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Cannes 2006 - Palme d'or - 17/09/08

Le vent se lève

Un film de Ken Loach


Ken Loach signe avec le Vent se lève une ode à la liberté,
un réflexion sur la guerre et un impossible chant de deuil.
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The Wind That Shakes The Barley
(UK / Irlande / Allemagne /Italie / Espagne, 2006, 124 mn)
Avec Cillian Murphy, Padraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald…

Synopsis : Irlande 1920. Des paysans s’unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black-and-Tan, troupes anglaises envoyées pour mater les velléités d’indépendance du peuple irlandais. Par sens du devoir et amour pour son pays, Damien abandonne sa carrière de jeune médecin et rejoint son frère Teddy dans le dangereux combat pour la liberté. Alors que la détermination des insurgés mène les Britanniques dans l’impasse, un traité est conclu pour mettre fin à ce conflit sanglant. Mais cette apparente victoire divise les Irlandais qui luttait jusque là côte à côte et déclenche une guerre civile : des familles se déchirent, des frères deviennent ennemis.

L'entretien avec Ken Loach
Le trailer du film


Critique : Personne ne filme les instants fugaces d’une jeunesse malmenée ou l’insouciance brusquement menacée comme Ken Loach. Depuis « Kes » jusqu’à « Sweet Sixteen », il capte ce moment de douleur qui fait basculer un être des rêves de l’enfance dans les compromis de l’âge adulte. Dans « Le vent se lève », le symbole de ce passage est une crosse de hockey sculptée de façon rudimentaire dans le bois. Des jeunes gars jouent dans un champ. Suspectés d’appartenir au mouvement nationaliste irlandais, ils sont arrêtés par une troupe anglaise de Black-and-Tan sur le chemin du retour. Un des leurs est tué à dix-sept ans à peine pour avoir décliné son identité en gaélique. Ces crosses de hockey deviennent ensuite des fusils de fortune pour l’entraînement de ces bleus à devenir de vrais soldats de la République Irlandaise.

Ken Loach, réalisateur anglais ayant fait des études de droit à Oxford, ne fait pas de cadeau à son pays et montre les exactions de la classe dirigeante et de l’armée anglaise sur toute la population irlandaise femmes et enfants compris. Comme toujours engagé socialement et politiquement, il montre un combat on ne peut plus clair dans la première moitié du film : celui de la lutte pour la République, l’autonomie contre le colonisateur. Il donne à cette violence aveugle, si soudaine qui s’abat au hasard et sans prévenir sur les Irlandais dans leur vie quotidienne une singulière âpreté qui laisse un goût de tourbe et de boue et glace le sang à chaque coup. Ces blessures, ce sang qui coule possède un éclat de vérité sidérante, loin de l’hémoglobine hollywoodienne et ce « vent qui souffle dans un champ d’orge » du titre siffle doucement aux oreilles pendant qu’un ado se fait tirer dessus allongé dans l’herbe mouillée. Et les représailles de chaque côté de la ligne montent chaque fois d’un cran dans l’horreur.

Plus qu’une réalité saisie frontalement, Loach révèle alors le goût de la terreur, le goût de la guerre. Sous ce vent délétère, Damien, étudiant en médecine prometteur va se lancer dans le combat et, au nom de la liberté, se tourner vers la mort plus que vers la vie. Cillian Murphy, déjà prodigieux dans « Red Eye » et « Breakfast on Pluto » laisse son visage de marbre trembler et palpiter à chaque crime, à chaque perte de conscience. Cet acteur a la grâce et la force. Tous les éléments subtilement mis en place dans cette lutte si claire contre l’envahisseur se renversent alors dans la dernière heure pour laisser place à un dilemme insoluble de tragédie grecque. La torture se retourne contre Teddy le torturé en lui inoculant la peur et une inclinaison pour la paix à tout prix. Ken Loach en montrant cette scission entre pro-traité et anti-traité ne fait rien de moins que disséquer le mécanisme qui mène à une guerre civile. Celle où le voisin devient bourreau. Le schéma de cette résistance à l’oppression se reproduit dans une version pervertie, dans un jeu de miroirs inversés qui rend la douleur encore plus insoutenable. Damien a tué un de ses frères d’armes qui avait trahi la cause. Plus tard, son frère Teddy le « tuera » parce que Damien ne veut pas trahir. A la violence cataclysmique et aux menaces se substitue une violence sourde et amère. La trahison est toujours souterraine. Les dernières injonctions chuchotées de Teddy à Damien résonnent comme autant de mots d’amour et la mort survient brutale, accrochée à un petit bout de tissu blanc virginal sur le cœur d’un homme libre.

Delphine Valloire

Edité le : 18-05-06
Dernière mise à jour le : 17-09-08