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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

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Sortie du 21 janvier 2009 - 22/01/09

Les Noces rebelles

Un film de Sam Mendes


( note Arte: 4 ) A travers le portrait d’un couple qui se déchire, Sam Mendes continue à explorer le déliquescence du rêve américain mais parle surtout du pouvoir destructeur des idéaux.

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(UK/USA, 2008, 125 mn)
Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathy Bates…


Synopsis : Dans les années 50, Frank et April Wheeler, jeunes Américains idéalistes, se considèrent comme des êtres à part, différents des autres. Lorsqu'ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils jurent de ne jamais se conformer à l'inertie banlieusarde qui les entoure, de ne jamais se faire piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme, les Wheeler deviennent exactement ce qu'ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve d'une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris...

Critique : Déjà acclamé pour son portrait de la déconfiture du rêve américain dans les années 90 avec son premier film « American Beauty ». Sam Mendes revient ici à ses premières amours en disséquant la lente décomposition d’un couple dans une autre banlieue cossue, un « suburb » où les non-dits étouffent les habitants, cette fois dans les années 50 sur la côte Est. Autre temps, autres souffrances, autres failles.

Cette fois-ci, la tumeur gagne l’ « American Dream » vendu par le peintre Norman Rockwell et les pubs Coca-Cola. Et qui de mieux pour incarner ce couple parfait que le duo en or des années 90 :
Leonardo di Caprio et Kate Winslet, les deux héros qui se juraient un amour éternel et rebelle dans les eaux glacées qui étreignaient le « Titanic » de James Cameron. Mendes joue évidemment là-dessus, et ce jusqu’au bout, par exemple, avec une scène d’adultère dans une voiture. Aussi pathétique que l’autre était romantique. Mais, si cette référence-là est utilisée pour donner une interprétation de plus ou un pont supplémentaire entre aujourd’hui et hier, il ne faut pas que l’arbre cache la forêt.

Ces « Noces rebelles » ne parlent pas forcément que d’un couple en pleine crise en 1950, ou de gens à l’ego démesuré, coincés dans une banlieue étouffante mais, aussi et surtout, de rêve. De la manière dont un idéal peut se transformer en un moteur ou en une arme meurtrière. Une théorie donc parfaitement applicable à des millions de personnes qu’on peut croiser aujourd’hui dans le métro à Paris, à Helsinki ou Tokyo. Il est vrai que le premier livre de Richard Yates, adapté par Mendes, reflète avec une clarté presque insoutenable les angoisses d’une partie du peuple américain dans ces années-là, causées par cette confiance aveugle dans une prospérité économique qui « règle tout » ou par cette sécurité à tout prix prônée par les gouvernements d’après-guerre. Et l’expérience de Yates comme jeune rédacteur publicitaire chez Remington Rand n’est peut-être pas étrangère au tableau cynique qu’il dresse de l’entreprise de son héros, Frank Wheeler (Leonardo di Caprio).

Mais au-delà de cela, le moment décisif est sans doute la soirée où Frank et April se rencontrent, celui où il lui parle de son envie de vivre à Paris, où il touche en elle l’idéal romantique d’une vie bohème qui va lentement gagner tout l’esprit d’April, un eldorado aussi artificiel que virtuel. La manière dont cette lente destruction, implacable, est montrée reste malgré tout brillante même si elle n’est pas aussi subtile que dans le livre car Mendes refuse le subterfuge de la voix-off pour dévoiler la complexité des états d’âme de Frank. Le détonateur qui met le feu aux poudres de cette relation est un homme, « fou » pour les autres, le fils névrosé des voisins des Wheeler, incarné par le magnifique Michael Shannon, qui jouait d’ailleurs dans les derniers films de Friedkin et de Lumet. John Givings - un nom qu’on pourrait traduire par « le donneur »-, un homme cultivé, de leur âge, qui a traversé des dizaines d’électrochocs, leur livre en effet par rafales avec une lucidité insoutenable et sans retenue leurs quatre vérités. Qu’ils sont loin de pouvoir encaisser. Cette violence de la parole enclenche la tragédie.

Bien sûr ce couple n’est pas très sympathique : vaniteux sans raison, persuadés de leur grandeur mais sans rien faire pour la prouver, ces narcisses s’enlisent avec une certaine autosatisfaction dans l'autodénigrement et l’inaction. Ils rêvent de l’herbe plus verte du pré d’à côté, d’une « route révolutionnaire » comme le dit le nom de leur rue (et le titre du livre) ; ils rêvent qu’à Paris, ils seront « autres »…
Mais le vrai problème est ailleurs : Frank n’est pas celui qu’April imaginait. Pendant leur rencontre, elle a eu l’esprit aveuglé par son propre fantasme de l’homme qu’elle attendait, par ce qu’elle voulait à tout prix voir en lui. Pas son humanité, mais sa grandeur. Elle l’aime pour ce qu’il pourrait devenir, non pas pour ce qu’il est. C’est en cela que le film est le plus cruel, le plus injuste et sans doute le plus vrai. Le mythe fondateur à l’origine de tout couple contient souvent son propre poison. Celui du rêve.

Delphine Valloire


Les Noces rebelles - Bande annonce


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Les Noces rebelles
Un film de Sam Mendes
Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathy Bates…
(UK/USA, 2008, 125 mn)

Edité le : 19-01-09
Dernière mise à jour le : 22-01-09