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08/11/06

"Les Bienveillantes" de Jonathan Littel

Depuis la rentrée littéraire, on ne parle que de lui : Jonathan Littell. Il n'a pas quarante ans et vient d'entrer dans l'histoire de la littérature en publiant Les Bienveillantes chez Gallimard. Neuf-cent pages qui nous plongent dans l'esprit de Maximilien Aue, ancien SS reconvertit en patron d'usine de dentelles dans le Nord de la France.

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Jonathan Littell vient d'entrer dans l'histoire. L'histoire de la littérature mais aussi l'histoire avec un grand H.

Un pavé de neuf-cent pages, un sujet brûlant, et un jeune auteur américain d'origine juive qui écrit en français : il n'en fallait pas davantage pour que critiques, libraires et lecteurs s'emparent de son ouvrage.

Après la Mort est mon métier de Robert Merle en 1953, Littell donne de nouveau la parole au bourreau : un ancien SS qui raconte les pires atrocités sans remords ni regrets.

"Pour toutes les générations, ce genre de roman est important. Cela permet une autre approche de l'histoire que celle des livres d'histoires."
Christa Helgarth, professeur d'histoire

"Pourquoi faire le bien pourquoi faire le mal ? Donc, c'était toute la réflexion philosophique par rapport à ce livre là, qui m'a beaucoup intéressé."
Philippe Meyer, professeur de littérature

"Notre système, notre Etat se moquait profondément des pensées de ses serviteurs. Cela lui était indifférent que l'on tue les juifs parce qu'on les haïssait ou parce qu'on voulait faire avancer sa carrière ou même, dans certaines limites, parce qu'on y prenait du plaisir."
Extrait des Bienveillantes

Depuis sa sortie, le livre a été comparé, analysé, décortiqué et interprété à l'envi. Passionnant pour les uns, éblouissant pour les autres, rares sont ceux qui l'ont critiqué. Daniel Lemler, psychanalyste et psychiatre, n'a pas été convaincu même s'il lui reconnaît une certaine utilité.
"Il pose une question essentielle : c'est la place de la fiction dans la transmission de la Shoah et dans le travail de mémoire. Je pense que c'est une question qu'on ne peut pas écarter juste d'un geste de la main en disant que c'est dangereux, c'est mauvais ou ça va poser des problèmes. [...] "
Daniel Lemler, psychanalyste et psychiatre

"Les philosophes politiques ont souvent fait remarquer qu'en temps de guerre le citoyen, mâle du moins, perd un des ses droits les plus élémentaires, celui de vivre.
Mais ils ont rarement noté que ce citoyen perd en même temps un autre droit : le droit de ne pas tuer."
Extrait du livre

"Le héros de ce roman, c'est la banalité du mal. Et là bien entendu se pose immédiatement la question de savoir, si mettre en fiction ce concept opérant et très important qu'est la banalité du mal, est ce que ça ne va pas provoquer justement sa banalisation."
Daniel Lemler, psychanalyste et psychiatre

Qu'importe la banalisation, le livre se vend. Au lecteur, Littell laisse l'interprétation de son roman. Et aux médias, le soin d'entretenir le mystère. De rares photos, aucune apparition télé : simple timidité ou opération marketing. Une chose est sûre : Les Bienveillantes fascinent et sans doute pour longtemps.

Liens
Le livre
>> Les Bienveillantes, Collection Blanche, éditions Gallimard, Paris, 2006
Critique des Bienveillantes
>> Mémoires d'un Nazi

Edité le : 31-10-06
Dernière mise à jour le : 08-11-06