
de Luchino Visconti
(USA, 1969, 2h 30min.)
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Dirk Bogarde, Ingrid Thulin, Charlotte Rampling
Un DVD Warner
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- LE FILM :
"Les Damnés: Décadence Noire"
par Olivier Bombarda
"Les Damnés" de Luchino Visconti nous plonge en 1933 où parallèlement à la montée, du nazisme, nous assistons à la décadence d'une famille de puissants maîtres de forges : Les Von Essenbeck.Lors de l'anniversaire du patriarche Joachim, se déclare l'incendie du Reichstag. Joachim décide immédiatement d'ignorer son hostilité aux nazis pour assurer la survie de ses affaires et annonce la nomination de son neveu Konstantin, dignitaire S.A., à la tête de la vice présidence des aciéries.
Dans la nuit suivante Joachim est assassiné et on accuse Herbert, son gendre, un libéral, du meurtre :il doit fuir. Martin, seul héritier, devient ainsi président de la société mais manipulé par sa mère (Sophie), il nomme à sa place, l'amant de celle-ci, F. Bruchman. Alors que la nuit des longs couteaux nous débarrasse de Konstantin, Martin tombe dans les griffes du S.S. Aschenbach qui lui fait comprendre les manigances de sa mère. Il se venge en contraignant cette dernière et son amant au suicide. Martin se range aux côtés des Nazis les menant au pouvoir des grandes aciéries Essenbeck.
Dans le contexte du terrorisme en Italie, Visconti répond par l'évocation de la montée du Nazisme : Le fachisme n'est pas mort selon lui et surtout il ajoute :
"Il me semble que de toutes les interprétations du fachisme, la plus juste, plus juste que celle de caractère freudien et psychanalytique, est celle qui considère le nazisme comme la dernière phase du capitalisme dans le monde, comme le dernier résultat de la lutte des classes arrivée à son extrême conséquence, à son extrême solution, celle d'une monstruosité comme le nazisme ou le fachisme et qui naturellement ne peut préluder à autre chose qu'à une solution dans un sens socialiste".
Le capitalisme, c'est bien là le mal, l'alternative socialiste ne peut rien résoudre : nous sommes en pleine décadence, hier comme aujourd'hui.
Cette véritable "dégénérescence" renvoie, dans cette dimension passé-présent, à un monde où la loi du profit impose sa dictature aux choses et aux hommes, où les hommes eux-mêmes sont réduits à être des chacals et des hyènes.
L'instrument de leur pouvoir c'est l'argent, le temple de leur culte, c'est l'usine hérissée de cheminées.
Dans le film le nazisme se présente, tout d'abord comme l'intrusion de la vulgarité dans ce qui est
l'apparence du bon goût :
- C'est Konstantin, le S.A.,dont le corps gras s'oppose à celui qui le lave dans une superbe salle de bain.
- C'est le travestissement de Martin dans la fête d'anniversaire de Joachim.
- C'est Konstantin encore, lorsqu'il vocifère ''La Mort d'Isolde" de Richard Wagner dans un état d'ébriété avancé.
Bien entendu, le nazisme c'est aussi la justification du crime dans toute son horreur.
Comme le dit le S.S. Aschenbach en citant Hitler :
" La morale traditionnelle est désuète et inutile à notre élite pour qui tout est permis ".
Ou encore citant Hegel:
" La raison d'état commande d'écraser l'innocente fleurette si celle-ci obstrue le chemin ".
Ainsi les Nazis et ceux qui collaborent, peuvent se permettre le crime sans craindre la punition: le meurtre de Joachim, le viol d'une petite fille, l'assassinat des S.A., l'inceste, le suicide "organisé" de sa propre mère. Il n'y a pas de voyeurisme malsain à mettre en scène la cruauté selon Visconti, mais bien un souci permanent de compréhension :
" Le Décadentisme, si nous cherchons à nous immerger de nouveau dans ce type d'atmosphère, c'est parce que nous voulons démontrer l'évolution de la société aussi à travers les cataclysmes qui l'ont bouleversée "
Ainsi, dans " Les Damnés ", Visconti nous défie de toute contemplation. Privilégiant un rythme de plans rapides, par le choix des cadrages et par le jeu d'une lumière très contrastée qui déforme, l'aspect formel produit essentiellement un monde d'angoisse : Le film semblant d'un certain point de vue exalter la perversion, en réalité dénonce.
"Mort à Venise" en revanche, sera la version lumineuse des "Damnés", la Décadence perçue et vécue comme un Idéal, et parce que l'Art existe encore, il comble toutes nos désillusions.
En miroir, ces deux films affirment la vision duelle de la Décadence chez Visconti : l'artiste Aschenbach de 1911 préfigure le S.S. Aschenbach de 1933.
Ainsi, l'Idéal peut tomber dans la dégénérescence.
Olivier Bombarda
- Bonus "Les Damnés"
Nicola Badalucco
Le scénariste italien raconte comment il a écrit en trois nuits le mélodrame des Damnés inspiré de Macbeth. Tout d’abord journaliste et passionné de littérature allemande, il avait une très grande admiration pour Luchino Visconti. Lorsque le cinéaste lu pour la première fois la version des « Damnés » de Badalucco, il dit : « Voici le film que je veux faire ». De ce moment est né leur collaboration pour « les Damnés ». Nicola Badalucco poursuivra son travail avec Visconti sur « Mort à Venise ».
Piero Tosi
Il est le costumier de 12 films de Visconti (sur 16 films réalisés).
« Les damnés » ont demandé des mois de préparation et le costumier se rappelle surtout que le pays où lieu le tournage était littéralement furieux de devoir subir à nouveau la vision de croix gammées et autres uniformes nazis lors de la reconstitution de la nuit des longs couteaux. Tosi traite aussi de son travail avec Vanessa Redgrave tout d’abord choisie pour interpréter le rôle qu’Ingrid Thullin tiendra en définitive dans les « Damnés »…
Renaud Verley
Il se souvient de cette période de tournage très longue mais très excitante pour lui âgé alors de 21 ans. Il se souvient de la précision de Visconti, de son attention des détails, du besoin de remplir chaque meuble de vaisselle ou de lingerie authentique même si elle ne devait jamais servir. Il raconte combien il a été difficile de jouer sa première scène et dans quelle circonstances…
Umberto Orsini
Le comédien parle de sa première rencontre avec Visconti et de son travail avec lui tout d’abord au théâtre pour une pièce de Testori intitulée Arialda (lui-même scénariste de Rocco et ses frères). De même que Renaud Verley il raconte quelques anecdotes et insiste sur l’aspect surréaliste d’un tournage de Visconti…
"De Macbeth au Damnés"
Nicola Badalacco détaille les analogies entre Macbeth et les Damnés.
Ainsi chaque personnage dans le film à une correspondance dans la pièce.
Le personnage de Fiedrich correspond à Macbeth, Sophie équivaut à Lady Macbeth, le grand-père est la figure de Duncan, Herbert correspond à Macduff etc…
Le scénariste en vient aussi à évoquer l’autre modèle pour le film, à savoir la famille Krupp dont le dernier rejeton a directement inspiré le personnage de Martin…
"Luchino Visconti - La trilogie allemande"
Sur un texte de Jonas Rosales ce documentaire let en lumière la trilogie allemande de Luchino Visconti, « Les damnés » (1969), « Mort à Venise » (1971), et « Ludwig » (1972) …
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"Mort à Venise" et "Les Damnés"
2 DVD, Edition Collector Warner
DVD Zone 2
Audio : Anglais Mono, Français Mono, Italien Mono
Vidéo : Format Ciné 2.40
Sous-Titre : Allemand, Anglais, Anglais pour malentendants,
Arabe, Espagnol, Français, Hollandais, Italien, Italien pour malentendants, Roumain
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