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Cinéma sur ARTE - 08/06/12

Le mariage de Maria Braun

(Die Ehe der Maria Braun)
Film de Rainer Werner Fassbinder (Allemagne, 1978, 1h55mn)
Scénario : Peter Märthesheimer, Pea Fröhlich, d’après le livre de Gerhard Zwerenz
Avec : Hanna Schygulla (Maria Braun), Klaus Löwitsch (Hermann), Ivan Desny (Oswald), Gottfried John (Willi), Gisela Uhlen (la mère), Günter Lamprecht (Wetzel), George Byrd (Bill), Elisabeth Trissenaar (Betti), Volker Spengler (le contrôleur), Liselotte Eder (Mme Ehmke), Rainer Werner Fassbinder (le marchand)
Image : Michael Ballhaus, Montage : Juliane Lorenz, Rainer Werner Fassbinder, Musique : Peer Raben, Production : Albatros, Trio-Film, Tango-Film, Westdeutscher Rundfunk

Un portrait vachard de l'Allemagne de l'après-guerre, vue à travers le destin d'une femme ambivalente, doublé d'une réflexion sur l'amour impossible : l'un des plus grands films de Fassbinder.


1943. Maria et Hermann Braun se marient sous les bombes, la veille du départ d'Hermann pour le front russe. À la fin de la guerre, Maria travaille dans un bar fréquenté par les militaires en attendant le retour de son mari. Un ami lui annonce qu'Hermann est porté disparu, présumé mort. Mais Hermann revient de captivité à l'improviste et surprend Maria au lit avec un soldat noir de l'armée américaine...

Fassbinder ne s'émancipera jamais des démons du passé de son pays, ni surtout des siens propres. Le film débute dans les ruines du nazisme (hommage au magnifique film de Sirk, Le temps d'aimer et le temps de mourir) et s'achève dans l'Allemagne du miracle économique des années 1950. Maria Braun, femme à la fois inquiétante et humaine (Hanna Shygulla, impassible) traverse les années dans l'absolu dévouement à son mari emprisonné, qu'elle n'a jamais cessé d'aimer. Impitoyable, voire sadique dans sa vie publique, elle fait montre d'un surprenant masochisme dans sa vie privée. Personnage fascinant, pris dans les rets d'une passion dévorante et capable d'étonnants calculs : au service du capital la journée, elle se transforme la nuit en agent du prolétariat et se surnomme elle-même "la Mata-Hari du miracle économique". La mise en scène stylisée et le scénario mélodramatique n'occultent pas une vision d'entomologiste. L'ascension de Maria est racontée de manière directe, sans maniérisme. Fassbinder décortique avec précision les mécanismes de l'histoire allemande. Ce n'est pas un hasard si le film s'achève par l'Allemagne championne du monde de football. Cet événement marque la fin de l'après-guerre : les Allemands sont de nouveau vainqueurs. Une domination masculine peut s'installer, rejetant la femme sur le bas-côté : Maria Braun n'a plus qu'à disparaître... Même lorsque Fassbinder filme le passé, il continue de parler d'aujourd'hui. Sa critique de la bourgeoisie allemande, qu'elle se situe en 1930, en 1955 ou en 1975, demeure la même. L'Allemagne est un pays où rien ne change vraiment. Les chances de faire table rase offertes en 1945 ont été perdues. Mais dans la surprenante scène finale la fiction reprend ses droits. Le poète, chez Fassbinder, a toujours le dernier mot.

Le mariage de Maria Braun
lundi, 18 juin 2012 à 20:35
Pas de rediffusion
(Allemagne, 1978, 115mn)
ZDF

Edité le : 08-06-12
Dernière mise à jour le : 08-06-12