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Les Tudors - Saison 3

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Les Tudors - Saison 3

Tous les mardis à 20h35, du 3 au 31 août 2010 - 13/01/12

Les Tudor Saison 1 - Fiction et réalité

Michael Hirst, est scénariste et spécialiste de sujets historiques. Son ambition était de proposer une histoire spectaculaire et peu commune sur le petit écran. Ce n’est point l’authenticité historique qui l’intéressait, mais un divertissement sur fond historique digne du 7ème art : festivités somptueuses, exécutions brutales, tournois de chevalerie spectaculaires, érotisme débridé.
Pour cette série, Michael Hirst a su tirer profit d’une circonstance idéale pour la dramaturgie, à savoir le pouvoir absolu d’Henry VIII, incontesté parmi les historiens. A la cour, sa volonté avait force de loi.

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Depuis plus de dix ans, la dynastie des Tudors est un sujet extrêmement prisé des scénaristes et des producteurs de télévision et de cinéma. À commencer par le Britannique Michael Hirst, auteur et coproducteur des « Tudors » et, en 1998, scénariste du film « Elisabeth » primé aux Oscars. Dans la minisérie TV du même nom, c’est Helen Mirren qui campait Elisabeth I ; Natalie Portman et Scarlett Johansson ont incarné Anne et Mary Boleyn dans « Deux sœurs pour un roi ». La chaîne payante américaine Showtime pouvait donc compter sur l’intérêt du public lorsqu’elle a décidé de produire une autre version de cette saga familiale, racontée sur un rythme endiablé, et obtenu le concours de Michael Hirst, scénariste et spécialiste de sujets historiques. Son ambition était de proposer une histoire spectaculaire et peu commune sur le petit écran. Ce n’est point l’authenticité historique qui l’intéressait, mais un divertissement sur fond historique digne du 7ème art : festivités somptueuses, exécutions brutales, tournois de chevalerie spectaculaires, érotisme débridé. On pourrait reprocher à cette série d’avoir très largement intégré des éléments fictifs, mais Michael Hirst défend son concept : « L’art est différent de la vie ou de l’histoire. Je ne cesse de répéter que j’ai écrit une série télévisée inspirée de faits historiques. » Pour cette série, Michael Hirst a su tirer profit d’une circonstance idéale pour la dramaturgie, à savoir le pouvoir absolu d’Henry VIII, incontesté parmi les historiens. A la cour, sa volonté avait force de loi.


Dans cette série, les femmes sont les premières à subir l’absolutisme royal et l’inconstance qui s’y rattache.

Tout d’abord la première épouse d'Henry VIII, la pieuse Catherine d’Aragon, donne à son mari plusieurs enfants, parmi lesquels Mary sera la seule à survivre. Henry VIII, qui ne souhaite rien plus ardemment que d’avoir un héritier mâle, va bientôt abandonner Catherine à une vie de solitude à la cour, il la dédaigne et lui préfère d’autres femmes pour donner libre cours à ses ardeurs. Comme le cardinal Wolsey n’obtient pas assez rapidement l’aval de Rome pour le divorce d’avec Catherine, Henry VIII le destitue de la charge de Lord chancelier. Il promet sa fille Mary, encore enfant, à l’héritier du trône de France, puis au futur roi d’Espagne après que les Français n’ont pas respecté leurs engagements. Même la propre sœur d’Henry VIII, Margaret, doit épouser contre son gré le vieux monarque portugais – élément fictif introduit dans une série qui entend souligner les aspirations du roi au pouvoir politique. Lorsque le divorce d’avec Catherine est enfin obtenu officiellement à Rome, Henry VIII peut épouser Anne Boleyn, dont il espère qu’elle remédiera à l’absence déshonorante d’un héritier du trône. Les femmes, vulgaires articles de troc et jouets de la politique, connaissent pourtant dans cette série une certaine revalorisation émancipatrice. Par exemple Anne Boleyn qui, sur l’insistance de son père, repousse les assiduités du roi et manœuvre avec habileté pour supplanter Catherine d’Aragon comme épouse. Margaret, sœur d’Henry VIII, n’attend pas que son époux gâteux passe de vie à trépas, elle anticipe sa fin et se saisit d’un oreiller pour l’étouffer. Par la suite, elle pousse même l’indocilité jusqu’à épouser secrètement le meilleur ami de son frère, Charles Brandon, et ce sans l’assentiment de Sa Majesté.


Rien dans la vie d’Henry VIII ne se prête à une adaptation télévisée moderne.

Dans la vie réelle du souverain, presque vingt années se sont écoulées entre son accession au trône et la rupture officielle de son mariage avec Catherine d’Aragon. De longues années dont le personnage historique ne peut pas ne pas avoir subi le poids. Il en va différemment dans le film : dans le rôle principal, Jonathan Rhys Meyers est âgé de 30 ans en 2006, au début du tournage en Irlande, et ne montre aucun signe de vieillissement au cours de la série. Déjà célèbre grâce à « Joue-la comme Beckham » (2002) et « Match point » (Woody Allen, 2005), il a un physique qui ne correspond en rien à l’original. Les portraits d’époque montrent Henry VIII comme un potentat bedonnant, ce qui à la Renaissance pouvait être vu comme un signe de pouvoir et d’influence, et donc de séduction. Mais un type beau et musclé comme Jonathan Rhys Meyers satisfait mieux aux canons actuels de la beauté. Grâce à sa prestance, les téléspectateurs conçoivent plus aisément que les dames aient été aussi nombreuses à succomber aux charmes du roi.
Joan Bergin, la costumière des « Tudors », a été primée à deux reprises aux Emmy Awards pour avoir montré le jeune roi et sa suite sous leurs meilleurs atours. « Henry VIII était la star du rock à son époque… il portait des vêtements moulants qui mettaient sa morphologie en valeur. C’était le Mick Jagger d’alors », souligne Joan Bergin. Comparaison un peu bancale puisque Henry VIII, à la différence du leader des Stones, rencontrait rarement un large public. Son univers était circonscrit par l’enceinte hermétique du palais, ses conseillers et ses serviteurs de cour étaient ses seuls spectateurs. Une circonstance dont tient compte la série « Les Tudor », et les détails proviennent de la plume du scénariste. À la question sur la différence entre l’écriture de scénarios pour le cinéma et pour la télévision, Michael Hirst répond : « La principale différence est que, au cinéma, c’est le réalisateur qui est Dieu. Dans les séries télévisées, c’est le scénariste. »



Pour des raisons de dramaturgie, les auteurs de cette fastueuse série ont travesti quelques faits historiques.

La princesse Mary, sœur d’Henry VIII, épouse le roi de France Louis XII.
Dans la série : pour éviter les confusions (la première fille d’Henry VIII s’appelle également Mary), une autre sœur, Margaret, épouse le roi du Portugal. Comme la France a été déjà mentionnée dans un autre contexte politique, les téléspectateurs auraient pu être déroutés, raison pour laquelle le Portugal est mis en jeu.

Le cardinal Thomas Wolsey meurt de maladie avant de pouvoir faire l’objet d’une procédure judiciaire à Londres.
Dans la série : il se suicide. Bien que l’Église catholique réprouve le suicide, le scénariste Michael Hirst indique que des cas de suicide ont bel et bien existé. En outre, il faut bien qu’un comédien aussi renommé que Sam Neill puisse tirer sa révérence en beauté.

Thomas Tallis, compositeur et organiste, actif à la cour d’Henry VIII pendant la Réforme anglaise.
Dans la série : il fait son apparition à la cour à un très jeune âge et à une date bien antérieure. De plus, on lui attribue faussement une liaison homosexuelle avec l’un des amis d’Henry VIII.

Le fils illégitime d’Henry VIII, fruit du commerce avec sa maîtresse Lady Blunt, disparaît à l’âge de 17 ans.
Dans la série : âgé de cinq ans, l’enfant meurt de maladie. Tour de passe-passe dramaturgique pour rendre plus crédible l’obsession qui tenaillait constamment Henry VIII : concevoir enfin un successeur au trône.


KIRSTEN LAMMICH pour ARTE Magazin

Edité le : 22-12-11
Dernière mise à jour le : 13-01-12