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La disparition des abeilles

Les abeilles sont le pollinisateur agricole le plus important de notre planète. Or, elles disparaissent par millions. Pourquoi ?

> Bernard Vaissière

La disparition des abeilles

Les abeilles sont le pollinisateur agricole le plus important de notre planète. Or, elles disparaissent par millions. Pourquoi ?

La disparition des abeilles

12/05/10

Le mystère de la disparition des abeilles - Interview Bernard Vaissière

Les interviews vidéos de Bernard Vaissière sur le site de « Le mystère de la disparition des abeilles » :






et un extrait du film :


  • Est-il envisageable que les abeilles disparaissent totalement de notre paysage ?

Bernard Vaissière : La seule certitude que nous ayons, c’est que les abeilles sauvages tout comme le cheptel apicole sont mal en point au niveau mondial, alors que les surfaces cultivées ne cessent de s’étendre, suscitant un besoin croissant en pollinisateurs. La sonnette d’alarme a été tirée dès 1996, mais depuis quelques années, la surmortalité des colonies d’abeilles domestiques s’accélère. En Europe et en Amérique du Nord, les apiculteurs font état de 30 à 80 % de pertes dans leur cheptel. Mais l’une des données du problème, c’est qu’on ne dispose pas d’éléments de comparaison de longue durée. Recenser l’ensemble des abeilles, sauvages et domestiques, sur un territoire donné, demande des moyens colossaux. Pourquoi l’aurait-on fait autrefois, puisque, justement, elles faisaient partie du paysage au même titre que l’air et le soleil ? D’autant que l’on n’avait pas bien conscience, il y a trente ans, de leur rôle absolument fondamental dans la pollinisation des plantes, sauvages ou cultivées.
  • Celles-ci pourraient donc disparaître à leur tour ?
Bernard Vaissière : Les abeilles pollinisent 80 % de nos fleurs sauvages et 76 % des principales espèces cultivées sur la planète – soit, en tonnage, 35 % de la production agricole végétale que nous consommons. On peut donc affirmer que leur raréfaction fait courir le danger d’une catastrophe écologique
et agricole majeure. La communauté scientifique internationale, mais aussi des organisations comme la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies), planchent activement là-dessus : comment enrayer le déclin accéléré des abeilles ? Comment, par ailleurs, remédier au déficit
de pollinisation ?

  • Ces travaux confirment-ils les accusations des apiculteurs contre les pesticides ?
Bernard Vaissière : La plupart des études identifient une synergie de facteurs, même si les nouveaux pesticides systémiques [diffusant dans l’ensemble de la plante] semblent bien décupler l’effet de certains virus ou champignons. Mais les abeilles sont victimes aussi du bouleversement des équilibres écologiques antérieurs : multiplication des cultures intensives, recours massif aux produits chimiques et, pour l’abeille domestique, apparition de nouveaux parasites et prédateurs, comme l’acarien Varroa destructor dans les années 1980, le frelon asiatique aujourd’hui… Une logique productiviste mondialisée désormais réactivée par la croissance de la population et les nouveaux besoins alimentaires. Peut-on concilier cette demande en hausse avec une agriculture plus respectueuse de l’environnement ? Malheureusement, pour prendre l’exemple de l’Europe, on n’a pas encore pris au niveau décisionnaire la mesure de cette urgence.

  • Certains de vos confrères espèrent aussi mettre au point une abeille transgénique…
Bernard Vaissière : Il est vrai que certaines variétés d’abeilles domestiques, comme l’abeille africanisée, semblent résister très bien à des prédateurs comme varroa, qui ravagent nos colonies. Mais se concentrer sur un hypothétique gène de résistance pour le reproduire artificiellement me paraît non seulement illusoire, mais aussi dangereux Car ce type de résistance basé sur un seul ou quelques gènes peut être rapidement contourné. Et on nous proposera sans doute ensuite une abeille transgénique résistante à un groupe d’insecticides. Est-ce vraiment la voie que l’on souhaite poursuivre ? La sélection naturelle et la prise en compte de l’ensemble de la faune pollinisatrice offrent de bien meilleures perspectives.
Entomologiste et ingénieur agronome, spécialiste de la pollinisation et de l’écologie des abeilles, Bernard Vaissière est chargé de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), à Avignon.
ARTE Magazine, mai 2010

Edité le : 19-04-10
Dernière mise à jour le : 12-05-10


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