, «Herrmannsschlacht» ou «Varusschlacht» en allemand, «clades Variana» en latin.

C’est seulement à partir de la quatrième page du site Internet mentionné que les titres des livres commencent à perdre leur caractère sérieux (« la Femme du Germain », « Redonne-moi mes légions ! », « L’ennemi mortel » ) et le lecteur réalisera tout seul que le célèbre fait historique auquel les deux personnages mentionnés prirent part, n’est qu’un prétexte pour des reconstructions très imaginaires. Le roman historique est un genre littéraire très apprécié du grand public en général. Mais pour quelle raison la même recherche menée dans un contexte français n’est-elle pas aussi fructueuse que du côté allemand? D’où relève cet intérêt des Allemands pour cet événement historique particulier ?

Un premier geste pour la formation de l’identité nationale.
L’intrigue est assez simple : d’un côté, un commandant de l’Empire Romain, Varus, entre autre parent de l’Empereur Auguste, qui doit veiller au maintien de la paix dans les régions occupées par les légionnaires romains. De l’autre, un « barbare » élevé à la romaine, Arminius, l’auteur d’une action inattendue.

Les deux hommes travaillent pour ainsi dire « pour le même parti » car, bien qu’Arminius soit originaire d’une de ces tribus autochtones pas entièrement soumises aux Romains, il a reçu une éducation et une formation militaire à Rome (prendre en charge les fils des chefs des adversaires était en effet une méthode expérimentée chez les Romains pour s’assurer la fidélité des peuples annexés. Les « meilleures forces » de celles-ci, regagnaient leur terre natale tout en ayant appris les valeurs - voire l’idéologie - romaines).
Or, lors de l’expansion planifiée par Auguste vers le Nord de la « Germania Magna » jusqu'à la Weser et à l’Elbe, Arminius, qui a déjà montré son courage et sa valeur dans de nombreuses campagnes militaires romaines, qui a obtenu la citoyenneté romaine de l’ordre équestre, organise par contre en l’an 9 après J.-C., c’est à dire il y a 2000 ans, la rébellion de plusieurs tribus.
Le résultat de l’embuscade habilement dirigée est l’anéantissement de trois légions, trois détachements de cavalerie, six cohortes de troupes auxiliaires, bref d’environ 25.000 hommes au service de l’Empire. Le commandant Varus se suicide sur son épée.
Les Romains ne tentèrent plus jamais de regagner les territoires perdus. La rive droite du Rhin constitua ainsi la frontière de l’Empire pour des siècles.

Il est maintenant évident qu’avec cet épisode - dont nous ne connaissons pas la vraie dynamique et dont les détails rapportés par les historiens sont toujours très controversés – nous touchons d’un côté au concept de trahison, et de l’autre à celui de la rébellion d’un peuple contre l’occupant étranger. Si celui d’Arminius fut un double jeu, son geste peut être aussi considéré comme une première action dans la direction de l’autodétermination d’un peuple et dans la formation de son identité nationale.

Imperium – Konflikt – Mythos

ou l’anniversaire des 2000 ans de la bataille « d’Hermann et de Varus »,

(Ville de Haltern am See, Ville de Kalkriese, Ville de Detmold)

16 mai – 25 octobre 2009
Actuellement en Allemagne trois expositions font le point sur la « Bataille d’Arminius et de Varus » et sur ses conséquences.

IMPERIUM KONFLIKT MYTHOS, une exposition qui nous guide même aux dehors des musées
La visite peut commencer dans les salles du « Musée des Romains » de Haltern am See (entre la ville de Münster et la ville de Dortmund). Avec IMPERIUM, on s’occupe des Romains et en particulier de la période de la régence d’Auguste. Plusieurs aspects de cet énorme organisation politique – l’empire - font l’objet de reconstructions; le fil rouge c’est le parcours existentiel du Publius Quinctilius Varus. Les collections permanentes illustrent la dure vie des légionnaires loin de leur terre natale. Pendant la préparation de l’exposition ce musée a aussi voulu soutenir un projet d’actualisation d’un fait historique : la reconstruction d’un navire romain par les étudiants de l’Université d’Hambourg.

La vraie bataille en tout cas a eu lieu sur la terre ferme et c’est le volet KONFLIKT qui s’occupe d’en repérer les témoignages. Les fouilles archéologiques ont été nombreuses dans la région et elles documentent des échanges, des passages d’objets entre Romains et Germains. Dans le musée de la ville de Kalkriese (au Nord d’ Osnabrück) et dans le parc archéologique, on étudie donc l’interaction entre les deux civilisations.

Sans aucun doute la question la plus délicate est abordée par le volet MYTHOS qui se déroule quant à lui, au « Lippisches Landesmuseum » de la ville de Detmold au Sud-Est de Bielefeld. Là-bas, en passant par les oeuvres de Wieland, Schlegel et Kleist (Le peintre Kaspar David Friedrich lui aussi, dédia un tableau au titre « Felsental - Das Grab des Arminius » « La vallée des rochers - Le sépulcre d’Arminius », environ 1813-14 , aujourd'hui dans la Kunsthalle de Brême), nous apprenons que différentes personnalités de l’histoire et de la littérature allemande ont célébré la figure d’ Arminius.
A partir d’une certaine époque Arminius devient Hermann (qui signifie « guerrier »). La transformation de ce prénom est attribuable à Martin Luther. Dans sa bataille contre la corruption et les excès de Rome, Luther fit en effet référence à la figure d’Hermann. Mais ce fut Tacite, dans les Annales (écrites entre 115 et 117 ap. J. -C), un des premiers à avoir employé des mots exaltés à propos des actions de ce combattant.

Dans le cloître de Corvey, au nom très écossais et pourtant dans la province de Höxter, entre Bielefeld et Göttingen, ces textes avaient été retrouvés en 1505 ; maintenant au même endroit il y a une exposition à voir. Cette source historique latine, en effet, a été très importante pour une possible attribution géographique de la bataille de Teotoburg.
En 1875, un imposante statue du héros, le « Hermanndenkmal » fut érigée dans la forêt de Teotobourg et son bras menaçant n’indique pas le Sud - les Romains étant moins actuels à cette époque-là- mais plutôt la France, avec laquelle une hostilité entre les deux peuples s’est établie à travers les campagnes de Napoléon.

Mais les organisateurs des expositions tiennent à cœur la réconciliation. Et pour les pauses entre un musée et l’autre, ils proposent de passer dans un des nombreux restaurants et auberges « Gasthäuser » des alentours pour un brunch germano - romain! Plus jamais de concurrence, donc, entre « l’ Europe du vin » et « l’Europe de la bière » !

Par Francesca Esposito

Ce sujet est également mis en avant dans le magazine mensuel allemand Damals, partenaire de la rubrique.


Edité le : 30-03-09
Dernière mise à jour le : 28-08-09


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